Antoine Manessis
La légitimité n'est pas une question métaphysique.
La légitimité d'un pouvoir ne peut être qu'une légitimité politique et, croyons nous, démocratique.
La légitimité politique ne se décrète pas et n'est pas figée pour l'éternité. Sinon nous serions encore dominé par la légitimité de l'Empire romain ou nous vivrions sous la légitimité féodale des seigneurs ou encore nous serions les sujets du roi, légitime par la naissance et la grâce de Dieu, ce qui reconnaissons le est une sacrée source de légitimité... Mais rien n'y fit, la légitimité politique ça va, ça vient. Ainsi, un certain 14 juillet 1789 une nouvelle légitimité naissait avec une insurrection que BFM, si elle avait existé aurait qualifié de "violences inouïes et de graves dégradations de bâtiments publics". Cette nouvelle légitimité issue d'une émeute mit longtemps pour être considérée comme légitime. Mais, comme tout chose dans la vie, une nouvelle légitimité devient au bout d'un temps plus ou moins long, la légitimité reconnue. Puis aussi inéluctablement une nouvelle légitimité la remplacera. Inutile donc de s'accrocher vainement à une légitimité considérée comme un tabou. Tout change. Comme le disait le grand Héraclite au VI e siècle avant notre ère (il avait déjà pigé ce que nombre d'imbéciles n'ont pas compris ou nombre de salauds font semblant de ne pas comprendre car leurs privilèges sont en jeu) "Aucun homme ne marche jamais deux fois dans la même rivière, car ce n'est pas la même rivière et ce n'est pas le même homme." Et oui, tout change y compris la légitimité d'un pouvoir, aurait-il les apparences et l'illusion trompeuse de l'éternité.
Depuis un certain temps on considère que la source de la légitimité est, ou devrait être, démocratique. Démocratique voulant dire que la légitimité vient du peuple, qu'elle s'exerce par le peuple et pour le peuple. Mais déjà se pose une nouvelle question qui est le peuple? L'Ensemble des citoyens d'un pays ou le plus grand nombre, la masse des gens, par opposition aux classes possédantes, à la bourgeoisie ? Emmanuel Macron, très provisoirement président de la République, nous a dévoilé sa pensée à ce propos "Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien". Outre l'élégance de la pensée présidentielle et son touchant humanisme, il nous offre une piste pour définir le peuple, en effet en opposition à ceux qui n'en sont pas. Car il se trouve qu'au XIXe siècle un fin observateur du monde fit le constat, pas l'invention théorique mais le constat pratique, que l'histoire (donc aussi de la légitimité qui est toujours historique) a pour moteur le lutte des classes. Cette affirmation ne règle rien mais elle éclaire les enjeux du débat : il y a une démocratie possible, celle des gens qui ne sont "rien" et une autre plus étroite, qu'on peut baptiser oligarchie (Etymologie : du grec oligos, petit nombre et arkhê, commandement) pour ceux "qui réussissent" (à s'enrichir sur le dos des "gens qui ne sont rien" ; "le paradis des riches étant fait de l'enfer des pauvres" disait Victor Hugo. La base de cette oligarchie c'est le capital. Cette oligarchie est capitaliste. Quant à la démocratie, elle devra être une laocratie, le pouvoir du peuple (Etymologie : du grec laos, peuple et cratos, le pouvoir), le peuple non perçu comme une totalité mais comme les classes dominées, "subalternes" comme disait Gramsci. On réintroduit la lutte des classes dans la définition du concept peuple.
Comme on a pu le voir tant du point de vue politique que démocratique dire, comme Macron à propos de la France Insoumise, qu'un force politique veut "délégitimer l'ordre raisonnable" est non seulement une stupidité conceptuelle mais aussi un négationnisme historique.
- Stupidité conceptuelle, puisque un "ordre raisonnable" ne peut l'être qu'un temps, répondant à la raison des dominants. Ceux-ci changeant au fur et à mesure des luttes des classes. Ainsi la monarchie absolue était "l'ordre raisonnable" de l'aristocratie et le massacre de la Commune par la bourgeoisie était l'expression brutale de son "ordre raisonnable".
- Négationnisme historique, puisque l'histoire est justement une succession de légitimités qui deviennent illégitimes. Du fait de l'action des hommes qui du fait des contradictions qui traversent les sociétés décident, par toutes sortes de voies, de bouleverser les légitimités que l'on croyait installées pour l'éternité. Même les Pharaons, mêmes les Césars, même les capétiens, les Hohenzollern et les Habsbourg ont été balayés par le vent de l'histoire et leur légitimité remplacée par une autre.
Cela étant, venant d'un financier totalement inculte historiquement et de ses clones, les Olivier Véran, Elisabeth Borne, Gabriel Attal, Aurore Berger et autres du même acabit, cela n'est pas pour étonner.
Les chiens aboient, leur légitimité passe...

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