lundi 21 mars 2022

En France : le néofascisme à 30%

Antoine Manessis

Il fait un peu vieil oncle, qui pue le renfermé, pas net, une vague odeur d'urine. 

Qui ressasse les Gaulois et les Francs, les rois et leurs croisades. Et qui abomine les Arabes au point de vouloir les faire disparaitre ou (c'est la même chose) baptiser les Mohamed en Jean-Pierre, les Aminata en Françoise. Ce qui amusait quand il passait au poste semble désormais ennuyer son monde. À force de nous brosser une France à la porte de la guerre civile, menacée par les hordes islamistes, il fiche le bourdon. Certes, il ne faudrait pas l'enterrer trop vite, mais sa Reconquête nous semble moins pimpante que celle du Cid : "Nous partîmes 500 ; mais par un prompt renfort Nous nous vîmes 3000 en arrivant au port"....avec Zemmour, arrivés au port plutôt moins que les 500 du départ.

Certes, il y eut renfort : celui de Marion Maréchal Le Pen. Mais l'espéré sursaut sondagier est plat. C'est que la dame a beau faire, animer les meetings, participer aux réunions publiques de Zemmour, jouer la dévouée et la fidèle, elle ne fait que le ringardiser davantage.

Elle appartient à cette famille politique d'extrême-droite, ultra-conservatrice, pétainiste, catholique intégriste, islamophobe et raciste comme Zemmour et néo-libérale sur le plan économique et social. Pas la tendance plébéienne de néo-fascisme qui fait son marché dans des propositions de "gauche". Le RN lui-même se recentre (sur l'Europe, la retraite etc) mais il garde tout de même par la voix de sa cheffe, une tonalité populaire.

D'autres partagent ses objectifs. Robert Ménard : "Nous avons besoin, à droite, d’un parti, plus européen, plus libéral que le Rassemblement national". De même que les médias d'extrême-droite comme Valeurs Actuelles, l'Incorrect, C-News et des fractions du Figaro, des nébuleuses comme Sens commun etc. Quant à Rachida Dati, elle expliquait (à sa façon...): "Il y en a une qui va faire son Macron de droite c'est si un jour Marion Maréchal Le Pen revient, elle va vous faire une union des droites elle, genre je suis nouvelle, j'incarne le renouveau, et elle va faire un strike".

Marion Maréchal a voulu, donc, dans un double mouvement, sortir de cette tradition lepeniste incapable d'établir des liens avec la droite de la droite mais aussi se démarquer des "excès d'Eric" (sur l'affaire des prénoms par exemple). Elle porte sa musique à elle, la seule, pense-t-elle, capable de réaliser la synthèse entre les courants d'extrême-droite et les droites extrêmes. Mieux que sa tante et Zemmour, trop enfermés dans leurs camps respectifs, trimbalant trop de casseroles et de condamnations, pour réaliser l'union des droites, sur les modèles hongrois, polonais ou italien, quelles ques soient leurs spécificités. Construire un grand parti capable d'exercer son hégémonie à droite et constituer un pilier majoritaire.

Et en ces temps où l'image compte tant, comment ne pas être frappé par le contraste entre la vieillissante Marine qui semble lassée de son propre rôle, le sexagénaire, sombre petit teigneux, fils d'une famille juive d'Algérie, et la blonde walkyrie de 32 ans dont le nom est un programme synthétique: maréchaliste et lepeniste. De quoi séduire au-delà des cercles habituels de cette mouvance et en particulier une droite broyée par Macron qui en a récupéré l'aile "classique", juppéo-centriste si l'on veut, et qui est, on le voit bien avec Valérie Pécresse, dans l'incapacité d'élaborer un positionnement original, la droite sociale (séguiniste pour schématiser) n'ayant aucun espace politique.

2027 là est l'objectif de Marion Maréchal Le Pen. Et il serait bien imprudent de la négliger. D'autant qu'elle ne part pas de rien. Rappelons que les études d'opinion donnent autour de 30% à la mouvance d'extrême-droite en France. Ce qui est pour le moins énorme et de ce fait inquiétant. Il ne semble pas que les forces de gauche aient bien pris la mesure de la menace. La division des néofascistes (qui peut n'être que provisoire nous l'avons vu) ne doit pas induire une erreur d'optique politique. Il est ravageur pour la société que ce courant ait une telle audience. C'est un poison qui coule dans le corps social.

Il serait grand temps que la vigilance anti-fasciste s'organise et se mette en place. Pour combattre efficacement la nouvelle peste. Il ne s'agit pas d'attendre que les formes soient identiques à celles des années 30. Les formes changent en fonction des conditions de production de ces formes. Et en presque un siècle les choses ont beaucoup changé. Il faut donc que la gauche investisse les nouveaux lieux de diffusion des idées, adapte ses interventions avec un vocabulaire susceptible de toucher les jeunes des milieux populaires, des quartiers et des étudiants. Pour cela il faut multiplier les contacts avec les "fronts" de lutte les plus divers y compris avec leurs contradictions. Le sectarisme étroit n'a pas sa place dans une démarche de ce type. 

Enfin les luttes sociales sont par excellence le terreau sur lequel le néofascisme ne peut pas prospérer : la lutte implique de rassembler ceux qui ont le même objectif sans tenir compte des stupidités obscènes, des mensonges délirants dont l'extrême-droite et les médias proches abreuvent les cerveaux : voiles, burkinis, Roubaix, l'Afghanistan à deux heures de Paris, les petits Français harcelés parce qu'ils mangent du porc, sans doute par des Afghans réfugiés et évidemment ce sommet de la bêtise qu'est le "grand remplacement"...Tout ces fantasmes s'envolent pour défendre côte à côte, qu'elle que soit la couleur ou la religion, le salaire, le retraite, les services publics, l'avenir des gosses et la paix.

Faire taire les semeurs de haine, de peur et de division sera une des tâches centrales de la gauche dans les mois à venir.

Antoine Manessis

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