Antoine Manessis
"Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture".
C'est l'intitulé d'un colloque organisé les 7 et 8 janvier par tout ce que la vieille droite réactionnaire compte d'universitaires. L'Observatoire du décolonialisme, déjà tout un programme, initiait l'affaire et Jean-Michel Blanquer en était la guest star.
L'ennemi désigné ? Le wokisme. "Il faut savoir regarder ce qui vient saper la démocratie et la République : le wokisme fait clairement cela." Blanquer dixit. Apparemment il n'a pas de miroir.
Le Figaro mène campagne contre "l'extrême-gauche" qui utilise des "méthodes de voyous" contre les militants de gauche (sic) du Printemps républicains ou de droite de l'UNI, conglomérat de néo-fascistes et de droite extrême. Dès qu’on s’écarte de la norme ‘‘woke’’, on se prend des remarques, dénonce Le Figaro. Que le vieux journal maréchaliste et à l'anti-sémitisme distingué de la période de l'occupation donne des leçons de démocratie ne manque pas de culot, mais disons-le, qui connait encore la filiation idéologique entre le journal de Pierre Brisson et la propriété actuelle de Dassault.
Par ailleurs, on sait que la dénonciation du wokisme, ou d’autres chimères comme l’islamo-gauchisme, est un cheval de bataille du ministre de l’éducation nationale comme de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Du coup on se demande à quel moment ces gens voudront nous plonger dans un maccarthysme à la française. Comme l'a dit la Tribune publiée par des universitaires dans Le Monde : "Le wokisme désigne péjorativement ceux qui sont engagés dans les luttes antiracistes, féministes, LGBT, etc. Sous couvert d’alerter sur le nouveau danger qui menacerait l’école républicaine, il s’agit de réprouver ceux qui dénoncent les discriminations fondées sur la couleur et qui font un lien entre celles-ci et notre passé colonial et/ou esclavagiste."
Toute la bande qui anime le colloque et l'Observatoire du décolonialisme est relayée par des journaux comme Causeur, Marianne, Le Figaro, presque tous sont signataires de "l'appel des 100" contre "l'islamo-gauchisme" version 2.0 du judéo-bolchevisme. Sous prétexte d'universalisme ce que veulent ces gens c'est interdire toute discussion et politisation sur les oppressions et les inégalités de classe. C'est une guerre que Blanquer, Vidal et ses complices mènent contre les esprits critiques. Ils veulent censurer une bonne partie des connaissances actuelles en sciences humaines et sociales. Ces attaques contribuent aussi à faire diversion face aux urgences sociales, écologiques et démocratiques et à légitimer le discours néo-fasciste.
C'est pour cela qu'ils inventent une chimère baptisée selon l'humeur "cancel culture, wokisme, islamo-gauchisme, déconstructionnisme". C'est aussi pour semer la confusion qu'ils se font passer pour des défenseurs de l'universalisme. Or, comme le disent encore les universitaires de la Tribune publiée hier dans Le Monde "L’universalisme républicain ne se décrète pas, il se construit. Cela passe par la lutte contre les discriminations de classe, sexistes, homophobes ou ethnoraciales, comme contre les préjugés racistes, antisémites et islamophobes, aujourd’hui de nouveau en vogue dans les espaces publics. Nier leur existence, c’est nuire gravement à l’idéal républicain".
Qu'une fraction de la gauche se laisse piéger par ce républicanisme IIIe République à soubassement colonial et raciste est désolant. Refusons l'accusation d’anti-républicanisme de Blanquer et sa clique contre les chercheur·es et enseignant·es en sciences humaines et sociales. Refusons la diabolisation de concepts comme l'intersectionnalité qui permet tout simplement d’étudier les formes de discriminations croisées fondées sur le genre, la nationalité, la situation sociale, la couleur de peau, l’orientation sexuelle, l’appartenance religieuse et/ou le handicap.
Universalistes, décolonialistes, féministes, anti-racistes toutes et tous uni-es contre le maccarthysme macronien.

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