Antoine Manessis
La question de la livraison d'armes à l'Ukraine divise la gauche.
Pourtant l'essentiel, nous semble-t-il, est dans l'analyse de cette guerre et plus encore la volonté de rétablir la paix en Ukraine comme partout ailleurs dans le monde où les armes donnent le ton, où les guerres ravagent les humains et leur environnement.
Il y a peu (en février 2023) Ione Belarra, ministre des droits sociaux d’Espagne ; Jeremy Corbyn, membre de la Chambre des communes du Royaume-Uni ; Alberto Fernandez, président d’Argentine ; Catarina Martins, membre de l’Assemblée du Portugal ; Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise ; Gustavo Petro, président de la Colombie déclaraient ensemble :
'Les mouvements populaires antiguerre ont toujours montré la voie vers un monde dans lequel les intérêts des grandes puissances et des puissants ne l’emportent pas sur la paix. Les guerres sont toujours payées par le peuple, jamais par ceux qui les commandent, qui ne verront jamais leurs fils ou leurs filles perdre la vie sur le champ de bataille. Aujourd’hui, les dirigeants signataires et les forces progressistes lancent un nouvel appel international à la paix qui valorise et accompagne ces luttes."
Sur l'envoi d'armes à l'Ukraine en provenance des pays européens, l'IFOP indique : "les Français apparaissent partagés : 57 % d’entre eux considèrent que c’est une bonne chose, car cette fourniture permet à l’Ukraine d’augmenter ses chances de battre militairement la Russie, et 43 % considèrent que c’est une mauvaise chose, car cette livraison pourrait engendrer une extension du conflit à d’autres pays d’Europe".
Les Français-e-s ont raison d'être partagés. Comme la gauche, entre atlantistes et non-alignés. Et une fraction "campiste" de plus en plus poutinisée.
La guerre est l'expression de la rivalité entre les États-Unis et la Russie, et leurs alliés. C'est-à-dire entre deux impérialismes. Que l'un soit plus fort ou plus ancien ne change rien à ce fait. Choisir un impérialisme contre un autre, c'est rentrer dans une logique "d'union sacrée", avec l'un ou avec l'autre.
Donc, imposer une solution diplomatique avant qu'une apocalypse nucléaire n'advienne est le seul objectif que la gauche toute entière devrait se fixer. Ce qui va dans le sens de la désescalade doit être soutenu. De nombreux pays qui ont des relations tant avec Kiev que Moscou peuvent aider dans ce sens y compris la Chine.
"Le temps est venu de négocier une paix en Ukraine afin de réduire le risque d'une nouvelle guerre mondiale dévastatrice, mais le souhait de certains d'un éclatement de la Russie pourrait déclencher un chaos nucléaire" a déclaré, non pas un islamo-gauchiste, mais Henri Kissinger himself.
Les positions bellicistes et jusqu'auboutistes ne peuvent qu'aggraver les tensions. Soutenir un pays agressé ne signifie pas flatter ses faucons. Au contraire. Ce qui veut dire que, même parmi ceux qui arment l'Ukraine, l'aide doit être conditionnée à une attitude politique qui permette d'en finir avec ce conflit.
Fixer comme but "la victoire de l'Ukraine" comme le font les chiens de garde médiatiques est irresponsable. Le but doit être la paix, sans vainqueur ni vaincu, dans le respect de la volonté des peuples de la région exprimée démocratiquement sous contrôle international (ONU). Être pour la paix c'est le seul objectif qui soit commun et juste pour les peuples qui subissent un conflit absurde.
Les crétins qui prétendent le contraire sont les mêmes qui en 1914 voulaient "aller à Berlin" ou "nach Paris" avec pour résultat 10 millions de morts.

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