mercredi 22 juin 2022

NUPES : le «V» de la victoire

Antoine Manessis

La claque ! Titre aujourd'hui Libération. Oui mais insuffisant. C'est beaucoup plus que ça.

Le 2e tour des législatives est marqué par plusieurs faits de toute première importance.

À nos yeux, le plus important c'est la victoire politique de la gauche, la présence très puissante de la gauche de gauche à l'Assemblée Nationale. La NUPES est la premier groupe d'opposition face à la Macronie. La FI passe de 17 à 72 députés. En un peu plus de 10 ans, après une progression constante, malgré un déchaînement médiatico-politique contre lui, le courant de Jean-Luc Mélenchon sauve la gauche dont le pronostic vital était engagé. Une situation à l'italienne, où la gauche est éradiquée et sans un seul député, menaçait la France. Cela est à mettre au crédit de Jean-Luc Mélenchon et de ses camarades. Et c'est central pour le combat politique et social. Le débouché politique, le relais politique est essentiel pour les luttes sociales. Sans compter que les luttes nourrissent en retour le politique. Emblématique, l'élection de Rachel Kéké, une des animatrices du combat des femmes de chambre de l'Ibis, une lutte victorieuse après 22 mois de combat, qui a rejoint la France Insoumise. C'est cette synergie luttes sociales et combat politique qui permet à la gauche d'être unie autour d'un programme qui est celui de la force principale de la gauche telle que le 1er tour de la présidentielle l'a exprimé avec les 22% de Mélenchon. 

Deuxième fait. La défaite de la Macronie. Une défaite stratégique : Macron voulait créer une situation où il aurait constitué une majorité centrale après avoir détruit les partis hier dominants : le PS social-néolibéral et la droite LR. Il pensait dominer l'Assemblée en excluant les "deux bouts de l'omelette" comme on disait sous la IVe République. À l'époque c'étaient le PCF et le RPF, aujourd'hui ce sont la gauche de rupture (FI) et l'extrême-droite (RN). Patatras, son beau plan s'est effondré grâce à la gauche NUPES. Pourtant les macronistes ont tout essayé favorisant le RN partout où il y avait des duels RN/NUPES. Dans les duels Macronie/NUPES ils ont sombré dans la bassesse et la calomnie osant confondre la gauche, baptisée pour l'occasion "d'anarchistes d'extrême-gauche" et l'amalgamant avec le néo-fascisme.

Troisième fait. Un groupe RN de 89 députés. Qui est de la responsabilité de Macron. Pourquoi ? Marine Le Pen avait déclaré attendre une soixantaine de députés. Mais elle n'avait pas prévu un soutien aussi peu discret de la Macronie contre le danger principal, la NUPES. Or la Macronie et le néo-fascisme se sont retrouvés avec un ennemi commun : la NUPES. La tactique électorale de Macron a permis au RN de battre le NUPES dans environ 57 circonscriptions sur 67 et d'élire donc une bonne cinquantaine de députés RN.

Quatrième fait. La manœuvre macroniste de diabolisation de la NUPES, qui a beaucoup favorisé le RN, a tout de même partiellement échouée. Les résultats parlent d'eux-mêmes. En particulier dans des zones populaires : par exemple la ceinture rouge, dont il ne restait que des empreintes, s'est quasiment reconstituée autour de la NUPES et de la FI en Seine-Saint-Denis, c'est le grand chelem 12 circos sur 12.  Stériliser la gauche en la traitant d'extrémiste a sans doute effrayé quelques électeurs du 16e arrondissement de Paris mais certainement pas les classes et la jeunesse populaires. Les commentateurs pourront toujours comparer ces résultats avec ceux de 1945 quand le PS et le PCF faisaient ensemble 50% des voix, cela n'a aucun sens. Ce qui compte c'est la tendance, la dynamique qui marque ces législatives au profit de la gauche de rupture.

Cinquième fait. L'abstention. C'est un fait qu'un-e Français-e sur deux n'a pas voté. Cette abstention pénalise d'ailleurs surtout la gauche puisque sont touchés principalement les classes populaires et jeunes. On a déjà analysé les causes de cette cassure. La meilleure réponse à cette situation c'est d'appuyer et s'appuyer sur les luttes sociales pour rétablir le contacte avec le politique en montrant aux gens en lutte qu'une alternative politique est la solution à leurs sujets de colère et de mécontentement. Pour reprendre l'exemple de Rachel Kéké, sans la lutte exemplaire des femmes de chambre y aurait-il aujourd'hui une députée de la FI qui fut une animatrice de cette lutte ? Poser la question c'est y répondre.

Cette situation répond d'ailleurs à deux problématiques de la gauche et à deux exigences si elle veut s'affirmer encore davantage : la participation aux luttes et la constitution de cadres et d'élus de la gauche issus de ces combats. Cela nous parait essentiel et incontournable. Ce n'est qu'ainsi que l'abstention sera vaincue et que le caractère populaire de la gauche se trouvera consolidé et visible.

Nous reviendrons bien sûrs sur les "leçons" des élections mais soulignons pour terminer qu'un vent d'espoir se lève dans notre pays qui ne passe pas inaperçu ni ici, ni ailleurs. Cela ne veut rien dire ou peser que la suite sera un long fleuve tranquille. Au contraire nos victoires, et ces législatives en sont une, nous obligent.

"Et à la fin c'est nous qu'on va gagner."

Antoine Manessis

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