dimanche 24 septembre 2023

Lucioles (5)

Gaëtan Pelletier

J’ai   vécu dans ce  petit village de l’enfance à l’adolescence.  

Pour faire la différence entre une ville et un village, il faut bien comprendre la structure cachée d’une ville : une ville est 7 fois 77 fois le nombre de  villages posés les uns sur les autres.  Une ville est composée d’un village sur un village, d’un village sur d’autres villages et, enfin de plusieurs villages sur des villages. C’est tout comme un gros gâteau  de noces. Il y a des étages et des étages de cultures sucrées et d’étourderies à volonté.  Les villages « vers le haut » finissent par former des millions de bulles dans lesquelles vivent des humains, avec quelques arbres,  sans animaux de ferme, et, le soir, sans étoiles. Ils s’en vont vers les chats de Facebook et le pétillement des écrans.  Pour savoir où ils habitent, les citadins  ont des pancartes aux coins des rues avec des noms de gens célèbres  qui sont  décédés.  Comme s’ils laissaient davantage  d’œuvres  que les autres.  Une fois qu’ils ont fini cette vie,  ils on droit au nom d’une rue, d’un  aéroport, ou d’un Aréna avec un trait d’union entre leur prénom et leur nom. Mais il n’y a jamais eu de débit de boissons du nom d’Al-Capone. Les bonnes gens se déclarent bons entre eux. Les bonnes gens, argentiers de pays, politiciens aux mains longues et griffées, s’entre-congratulent et décident de la valeur des gens.  

Personne ne connaît le nom d’une rue de Germaine Blanchette qui a lavé des murs et des planchers toute une vie. Elle est morte à genoux en tentant de rejoindre son lit.

Gaëtan Pelletier

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