samedi 17 décembre 2022

Ciotti comme Berlusconi ?

Antoine Manessis

Éric Ciotti a été élu par les adhérents de parti LR président de la formation de droite.

Avec 53% des voix des 95.000 membres des LR. Pas terrible mais les autres ne valaient pas mieux: à droite toute. 

Inexistantes les droites gaulliste ou sociale-chrétienne, évaporées. Un autre continent disparu.

Il ne reste qu'une "droite claire", une "droite qui ne s’excuse pas et qui n'est pas dans le politiquement correct", comme dit Laurent Wauquiez qui a souligné le besoin de "clarté" pour Les Républicains : "clarté des idées", mais aussi "clarté pour la façon de choisir notre candidat" pour 2027. Tout au long de la campagne interne, Eric Ciotti a affirmé que, s’il était élu, il ferait en sorte que Wauquiez soit adoubé comme candidat de LR à la prochaine présidentielle. Bref la droite extrême a un candidat pour 2027.

Qu'espère Wauquiez qui n'est pas un imbécile ? Qu'en reprenant une large partie du discours du RN, il récupèrera son électorat. Et qu'éventuellement une alliance des droites n'est pas impossible sous sa houlette. Car pour lui cela ne peut se jouer qu'entre Marine Le Pen et lui.

Nous pensons plutôt que les gens préféreront l'original à la copie et que la charge "anti-système", certes trompeuse, du RN lui donnera un avantage sur le Normalien, agrégé d'histoire et énarque.

Surtout la stratégie de Wauquiez-Ciotti ne tient pas compte que la force principale de la droite est désormais la Macronie. Si Macron s'est servi du PS hollandais comme d'un marchepied, il est désormais clair que les deux quinquennats de Macron auront été marqués par une politique néolibérale. Or, au sein de la Macronie la droite ex-LR a fait son nid. Outre les actuels ministres de droite, en embuscade se tient Edouard Philippe, ancien premier ministre de Macron. Or celui-ci est plus en situation de capter le vote du bloc bourgeois. Pas nécessairement  pour gagner mais pour être devant Wauquier, rassemblant l'aile droite du PS, l'aile juppéiste des LR et le ventre mou de la Macronie.

Mais il est vrai que ce résultat n'est pas garanti et que Wauquiez peut espérer des divisions dans ce bloc avec des candidats en concurrence sur le créneau macroniste comme Bruno Lemaire. Divisions qui lui permettraient d'arriver en second. Mais c'est écarter une deuxième place pour la gauche, chose qui n'est pas impossible. De plus arriver à un second tour pour affronter victorieusement Le Pen n'a rien de certain. On peut même penser que l'abstention à gauche serait massive dans un 2e tour Le Pen/Wauquiez.

Il n'est donc pas impossible que la recomposition de la droite entraîne la disparition de LR ou partiellement son alliance avec le RN et tout aussi partiellement sa mutation macroniste.

On vient d'apprendre que des maires, la liste d’élus locaux et responsables de fédérations qui quittent le parti s’allonge d’heures en heures, quittent LR et ce, partout dans le pays. L'écurie présidentielle d’Edouard Philippe, son parti Horizon est prêt à  les accueillir. Ce mouvement est important politiquement car les élus locaux sont le corps électoral du Sénat. Et que la seconde Chambre pourrait perdre sa majorité LR si l'hémorragie se poursuivait.

Si décidément la droite "classique" va mal, le parti de la bourgeoisie et du capital, la Macronie, occupe le terrain. Cela ne veut pas dire que les choses soient simples pour lui non plus. S'attaquer à une réforme des retraites dont 70% des citoyen-nes ne veulent pas va laisser des traces quel que soit le résultat de la bataille.

Dans ce contexte la question qui se pose c'est qui profitera de la désaffection à l'égard du bloc bourgeois ?

Antoine Manessis

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