samedi 24 juin 2023

"Dianou" de Joseph Andras

Antoine Manessis

C'est le titre du très beau livre de Joseph Andras.

Fil conducteur, la vie et la mort du militant indépendantiste Alphonse Dianou. Assassiné par l'armée française lors de l'assaut de la grotte d'Ouvéa. Dianou tombé avec dix neuf de ses camarades. Nombre d'entre nous s'en souviennent. C'était hier. C'était en 1988. Deux hommes politiques se battaient ici pour diriger le pays. Morts tous deux aujourd'hui. 

En Kanaky-Nouvelle-Calédonie d'autres se battaient pour la reconnaissance de leur être. Nié et réprimé par le colonialisme français. Toujours debouts malgré l'exploitation, les têtes tranchées et l'humiliation. Déjà Louise Michel, la Communarde exilée là-bas, assiste à un soulèvement, à sa répression et se solidarise avec les Kanaks.

Andras, dans un style bouleversant, percutant et poétique, nous parle, nous raconte un pays que nous connaissons finalement bien mal. Un ami de Kanaky, à qui j'ai parlé du livre, m'a dit " la justesse de son regard sur le pays et ses gens." Cette justesse intelligente et empathique traverse tout le livre.

La figure d'Alphonse Dianou se découvre à travers des témoignages qui nous le rende proche, complexe et contradictoire, proche parce que complexe et contradictoire. Se réclamant de Gandhi et de Guevara. Non-violent et combattant. Chrétien et révolutionnaire. Toujours digne. 

Ne cherchons pas à résumer un livre qui doit être lu et qui éclaire sur le combat d'un homme et, à travers lui et ses proches, d'un peuple.

Un livre qui est aussi exemplaire comme livre d'histoire car il rend compte, grâce à la littérature, grâce à sa construction, grâce à son style, de la chair qui palpite, des humains qui espèrent, désespèrent, meurent, vivent.

Un livre politique aussi ; mais laissons Andras expliquer : "Nul ne vit jamais au-dessus de la mêlée: ne pas choisir est un choix, ne pas trancher un geste, ne pas prendre position un parti. Nul jamais n'écrit le coeur sec, scribe sans affects, greffier hors les murs, mains propres et conscience claire de l'humaniste: la neutralité est l'autre nom de la collaboration."

Vite, lisez KANAKY.

Antoine Manessis

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