Antoine Manessis
"Les loups sont entrés dans Paris" chantait Serge Reggiani . En tous les cas on les entend hurler.
Trente-six députés de la majorité macronienne (Renaissance et MoDem) ont appelé à des sanctions de l’Assemblée nationale contre les députés participant à des manifestations interdites à l’instar de ceux présents samedi à Sainte-Soline. "Nous trouvons scandaleux que des députés puissent participer à une manifestation qui a été jugée illégale. Nous demandons à ce que ces députés puissent être sanctionnés par l’Assemblée nationale".
"Ils osent tout, y compris piétiner la Constitution" a dénoncé la députée écologiste Sandra Regol. "Abracadabrantesque" dit un autre. Thomas Portes, député de Génération.s, a de son côté cité l’article de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen sur "le droit à l’insurrection" ajoutant "Cette manif était légitime".
Rappelons que la députée Lisa Belluco a été matraquée par les gardes mobiles. Rappelons que Darmanin a, dans cette affaire comme trop souvent, menti. Que la violence est venue de la gendarmerie qui a chargé, comme d'habitude, des manifestants pacifiques, et de la préfecture qui a interdit cette manifestation contre l'accaparement de l'eau par l'agrobusiness. Décision contraire au droit constitutionnel de manifester.
Que si quelqu'un mérite des sanctions, c'est le ministre de l'Intérieur qui a osé insulter les manifestants écolos en les traitant de "terroristes". Ce qui est aussi stupide qu'odieux.
Les loups sont entrés aussi à Rome. 100 ans après la Marche sur Rome des chemises noires de Mussolini, la néo-fasciste Giorgia Meloni est devenue première ministre. Son gouvernement a décidé de frapper un grand coup. Contre l'inflation, les bas salaires, les services publics en lambeaux...? Que nenni. Contre les rave partys.
Six ans de prison et 10.000 euros d'amende pour les organisateurs de fêtes illégales. Aussi absurde que cela puisse paraître, le gouvernement de Giorgia Meloni est parti en guerre contre les rave partys...
L'écrivain Erri di Luca a ironisé sur le "grave danger des manifestations musicales libres et gratuites". L'indignation est d'autant plus vive que les forces de l'ordre ont confisqué une sono d'une valeur de 150.000 euros lundi lors d'une intervention contre une rave à Modène. Alors que 2000 personnes ont rendu hommage dimanche, sans être inquiétés, au dictateur fasciste Benito Mussolini dans sa ville natale de Predappio.
"Qui décide de ce qui est dangereux ? Une rave ou un rassemblement de chemises noires qui insultent notre Constitution ?", s'interrogeait mardi la députée démocrate Ilenia Malavasi. Pour Dario Accolla, militant de la communauté LGBT, dont Giorgia Meloni accuse de promouvoir "la théorie de genre" (qui répétons-le n'existe pas), "ils veulent simplement nous interdire de manifester".
"La fête est finie", a triomphé Matteo Salvini, chef de la Ligue d'extrême-droite. C'est avec la démocratie que ces gens veulent en finir.
Que des députés de la Macronie et le gouvernement italien néo-fasciste se retrouvent pour tenter d'étouffer des libertés élémentaires, celle de manifester ou de faire la fête est révélateur du climat liberticide et violent que ces forces veulent imposer aux peuples alors que le niveau de vie des classes populaires et même moyennes se dégrade gravement et que les résistances sociales sont inévitables.
Crier aux loups est une exigence et une urgence politiques.

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