mercredi 20 septembre 2023

Lucioles (1)

Gaëtan Pelletier

Deux hommes étaient assis dans un bar. L’un demande à l’autre : « C’est quoi la « relativité d’Einstein? » L’autre répond : «  Tu vois, de ma maison à ici, au bar, il y a  cinq minutes, alors que tu bar à ma maison il y a une heure ».

Je suis né à 0 an. Comme tout le monde. De ce point de vue nous naissons tous égaux.  Je n’avais rien, comme  si quelqu’un était passé avant moi et avait tout chipé.  On a tout pris avant mon arrivée. Dans le pays où  je suis né, les enfants naissent endettés.  Pas un brin d’herbe, pas une pierre, pas un papillon Monarque, pas une fleur n’appartient à un enfant.  Les enfants naissent en pleurant. La science dit qu’ils ont froid, mais j’ai tendance à croire qu’ils savent ce qui les attend en ce monde

Dans certains pays, les enfants travaillent très jeunes. Certains fabriquent des souliers pour vedettes et d’autres des vêtements. D’autres  creusent la terre de leurs mains, avec des outils rudimentaires, pour en tirer des métaux précieux qui iront dans des appareils pour les enfants des   riches.

J’ai été chanceux. Je suis né à l’âge où les téléphones étaient en bois et tellement  gros que ma mère l’avait accroché au mur pour ne pas qu’il tombe.  Mais ça, encore, c’est quand j’ai eu dix ans. Notre village commençait tout juste à être un peu à l’aise. Ces téléphones étaient si mauvais qu’on ne pouvait pas visionner des vidéos.

Quand je suis né, les jouets en plastique n’existaient pas.  J’ai joué avec des jouets en fer ou en bois. Ils étaient « écologiques » : ils disparaissaient en se fondant dans la nature. Ils pourrissaient et nourrissaient des insectes étranges, de toutes les couleurs, des bestioles  si petites  que l’on ignorait alors de quoi ils se nourrissaient   Le voisin disait à ma mère que si l’on laissait son corps tomber par terre, les vers le mangeaient. Alors, je me suis levé debout pour ne pas être dévoré par des bestioles qui se tortillaient dans la terre.

Depuis trois quarts de siècle, je suis en ce monde.  Ça fait bien des ans.  Parfois, je me sens si vieux que j’ai envie de mettre deux x à vieuxx.   Je me demande si après mon décès j’irai vivre ailleurs avec mes 20 grammes de je ne sait toujours pas quoi   Pendant une période de ma vie, j’ai lu bien des livres concernant la vie après la vie.  Plusieurs de ces livres  affirmaient  que nos destins étaient  planifiés. En arrivant ici, on passe son temps à chercher l’âme-sœur.  Même les animaux vivraient là-haut. J’imagine que le baudet, en son existence terrestre, doit trouver l’âne-sœur. Je suis né curieux : tous les mystères me chicotent. Dans ces livres  À croire qu’ils ont trop vécu ici-bas et que toute vie est « organisation » . Car les il est même spécifié qu’en  ce monde  les âmes  travaillent énormément, sans fatigue et sans pauses.

Je n’y ai jamais cru. Petit, j’avais les yeux tout petits. Maintenant que je suis grand, j’ai les yeux trop grands.  Il m’est au moins poussé de grands yeux qui sont maintenant capables de voir ce qui se passe en même temps sur le globe. Je souffre de synchronisme. Une faculté dérangeante, parfois amusante, mais aussi bien souffrante.

Sommes-nous différents de  la guêpe qui traverse la route, ou la voiture qui traverse la forêt, devrais-je dire, est soumise  un destin planifié ?  La guêpe écrasée sur   pare-brise s’en allait flirter avec  les fleurs et fut frappée par un  conducteur  à 92 km heure. Pendant ce temps, en Inde un homme est mort noyé. Au  Kentucky un autre s’étrangla avec des os de poulets. Un Innu  du Lac Édouard   mourut après 15 minutes d’existence. En Uruguay naquit Ofelia. Aux  États-Unis John vit le jour. Le grand mystère est le suivant : un essaim de d’humains de 8 milliard d’entités  entrent  et  sortent par une porte dont on ignore l’autre côté, si c’est un trou noir ou une lumière d’amour.

Les hommes font si souvent la guerre que  ce doit être  une porte battante.

Gaëtan Pelletier

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