Antoine Manessis
On se croirait plongé dans le passé, l'époque où les Tsars devaient faire face aux menaces des "grands" de l'empire. On découvre des mœurs politiques moyenâgeuses et mafieuses.
On assiste à une tentative putschiste d'un homme qui fut le bras officieux de Poutine, Evgueni Prigojine, chef de la fameuse force paramilitaire Wagner. Elle porte ce nom du fait de l'admiration que portait au IIIe Reich le fondateur-militaire et commandant du groupe, Dmitri Outkine, qui fut lieutenant-colonel au sein de l'armée russe et qui est un néo-nazi.
Evgueni Prigojine est un ancien délinquant russe. En 1981, il est condamné à douze ans de prison pour "brigandage, escroquerie". Il est libéré en 1990. Devenu homme d'affaires, après la chute de l'URSS, il est le co-fondateur et véritable chef, il en est le financier, du groupe Wagner. C'est un oligarque capitaliste proche du président Vladimir Poutine. Jusqu'à hier.
Depuis plusieurs mois, Prigojine était en conflit avec le chef d'Etat Major de l'armée russe et le ministre de la défense de Russie. Très impliqué dans la guerre en Ukraine, il passait pour faire partie de la fraction la plus belliciste du poutinisme.
Prigojine s'est emparé du quartier général de l'armée russe à Rostov (sud). "Pourquoi le pays nous soutient ? Parce que nous effectuons une marche pour la justice", a dit le chef de Wagner. Il menace de marcher sur Moscou situé à 300 km de Rostov.
Ces menaces semblent être prises au sérieux par Poutine qui a fait ce matin un discours pour dénoncer Prigojine et "sa trahison", promettant une réponse "implacable" contre les auteurs de la mutinerie. "C’est un coup de poignard dans le dos de notre peuple, de notre pays", a-t-il dit, avant d'utiliser une comparaison historique très étonnante et conforme à la vision impérialiste du combat pour la paix des Bolchevicks : "C’est ainsi qu’en 1917, pendant la Première guerre mondiale, le même type de coup a été porté. Les calomnies dans le dos du peuple avaient amené la destruction du pays, la perte de territoires, où les Russes se tuaient entre eux". Il a ajouté "de ne pas laisser une nouvelle guerre civile se produire en Russie", promettant des mesures "fermes" contre la "menace mortelle" posée par la rébellion armée du groupe paramilitaire Wagner.
Poutine invente une histoire, comme il a inventé le fait que les Bolcheviks ont créé l'Ukraine, que l'Ukraine est nazifiée et autres stupidités. La guerre civile russe fut le fait de la contre-révolution russe appuyée par les puissances impérialistes occidentales alors que le peuple russe a suivi les Bolchevicks justement parce qu'il en avait assez de la boucherie impérialiste et que seuls les Bolchevicks étaient pour la paix.
L'anti-communisme de Poutine est une constante chez lui et il n'est pas étonnant qu'il soutienne, partout où cela lui est possible, les forces d'extrême-droite quand elles ne sont pas aux mains des États-Unis, le rival impérialiste. Il est révélateur qu'en Ukraine des milices néo-fascistes soient présentes dans les deux camps.
Mikhaïl Khodorkovski, le milliardaire pseudo-démocrate russe "exilé" à Londres a appelé à soutenir Evguéni Prigojine pour combattre le régime de Vladimir Poutine.
Quant au chef de Wagner il a ouvertement remis en question les raisons pour lesquelles l'intervention militaire a été lancée. "La guerre était nécessaire pour qu'un groupe de salauds soit promu", a-t-il fustigé, accusant aussi "les oligarques" russes qui "avaient besoin de la guerre", alors que Kiev était, selon lui, "prêt à n'importe quel accord".
On pourrait lui demander ce que Wagner faisait ou fait en Syrie, en Libye, en Centre-Afrique, au Mali et qui "avait besoin de la guerre"...
Nos poutiniens locaux, étonnamment silencieux face aux derniers évènements, vont avoir du mal à s'y retrouver. Surtout l'absurdité qui consiste à nier la politique impérialiste du Kremlin ne pourra pas tenir longtemps même auprès des plus obtus poutiniens. La dégénérescence du pouvoir russe en factions mafieuses est révélatrice de sa décomposition politique que l'aventure militaire de Poutine n'a fait qu'approfondir. Le 15 septembre 2022 nous écrivions "Le spectre de 1905 hante le nouveau tsar". Qui sait ?
Et pendant que cette sinistre opérette se joue entre le maître et son ancien serviteur, des Russes et des Ukrainiens meurent. Pour rien.

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