Antoine Manessis
Feu sur Mélenchon ! Feu sur LFI ! Feu sur la Nupes !
Voilà résumé les articles de prétendus "marxistes-léninistes". Qui trouvent tout de même le moyen de se bouffer la rate entre eux...
"L'impasse stratégique de LFI" est dénoncée par les uns*, "la grave impasse politique de la Nupes", par les autres*.
Quelques remarques
Qui sont ces imprécateurs ? D'où parlent-ils ? De nulle part pourrait-on dire, tellement leur poids spécifique est proche de zéro. Comme l'écrivait Giulio Ceretti, on compense l'inconsistance politique par des mots. Avec un sérieux qui confine au ridicule et un vocabulaire vintage qui fleure bon les années 1950. Ce sont des groupes qui peuvent réunir 15 personnes à Paris et dont la plus part des gens n'ont jamais entendu parler.
Il est donc stupéfiant de lire sous ces plumes des phrases expliquant "l'échec électoral" de la gauche ainsi : "Dès qu’on raisonne en masse, en nombre de citoyens mobilisés d’une manière ou d’une autre, la réalité du rapport de forces réapparait avec une grande clarté". La réalité du rapport de forces ? On croit rêver venant de gens qui sont incapables de se présenter aux élections compte tenu de leur inexistence politique pour les uns ou dont la seule légitimité pour les autres vient de l'élection d'une maire.
La réalité du rapport de forces c'est que le "mélenchonisme", honni par ces fantômes surgis d'un passé révolu, est parvenu à "faire vivre et renforcer" l'espace politique et idéologique de la gauche de gauche, sa présence parlementaire, cela contre les droites et les fachos coalisés, et à imposer un programme anti-néolibéral aux autres composantes de gauche.
Mais cela n'existe pas pour ces doctrinaires qui dénoncent l'absence de "critique du programme de la N.U.P.E.S.(sic) et pourquoi ne va-t-elle pas à l’essentiel" à savoir "les 4 sorties de l'UE, de l'euro, de l'Otan et du capitalisme". Les Soviets partout et tout de suite.
En revanche, nos dinosaures réactionnaires chargent la FI qui "en privilégiant les thèmes sociétaux qui séduisent les couches moyennes supérieures, exaspèrent les ouvriers…" Pour eux, lutter pour l'égalité des genres, contre l'homophobie, contre le racisme, contre les violences policières, contre le post colonialisme...ne sont pas des combats sociaux. Ce ne sont pas ce que vivent les classes populaires, qui sont "exaspérées" par les combats pour l'égalité et la dignité. Non, ces thème "séduisent les couches moyennes supérieurs" parait-il. Affirmation d'ailleurs démentie par toutes les études scientifiques.
En fait, ces résidus du stalinisme ne savent pas que les ouvriers, les travailleurs, les précaires, les aides-soignantes, les auxiliaires de vie, les livreurs à domicile etc... d'aujourd'hui ne sont pas seulement des mâles blancs. Ils sont composés de noirs, de magrébins, d'asiatiques et de...femmes ! Qu'ils-elles ne ressemblent pas totalement aux affiches soviétiques où la classe ouvrière était représentée par un musculeux métallo.
Mais l'essentiel pour eux c'est de "produire en France". Mais produire quoi ? Pour qui ? Comment ? Dans quel but ? On ne le saura pas. Vive le plan quinquennal et les millions de tonnes d'acier et les tonnes de blé. Vous avez dit productivisme ? Et vive le nucléaire qui, parait-il, une fois nationalisé ne risque plus de nous péter dans la gueule et on saura quoi faire des déchets atomiques s'ils sont "socialistes". Pathétique.
Mais ces questions sont subalternes pour nos léninistes en peau de lapin qui s'interrogent sur "le périmètre" de la Nupes. Chassons le PS et EELV ! Comme les trotskistes qui en 1972 voulaient chasser le MRG (les Radicaux de gauche) du Programme commun pour ne garder que les "partis ouvriers"... Comme si le problème était le périmètre de l'alliance et non les rapports de forces qui la traversent, son contenu, son programme, ses dynamiques internes et surtout celles du mouvement populaire.
Et que disent en conclusion nos Georges Marchais à la retraite ? Que "Mélenchon s’est construit pour lui-même, il peut s’installer dans une fondation à sa mémoire, mais le mouvement populaire est à terre, à reconstruire. La première étape est de sortir de cette longue séquence Mélenchon qui n’est que la répétition sous forme de farce de la séquence Mitterrand dont il est le produit."
Ne rien comprendre à ce point, c'est de l'art. Nier la réalité qui fait que Mélenchon, selon la formule de Pablo Iglesias, "est plus que jamais une référence pour la gauche européenne" est le comble de l'auto-aveuglement politique, le produit d'un ressentiment stérile devant les faits qui sont têtus. Sans Mélenchon et la FI nous aurions Meloni - Le Pen.
Quant aux frères ennemis de la mouvance brejnevienne, eux, ils voient grand : "faire naître une alternative rouge et tricolore articulant Frexit progressiste et visée du socialisme-communisme (sic) pour la France." Ils y travaillent depuis plus de 20 ans, une ou deux (si la météo le permet) centaines de sectateurs, sans strictement aucun résultat.
Et pendant ce temps là, la vie jaillissante et contradictoire se déroule à côté d'eux entraînant notre peuple vers de nouveaux combats les plus rassembleurs possibles pour construire un autre monde écologique, socialiste et pacifique. Et l'outil de ce combat, qu'il faut encore, ô combien, perfectionner, s'appelle la France Insoumise.
C'est là que les marxistes contribuent au mieux au combat émancipateur.
Notes
* https://lepcf.fr/Parlement-Nupes-et-marche-parisienne-l-impasse-strategique-de-la-France

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