dimanche 24 avril 2022

Dimitrov réveille-toi, ils sont devenus fous

Antoine Manessis

Cette élection présidentielle aura vu un phénomène inquiétant se développer, un doriotisme* plus ou moins camouflé et mou mais parfois franchement assumé.

Le rejet de Macron parfois virulent est, ô combien, légitime. La réaction populaire étant aussi forte que l'action anti-sociale et répressive du président. Refuser de voter pour ce type arrogant et méprisant relève de la simple prophylaxie, de la légitime-défense. 

D'autant qu'il y avait au 1er tour une alternative, un vote de gauche, d'Union populaire, crédible, le vote Mélenchon.

Mélenchon président de la jeunesse, président des catégories populaires (la ceinture rouge est reconstituée), président des quartiers populaires, président des diplômés désargentés, président des grandes villes, président des DOM-TOM. Même Le Monde le reconnait et titre: "Urbain, jeune et populaire, les contours du nouvel électorat de Jean-Luc Mélenchon" : l'avenir. Il lui a manqué 420.000 voix. Merci Roussel et sans rancune. Merci les vieux friqués qui, eux, votent.

Mais parallèlement un dérapage progressif est en cours chez certains militants de gauche. Ils sous-estiment gravement la menace néofasciste "Le Pen est un tigre de papier". De plus ils sèment la confusion en confondant les conquêtes et les libertés démocratiques avec le régime bourgeois. Parfois cela devient comique. Ainsi on nous explique qu'en Chine, c'est chouette, il n'y a pas de risque de voir Macron ou Le Pen prendre le pouvoir...pas la peine, le capital chinois a son Macron/Le Pen et il s'appelle Xi Jinping.

Sans les confondre évidemment, d'autres militants vont hélas plus loin en soutenant Le Pen. Ils disent "choisir la France même incarnée par la seule droite nationale" c'est-à-dire fasciste.

Nos néo-doriotistes, plus ou moins honteux, se sont d'ailleurs pour la plus part abstenus de voter pour la gauche, pour le candidat de l'Union populaire qui pouvait gagner. Roussel et son discours réactionnaire les préparait mieux à leur positionnement de 2e tour. Jadot et Hidalgo avec leurs attaques haineuses contre Mélenchon aussi. Sans parler de ceux qui, dès le 1er tour, avaient les yeux de Chimène pour MLP.

Et voilà qu'il deviennent fous.

Au lieu de camper sur la position commune à toutes les gauches et progressistes, c'est-à-dire "Pas une voix pour Le Pen", des personnalités, blogs, groupuscules...laissent paraître leur faiblesse pour Marine Le Pen. Par nationalisme pour les uns, ressentiment pour les autres, inconsistance politique pour tous. 

En effet qu'est-ce qui caractérise ce nouveau doriotisme ? La négation de la nature néofasciste du RN. L'amalgame entre fascisation et fascisme. La confusion bordiguiste entre fascisme et les autres formes du pouvoir bourgeois. L'assimilation entre le vote des catégories populaires et le vote en faveur de ces mêmes catégories. Croire aux bobards des discours néofascistes, en particulier croire vrai son programme social, et croire que le FN-RN est "comme les autres". Donc ne pas saisir la différence qualitative entre le néolibéralisme autoritaire et le néolibéralisme néofasciste.

Marine Le Pen n'est pas sociale, n'est pas patriote, n'est pas républicaine. Le Pen ment. Le Pen est fasciste donc anti-sociale, néolibérale, nationaliste, raciste et xénophobe. Ce n'est pas parce que le MEDEF soutient Macron que Le Pen est anti-capitaliste ! 

Que de prétendus progressistes, patriotes, républicains appellent à voter pour la candidate du FN-RN est le signe qu'ils n'ont jamais été progressistes ou qu'ils ne le sont plus. Voter Le Pen est une rupture radicale avec le camp populaire, ses objectifs, son combat, son histoire. 

Précisons pour lever toute hypothèque. Nous n'appelons pas à voter Macron. Nous considérons que Macron prépare le néofascisme, crée les conditions de sa victoire. Comme Brüning, Hindenburg ou Dolfuss. Preuve en est que le néofascisme progresse avec Macron. Son action et son discours (contre le wokisme, l'islamo-gauchisme, le séparatisme...) légitiment les fascistes. 

Chacun se déterminera en conscience et ce qu'il fera sera bien. Ne nous divisons pas sur le vote de dimanche et préparons les législatives autour de l'Union populaire. En revanche donner sa voix à un-e néofasciste est objectivement une trahison et un crime contre le mouvement populaire.

Les néodoriotistes se trompent et trompent. La haine, la peur et le ressentiment contribuent à créer un climat idéologique favorable au fascisme. 

La gauche s'appuie sur l'intelligence. Et nous vaincrons.

* Le doriotisme est à l'origine le fascisme de Jacques Doriot et de ses partisans. Doriot étant passé de la gauche au fascisme. Il était membre du Bureau politique du PCF (1924-1934) avant de rompre avec celui-ci et de sombrer, avec son parti fondé en 1936 le Parti Populaire Français (PPF), dans le collaborationnisme intégral avec les nazis. Le doriotisme signifie, par extension, les personnes qui passent de la gauche au fascisme.

Antoine Manessis

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