jeudi 26 mai 2022

OTAN, Erdogan, Suède et Finlande : chacun pour soi

Antoine Mabessis

Erdogan bloque l'entrée de la Suède et de la Finlande dans l'OTAN.

Rappelons que les deux premières ministres de ces 2 pays sont des sociales-démocrates. L'alignement des partis sociaux-démocrates européens aux Etats-Unis n'est pas nouveau.

Certes ces 2 pays n'ont rien à y faire, comme d'ailleurs aucun autre, le nôtre compris. Cette Alliance est dominée par les Etats-Unis et avait pour but de combattre le Pacte de Varsovie dominé par l'URSS.

L'URSS et le Pacte ont sombré corps et âme mais l'OTAN poursuit son travail au service de l'impérialisme étasunien, plus que jamais maître de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord.

C'est l'ost de l'impérial suzerain entouré des ses vassaux. Il frappe partout où Washington le décide. Il déstabilise qui tente de résister. Il subvertit les Etats indociles. Il renverse les régimes hostiles. Il corrompt et divise pour vaincre.

Bien entendu il rencontre des résistances. De plus en plus fortes. D'autres empires veulent et peuvent s'affirmer. De grandes puissances mais aussi des moyennes voire des petites qui profitent de ces rivalités.

Le fameux monde multipolaire a des avantages mais aussi des inconvénients. Multipolaire en 1914 on a vu le résultat : les rivalités impérialistes ont abouti à la catastrophe. En 1945 le monde fut divisé en 2 camps. Dans les années 1960 un tiers-monde entre dans le jeu. En tous les cas, malgré les guerres locales, ce qui ne les empêcha pas d'être particulièrement meurtrières puisqu'elles provoquèrent des millions de morts (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Argentine, Chili, Guatemala, Corée, Grèce, Algérie, Congo, Afrique du Sud, Angola etc), "l'équilibre de le terreur" évita une guerre généralisée entre les 2 hyperpuissances d'alors USA et URSS.

La nouvelle donne avec les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l'Inde mais aussi une multitude de puissances moyennes qui tentent d'agrandir leur espace géopolitique, économique, territorial, rend la situation internationale fluide et insaisissable. La Turquie est un de ces acteurs qui profitent de toutes les occasions pour, pensent-ils, se renforcer.

Quand Erdogan refuse que la Finlande ou la Suède entrent dans l'OTAN, il le fait en dénonçant ce qu'il considère comme une atteinte à la sécurité nationale de la Turquie car ces 2 pays sont trop bienveillants à l'égard du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan) en lutte contre Ankara. Le PKK étant considéré comme "terroriste" par les Etats-Unis et l'UE, ce qui lui facilite les choses.

Recep Tayyip Erdogan a également demandé aux deux pays nordiques de lever un embargo sur les ventes d'armes à la Turquie, décidé à l'automne 2019 en réaction à une opération de l'armée turque contre les forces kurdes en Syrie. Sans compter qu'à l'approche des élections, Erdogan s'adresse au nationalisme exacerbé des Turcs... 

De plus, dans le contexte de la guerre en Ukraine, Erdogan veut apparaître comme un intercesseur possible entre la Russie et l'OTAN-Ukraine. Il se ménage un espace d'autonomie et tente d'élargir sa marge de manœuvre entre le jeu des grandes puissances. Ce qu'il a fait en achetant des armes aux Russes tout en les affrontant en Libye.

Ce que révèle cette affaire, au-delà du cas turc, c'est l'éclatement des cadres qui structuraient la politique internationale de 1945 à 1990. Aujourd'hui ce n'est plus le "campisme", c'est le chacun pour soi. Ou plutôt le chaque capitalisme micro-impérialiste pour soi, sans la moindre dimension idéologique dans les alliances. 

Du rapport des forces sans autres considérations.

 Antoine Manessis

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