Antoine Manessis
L'autonomie. Le mot est lâché.
Par l'État centralisateur et bonapartiste. Les autonomistes corses réalisent des scores électoraux de plus de 65%. Il semble donc bien qu'il n'y est rien, dans cette affaire, d'un abominable complot pour démanteler la France. À peu prêt aussi ridicule que de voir dans les autocollants Breizh sur les bagnoles, un signal de la sécession bretonne.
On respire, on se calme. Que des chevènementistes macroniens ou des nationalistes rouges, que la vieille droite et l'extrême-droite s'offusquent du principe de libre disposition des peuples n'est pas franchement étonnant. Leurs éructations ne changeront pas les rapports de forces. Depuis des jours, après l'agression dont a été victime Yvon Colonna, des manifestations ont lieu exprimant la colère des Corses.
On peut en adoptant le vocabulaire du Figaro baptiser ces manifs "d'émeutes", il n'empêche que cette expression politique a un sens. Et la jeunesse qui est en tête de ce mouvement exprime toute sa frustration devant les impasses de sa situation. On peut la comprendre. On nous explique que le patriotisme corse pourrait ouvrir un espace au racisme. Mais n'est-ce pas le cas de tout les patriotismes ? D'ailleurs qui crie le plus fort contre l' autonomie : Valls, Le Pen et Zemmour. À méditer.
Du coup le malheureux Poutou (npa) est accusé d'alliance objective, comme Trotsky, avec les noirs dessins des "Girondins" et "l'ancien trotskiste" (sic) Mélenchon de vouloir transformer la Corse en Polynésie...Et, comble de la perfidie des trotskistes, "le NPA ne comprend-il pas en son sein un puissant courant interne favorable à l’alliance régulière avec Mélenchon ?". On confirme. Et c'est heureux qu'il y aient des trotskistes qui contrairement à d'auto-proclamés léninistes soient assez intelligents pour ce faire. Mais il est vrai que nos donneurs de leçons ont été bien incapables de donner une consigne de vote puisqu'ils ont choisi le "faites comme vous voulez" : du bolchevisme frelaté et frauduleux.
Mais derrière cela il y a bien sûr, nous dit-on, les manœuvres de l'EU qui démantèlent la France, forgée par nos Rois, Jeanne d' Arc, nos boucheries impérialistes et nos belle guerres coloniales. Car Lénine l'a dit en 1915 : "Les États-Unis d’Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles ou bien réactionnaires". Il aurait pu dire aussi : " la République française sociale et démocratique est impossible en régime capitaliste ou bien elle est réactionnaire". Avec ça on est bien avancé.
Si au lieu de citer comme des perroquets des phrases écrites il y a 107 ans, on essayait de voir les choses en mouvement, en dynamique, en perspective ? Mais c'est trop demander à nos bonnets de nuit idéologiques que de cesser de voir des catastrophes partout et la France explosée façon puzzle.
Plus sérieusement, Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de la Collectivité de Corse, a demandé que les échanges entre Darmanin et lui soient validés par écrit car il lui a déjà semblé que Macron est en rétropédalage estimant jeudi que le débat sur l’autonomie de la Corse n’était pas tabou, tout en posant des lignes claires: "dans la République française, la langue française est la langue", en précisant qu’il souhaitait d’abord un retour au calme. Comme l'a dit un autonomiste "Macron étant coutumier du volte-face, son positionnement hier sur la Corse est très en deçà des propos et propositions tenus, en réunions officielles, par Gérald Darmanin. On peut considérer que les paroles d’un président candidat annulent celles du ministre de l’Intérieur".
La vigilance est de mise en effet.
Pour revenir à Jean-Luc Mélenchon il avait déclaré, le 12 décembre dernier, que les députés corses lui avaient fait comprendre que la France n'était plus un état unitaire...
... "il se trouve que les députés de la Corse, dont trois sur quatre sont autonomistes, m'ont montré, et permis de comprendre, ce que je savais sans vouloir me l'avouer. Il faut reconnaître le droit à l'autonomie pour ce territoire insulaire."

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire