Antoine Manessis
Israël est un État colonial, instauré avec la complicité des Occidentaux et de l'Union Soviétique.
Du fait de sa nature coloniale, on peut difficilement admettre que cet État fut démocratique. Ou alors démocratique dans le sens antique du terme, c'est-à-dire une démocratie réservée aux citoyens et dont étaient exclue les esclaves, les métèques et les femmes. Une démocratie à condition que le démos en question fut réduit à une fraction de la population. En l'occurrence en Israël les colonisateurs juifs. Colonisateur "objectif" dirons-nous pour être précis. Comme un Communard expédié en Algérie après la Semaine sanglante s'inscrivait, y compris contre son gré, dans l'entreprise colonisatrice de la France.
Israël ne fut donc jamais une démocratie
D'autant plus que les Arabes, les habitants palestiniens de ce qui devint l'État d'Israël furent chassés de leurs terres par une épuration ethnique basée sur le crime et la terreur ou traités en citoyens de seconde zone. Voilà le préalable nécessaire, nous semble-t-il, pour comprendre les événements récents en cours en Israël.
Le gouvernement Netanyahou, une coalition entre droite extrême (Likoud), réactionnaires religieux racistes et néofascistes, a décidé d'une réforme de la Justice sachant que le Premier ministre est visé par plusieurs affaires de corruption. Parmi les principaux éléments de la réforme, une clause dite "dérogatoire" permettrait au Parlement, avec un vote à la majorité simple, d'annuler une décision de la Cour suprême. Autre point d'achoppement, le processus de nomination des juges, le gouvernement souhaitant "mettre fin à l'élection des juges par leurs confrères" et propose un plus grand poids des élus dans ces choix. La réforme, la coalition au pouvoir souhaite rétablir la peine de mort pour les faits de terrorisme. Quand on sait que les résistants palestiniens à l'occupation sioniste sont considérés comme terroristes, on peut craindre le pire.
Et ce fut l'avis d'une large majorité des Israéliens eux-mêmes, d'une "faction", de "factieux" comme dirait le Netanyahou français sur un autre sujet... D'énormes manifestations ont eu lieu dans tout le pays accompagnées de heurts entre police et manifestants. Même le ministre de la défense de Netanyahou est limogé pour avoir voulu "une pause" dans la réforme, un cousin lointain de Laurent Bergé sans doute...
Mais Joe Biden, le président du monde occidental, est intervenu disant que "tout changement important doit bénéficier du soutien populaire le plus large possible". T'as entendu ton patron Emmanuel ? Et dimanche dernier le chef de la centrale syndicale israélienne Histadrout, le Martinez local, a exigé, sous peine de grève générale, un retrait de la réforme. Même le chancelier allemand, habituellement soutien inconditionnel d'Israël, a fait part de "sa grande inquiétude".
Finalement, Benjamin Netanyahou a annoncé une (courte) "pause" dans le processus d'adoption de la réforme, en cours d'examen au Parlement. Le Premier ministre a annoncé que l'adoption définitive des différents textes de la réforme était reportée à la prochaine session parlementaire. Celle-ci doit s'ouvrir après les fêtes de la Pâque juive (5 au 13 avril). Dans la foulée de cette annonce, la centrale syndicale israélienne Histadrout a réagi en levant l'appel à la grève générale. Un peu légèrement diront les esprits chagrins.
Une tribune intitulée "De quelle soi-disant démocratie parlons-nous ?", signée par des personnalités progressistes parmi lesquels Judith Butler, Shlomo Sand, Rony Brauman, a expliqué: "Le mouvement de contestation appelant à 'défendre la démocratie en Israël' nous semble faire l’impasse sur une réalité essentielle : les Palestiniens, qu’ils soient résidents de Jérusalem, habitants des territoires occupés ou réfugiés, sont les premières victimes de cette coalition d’extrême droite. Quant aux Palestiniens de citoyenneté israélienne, ils subissent depuis toujours un ensemble de discriminations systémiques dans tous les domaines par rapport à la majorité juive, d’où leur absence significative dans la protestation appelant à défendre une démocratie qui les a toujours considérés comme des sous-citoyens. Ce groupe d'universitaires, de chercheurs et de médecins souligne que "les colons, soldats et politiciens israéliens ont bénéficié d'une impunité totale pendant des décennies et que les Palestiniens vivent sans protection internationale".
La décomposition et la radicalisation de l'occupation sioniste de la Palestine ne peut que s'aggraver. La gauche n'existe même plus en Israël. Comment en effet tenir un discours crédible d'émancipation quand son armée occupent, humilie, tue, pourchasse, emprisonne et torture. Fort logiquement une telle contradiction fut fatale à la gauche. Quant à l'expression politique de la colonisation, à savoir le Likoud et les néofascistes, comme les ultras OAS de l'Algérie française, elle se radicalise et sombre dans une violence débridée et la masque pseudo-démocratique se fissure et se brise en morceaux dans le sang des Palestiniens.
Accuser ceux qui combattent l'occupation coloniale et le néofascisme israélien d'être des antisémites ne marche plus aussi bien quand c'est une partie du peuple israélien lui-même qui tente de s'opposer aux aspects les plus grossiers de la politique du gouvernement Netanyahou.
Mais il faudra aller au-delà. Et comprendre que le fait colonial porte en lui les dérives institutionnelles et bien plus gravement les crimes d'Etat et que seule sa fin pourra permettre aux peuples qui vivent sur cette terre d'imaginer un jour vivre ensemble.
Palestine vivra, Palestine vaincra !

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