Antoine Manessis
Un mot sur l'Intersyndicale puisque des lecteurs nous ont soit interrogé, soit fait part de leurs avis.
Pour juger, il nous semble que nous devons prendre en compte les faits. Des millions de personnes ont manifesté massivement leur refus de la casse des retraites voulue par le capital et sa marionnette élyséenne. Cela a été fait sous l'égide de l'Intersyndicale.
On peut bien entendu regretter que les travailleurs et les travailleuses n'aient pas un syndicat unique, regroupant 80% des salariés et campant sur des positions combatives "de classe et de masse". On peut regretter aussi que Roussel ne soit pas pourvu d'un intelligence politique minimale ou qu'il ne fasse pas soleil le jour de BBQ prévu avec les ami-es. Mais les regrets ne changent rien à ce qui est, à savoir le pluralisme (la division) syndicale et la déliquescence du PCF et la pluie le mauvais jour.
Du coup, la CGT, Solidaires, FO, la CGC, la FSU et la CFDT ensemble pèsent plus que séparés. Lors de la dernière manifestation parisienne, un camarade nous a envoyé une vidéo où nous pouvions voir le cortège de la CFDT. C'était impressionnant. On peut penser que le mouvement social se passe de la CFDT. Que la CFDT est une branche pourrie. Que la collaboration de classe n'apporte rien de bon. Que Laurent Berger n'est pas Benoit Frachon. OK alors on fait quoi?
D'autant qu'on pourrait dire des choses pas sympa sur la direction de la CGT. La bureaucratie syndicale, la collaboration de classe, l'institutionnalisation, ça ne touche que la CFDT ?
Et que dire de FO ? Et de la CGC ? Pourtant, en Mai 1968 ces syndicats étaient tous ensemble, non ? Certes nous ne comparons pas les rapports de forces d'alors mais enfin la CGT de Frachon et Séguy a, partout où c'était possible, constitué des intersyndicales. Le fonctionnement majoritaire fut le comité de grève, organisé en intersyndicale, et la grève demeura largement sous la conduite des dirigeants syndicaux.
Analyser une situation ce n'est pas comparer ce qui se passe avec ses souhaits, ce n'est pas la juger à l'aune de principes éternels, c'est regarder les dynamiques dont elle est porteuse, sa capacité à unir, à rassembler sur des objectifs communs.
Cela ne signifie pas que la CFDT ait changé de nature ou que Berger soit à la pointe du combat émancipateur. Cela ne signifie pas que le mouvement social (et/ou la grève) dans toutes ses formes et composantes ne puisse pas, à certains moments et avec certains rapports de forces, dépasser le cadre de l'Intersyndicale. On peut même le souhaiter. Mais cela est l'affaire des travailleurs et certainement pas de groupuscules qui rêvent les situations au lieu de les analyser lucidement et en ignorant, et nous insistons sur ce point, les dynamiques en cours, les possibles qu'elles portent.
Le dogmatisme c'est figer les situations, les essentialiser alors que les contradictions qui traversent tout conflit social lui donne son mouvement et son sens. C'est en étant clairvoyant sur ces contradictions que l'on peut agir pour que la résultante des forces en jeu aille dans le sens souhaité.
Certainement pas en décrétant des excommunications qui affaiblissent finalement notre camp social et ses objectifs : aujourd'hui le retrait de la réforme Macron des retraites.

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