mardi 8 novembre 2022

Message paradoxal : dissolution, pas dissolution

Antoine Manessis

Le JDD nous annonce, en s'appuyant sur des fuites organisées par la Macronie, "La question n’est plus de savoir s’il y aura une ­dissolution, mais quand".   Le Journal du dimanche précise " du côté de Renaissance, tout est prêt. Dans les moindres détails".

Le contraire est affirmé par Olivier Véran porte-parole du gouvernement : Les Français "ne souhaitent pas" une dissolution. De plus, explique-t-il,  dissoudre ne s'envisage qu'en cas de "blocage complet du Parlement, pour l'instant nous n'avons aucun des stigmates de ce blocage". Véran a lancé un appel à la "droite républicaine", notamment dans la perspective de la future réforme des retraites. L'appui des socialistes est aussi espéré sur le texte visant à accélérer les énergies renouvelables.

La Macronie lance donc un message volontairement paradoxal. Pourquoi ? Pour semer le doute chez les députés macronistes et les autres. Des législatives dans une ambiance politique aussi instable sont périlleuses pour tous.

Le reprise en main des troupes de Renaissance et des autres groupes de la majorité relative, après quelques couacs, a dû paraître nécessaire à Macron qui se souvient des "frondeurs" et craint une telle aventure. Pour faire pression sur la droite LR à la veille de son congrès. Et sur certains partis de la Nupes (PS, EELV, PCF) sachant que leurs congrès arrivent et que Macron fera tout pour diviser la Nupes réunie autour d'un programme anti-libéral grâce au rapport de forces instauré par Mélenchon et LFI.

Mais reste la question centrale : une dissolution rapporterait quel bénéfice à Macron ? A priori, on ne voit pas lequel.

Aucune certitude, ni même aucune tendance, qui permette d'envisager une victoire macroniste. On ne voit pas par quel miracle les gens se précipiteraient vers la Macronie alors qu'ils ne lui ont pas donné de majorité sur la lancée de la victoire de Macron en mai dernier.

Qui plus est, organiser les législatives dans une conjoncture inflationniste comme la nôtre, avec comme projet une réforme des retraites rejetée par au moins 70% des Français-es, nous semble plutôt suicidaire.

On peut imaginer une abstention plus importante encore qu'en juin 2022 (53% d'abstention). Mais on ne voit pas en quoi elle bouleverserait les résultats.

N'oublions surtout pas que la Macronie n'a obtenu que 38,5% des électeurs et donc que la très large majorité des Françai-ses a voté contre elle. Par quel tour de magie Macron compte-t-il changer cette donnée politique massive ? Certes il peut la jouer "contre les extrêmes donnez moi une majorité". Mais c'est ce qu'il a fait en juin sans succès.

Tout cela joue contre la dissolution. Sans compter que Macron avec le groupe LR dispose d'une réserve qui lui offre la majorité pour ses projets de droite. LR va élire un président. Si c'est l'aile (pour faire simple) sarkozyste qui l'emporte, elle fera l'union avec Macron. Si c'est l'aile droite extrême à la Ciotti qui gagne, la majorité des députés et sénateurs LR n'auront aucun mal à rejoindre Macron. Cela d'autant plus que ce dernier ne se présentera plus à la présidentielle et que la droite LR peut possiblement espérer que son candidat, Edouard Philippe, l'emporte. Ciotti à ce moment-là pourra jouer le rôle de Berlusconi en Italie et soutenir une Marine Le Pen-Meloni.

Enfin n'oublions pas que le 49.3 permet au gouvernement d'Elisabeth Borne de passer par-dessus l'Assemblée nationale et qu'il n'y a pas de majorité alternative à la Macronie à l'AN. Macron et ses amis ayant fortement aidé le RN a obtenir ses 89 députés pour faire barrage à la FI et à la Nupes. Pas sûr qu'ils puissent réitérer cet "exploit" mais certainement pas pour son bénéfice politique.

Sans lire dans le marc de café, on peut dire que pour le moment la dissolution ne nous semble pas d'actualité mais fait plutôt partie d'une mise en scène politicienne. Le capital n'est probablement pas chaud pour une aventure qui pourrait tourner au fiasco pour son représentant. Car si Macron dissout et ne gagne pas les législatives, que se passerait-il ? Logiquement le président devrait démissionner après une telle claque du suffrage universel. 

Ajouter une crise politique de grande ampleur avec une présidentielle en perspective, dans une conjoncture extrêmement tendue, pas sûr que ceux qui ont porté Macron sur les fonds baptismaux voient cette éventuelle tempête politique d'un bon œil. 

En tous les cas, cette alarme devrait inciter la FI à s'organiser mieux encore et la gauche à comprendre "la gauche sera une gauche de rupture ou ne sera pas."

Aucun commentaire: