Antoine Manessis
L'élection de la candidat socialiste dissidente en Ariège - autant que ce mot ait un sens quand le numéro 2 du PS et la présidente de région PS soutiennent la dissidente - soulève une série de remarques.
Quatre remarques + une
- La première est la perte d'une députée de la FI, Benedicte Taurine. Comme l'a dit le communiqué du PS "Ce soir, l'union de la gauche comme l'intergroupe de la Nupes à l'Assemblée nationale perdent une députée." Ajoutant que la victoire à la Pyrrhus de Martine Froger "n'ouvre aucune perspective pour la gauche puisqu'elle s'est construite dans une alliance avec les droites contre l'union de la gauche et des écologistes."
- La deuxième remarque concerne l'état du PS qui apparait comme gravement divisé. Le numéro 2 du PS Nicolas Mayer Rossignol et la présidente de la région Occitanie Carole Delga soutenaient la dissidente face à la candidate de la gauche unie. Et le maire de Montpellier PS déclare que son Premier secrétaire Olivier Faure a obtenu sa réélection au congrès du PS à Marseille "par la fraude."
Le maire de Rouen, Mayer Rossignol et n° 2 du PS s'est même directement adressé à Jean-Luc Mélenchon sur Twitter. "En Ariège comme ailleurs, il y a des femmes et des hommes socialistes, qui portent fièrement leurs valeurs, qui ont envie que la gauche gagne et qui ne vous seront jamais... soumis."
Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a réagi "Voilà à quoi servent les dissidents du PS. Refuge du vote Le Pen et Macron au 2e tour pour battre l'opposition à la retraite à 64 ans. Lamentable combine politicienne. La gauche de Delga, Cazeneuve et compagnie, ce n’est pas la gauche. Toute bienveillance serait dès lors mal placée", conclut-il.
- Troisième remarque : La partielle de l'Ariège confirme que "L'union est un combat". Des forces centrifuges persistent à vouloir nier le suffrage universel et la déroute de la droite social-libérale. Le score d'Anne Hidalgo 1,7% des exprimés (1,3% des inscrits) a du mal à être intégré. Comme les LR coincés entre Macron et Le Pen, les socialistes de droite n'ont pas encore compris qu'ils n'avaient aucun espace politique entre la Macronie et la gauche de gauche. Certes ils existent dans les assemblées régionales, départementales et municipales, mais à la manière du Parti radical dans le passé, ne pesant plus vraiment dans les grands choix nationaux.
D'autres aussi au Parti communiste ont du mal à digérer les 2,2% (1,7% des inscrits) de Fabien Roussel et veulent poursuivre leur rêve illusoire d'une résurrection du PCF. Ainsi, au nom d'un élargissement de la gauche, Fabien Roussel* en vient à dire que "La Nupes, elle est dépassée. Il faut rassembler bien au-delà". Pour ce faire il tend la main "à une gauche nouvelle et qui ne se résume pas à Jean-Luc Mélenchon" mais dont fait parti...Bernard Cazeneuve. L'anti-mélenchonisme a des raisons que la raison ignore. Pour paraphraser Châteaubriand, l'opportunisme le plus bête appuyé sur le bras de la crapulerie encravatée. Une gauche avec Roussel et Cazeneuve...Ça fait rêver.
- Quatrième remarque : La droite macroniste et le RN ont félicité la candidate dissidente socialiste de droite. Ainsi Olivier Dussopt, un homme de "gauche" qui porte la réforme de "gauche" des 64 ans. Ainsi la ministérielle nullité a déclaré : "S'il existe bien sûr une place sur l'échiquier politique pour une gauche responsable, ce scrutin montre surtout que l'outrance et la radicalité ne paient pas et ne ressemblent pas." Analyse dont le vide sidéral n'étonnera pas de cet ancien PS passé à la Macronie : il faut bien justifier sa propre médiocrité.
"Si les milieux populaires ne vont pas voter nous serons écrasés"
Cinquième et dernière remarque : Martine Froger, socialiste de droite, a recueilli 11.758 voix (soit 60,19 % des suffrages). Pourtant arrivée en tête au 1er tour avec 31,18 % des voix, la sortante Bénédicte Taurine, candidate NUPES (LFI), appuyée par l'union de gauche (LFI, EELV, PS et PCF), a obtenu 7.776 (39,81 % des voix), dans un scrutin - et c'est là le point central - où la participation a été limitée à 38 % du corps électoral. C'est là qu'est l'explication centrale de cette défaite : plus de 60% d'abstention. C'est là que se trouve le nœud gordien que la gauche devra trancher si elle veut vaincre. Penser, comprendre et, bien sûr, résoudre cette question de l'abstention massive des classes populaires et des jeunes est une tâche non seulement prioritaire mais incontournable pour la gauche.
L'Italie l'a démontré. Meloni, la duce des néo-fascistes de Fratelli d'Italia, n' a pas gagné les élections parce qu'elle aurait gagné des millions de voix. Non. La victoire de l’extrême droite, alliée à la droite, ne doit pas cacher une stabilité de son électorat. Ce que Meloni a gagné en voix, elle l'a pris à Salvini. Le pays n’a pas viré néo-fasciste. C'est l'abstention, l'apathie, la dépolitisation, l'absence d'espérance en un mot l'abstention qui a permis la victoire fasciste.
En Ariège le rassemblement des droites s'est fait autour d'un débris du hollandisme soutenu par toutes les droites. Mais nationalement en 2027 (ou plutôt vu la crise politique qui secoue le pays) c'est bien Marine Le Pen qui profiterait d'une telle situation et de l'abstention des classes populaires.
En août 2022, Mélenchon avait déclaré "Si les milieux populaires ne vont pas voter, nous serons écrasés". Il a réussi à en mobiliser 22%. Formidable mais insuffisant. Demain il faudra impérativement faire voter les abstentionnistes et donc les faire espérer. Demain ce sera le même dilemme et cette fois ce seront la République et la démocratie qui seront en jeu.
* Dernière minute : Roussel sur Darmanin (Le Monde)
: "Je lui reconnais cette capacité à écouter les habitants populaires,
il sait entendre la colère, la difficulté d’un ouvrier, il est comme
moi". Cette déclaration quand Darmanin tente d'amalgamer la gauche et
l'écologie à du terrorisme (lire l'Huma de ce jour 3 avril).

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