Antoine Manessis
Yoon Suk-yeol, le très conservateur président de droite sud-coréen, veut faire passer le temps de travail hebdomadaire à 69 heures. Or en Corée du Sud le temps de travail est déjà de 52 heures et on compte 500 morts par an par surmenage.
Tous les syndicats unis, ce qui n'est pas souvent le cas, ont organisé une riposte avec des grèves depuis une quinzaine de jours. Et une grève générale massive hier. Il faut signaler que les jeunes se sont impliqués de façon inédite dans ce mouvement social.
Le pouvoir s'est engagé dans une répression violente: 16 dirigeants syndicaux ont été arrêtés et 1000 sont l'objets d'enquêtes de la police. Une répression dont les autorités sont accoutumées. Un syndicaliste s'est immolé par le feu en mai dernier, victime du harcèlement policier.
La situation des travailleurs est difficile. Dans le bâtiment par exemple, un ouvrier ne peut retourner auprès de sa famille qu'une fois par mois. Le pouvoir a refusé toute augmentation des salaires. Depuis la crise de 1997 la situation s'est encore dégradée. Le FMI a imposé une flexibilisation et une précarisation du travail en contrepartie de son "aide". 60% des travailleuses et des travailleurs ne prennent pas leur congés de peur de perdre leur travail.
Le président sud-coréen estime que les Coréens ne travaillent pas assez mais, élu avec à peine 250.000 voix d'avance sur son adversaire, il est très contesté. D'autant qu'il se livre à des agressions contre les syndicats traités de "gangsters" et contre le mouvement féministe.
L'attitude des pouvoirs de droite à l'égard des mouvements sociaux n'est pas nouvelle ; il s'agit plutôt d'un retour à la "normale" après la relative souplesse de son prédécesseur de centre-gauche Moon Jae-in. Signalons que deux partis écrasent la vie politique de la Corée du Sud ( la droite : pouvoir au peuple et le centre-gauche : le parti démocratique-Minju).
Le président Yoon agite "la menace communiste". Représentant des grandes entreprises et des grands industriels, issus des élites qui ont collaboré avec le Japon fasciste durant l'occupation nippone, Yoon agite l'épouvantail. Déjà avant 1945 le mouvement ouvrier était victime de l'anti-communisme. La guerre froide qui fut très chaude en Corée et l'arrivée des Etats-Unis n'ont fait qu'aggraver les choses. Toute une sombre série de massacres anti-communistes eurent lieu en Corée et c'est en s'appuyant sur une loi de 1948 que Yoon pourchasse aujourd'hui les syndicalistes et les progressistes considérés comme dangereux. Etre anti-capitaliste en Corée du Sud est amalgamé à être un agent de la Corée du Nord et donc un ennemi de l'intérieur. Le conflit est latent entre l'Etat, les grands capitalistes et le peuple coréen et il faut saluer le courage de la mobilisation.
De plus, la division du pays et les tensions entre les deux états compliquent encore la situation. D'autant que Yoon, contrairement à son prédécesseur, est totalement aligné sur les Etats-Unis. Et sa servilité à l'égard de Washington affaiblit le pays puisque les Etasuniens imposent à la Corée du Sud une politique anti-chinoise qui va à l'encontre des intérêts commerciaux du pays.
Nul ne peut prédire la suite du mouvement d'autant que les inondations qui ont frappé le pays (33 morts) font la une des médias qui en profitent pour ne plus parler des grèves. C'est sans doute la participation de la jeunesse au mouvement social qui est le signal le plus encourageant.

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