dimanche 24 septembre 2023

Retour sur le drame de Poissy (II)

Bernard Gensane

Le ministre Gabriel Attal est un petit malin : pour qu’on ne parle pas de la politique du boy de Rothschild en matière d’Éducation nationale (un exemple : le budget des universités n’a cessé de baisser ces cinq dernières années alors que les établissements ont dû accueillir 600 000 étudiants de plus), il sait faire diversion, comme avec la polémique sur l’abaya. 

Le suicide du jeune de Poissy est arrivé à point nommé comme élément de la narration gouvernementale, le désormais bien connu story telling. Après n’avoir rien eu à redire sur la nomination de Charline Avenel comme rectrice à Versailles, le jeune Gabriel s’est désolidarisé d’elle en traitant sa conduite de « honteuse ».

Revenons à la genèse du drame. Un enfant de 15 ans est harcelé pendant des mois dans son établissement scolaire. Petite question en incise que je pose, moi qui ai enseigné pendant quarante ans, qui suis fils, petit-fils d’enseignant et époux d’une enseignante ,elle-même fille d’une enseignante : qu’ont fait les collègues de l’établissement scolaire pendant ces mois de martyr ? Qu’ont-ils vu, que n’ont-ils pas vu, qu’ont-ils refusé de voir ? Et pourtant, les parents n’ont pas ménagé leur peine pour protéger leur gamin. Ils ont rencontré les profs et l’administration de l’établissement. Ils ont écrit aux “ autorités ” : « Il est incompréhensible que vous puissiez laisser un adolescent subir une telle violence verbale et psychologique dans votre établissement sans réagir d'une quelconque manière. Nous considérerons comme responsable l'établissement si une catastrophe devait arriver à notre fils ». Ils se sont rendus au commissariat de police. Les outrecuidants ! Le rectorat de Versailles les a alors menacés en leur intimant l'ordre de rester à leur place. Et ils reçurent le courrier suivant :

« Il convient de vous rappeler que si votre qualité de parents d’élèves vous octroie le statut de membre de la communauté éducative en application des articles L-111-3 et L 111-4 du code de l’éducation, cette qualité implique également que vous respectiez l’ensemble des professeurs personnels de l’éducation nationale et l’institution scolaire conformément à l’article 111 –3– 1 du même code. » En matière de terrorisme, d’intolérance, d’intimidation, il était difficile de faire mieux. Mais ce mieux fut réalisé. Le courrier rectoral ajoutait ceci : « Par ailleurs, conformément à l’article 226 – 10 du code pénal : « La dénonciation, effectuée par tout moyen et dirigée contre une personne déterminée, d’un fait qui est de nature à entraîner des sanctions judiciaires, administratives ou disciplinaires et que l’on sait totalement ou partiellement inexact, lorsqu’elle est adressée soit à un officier de justice ou de police administrative ou judiciaire, soit à une autorité ayant le pouvoir d’y donner suite ou de saisir l’autorité compétente, soit aux supérieurs hiérarchiques ou à l’employeur de la personne dénoncée est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. »

Moi qui ne suis pas spécialiste du droit, je me demande comment, en tant que parent, j’aurais reçu ce type de prose, ce discours purement administratif, technique, hors de l’humain. Le rectorat demandait fermement aux parents d’adopter une « attitude constructive et respectueuse », évoquant un « supposé harcèlement ». De victime, la famille devenait coupable. Enfin, pour que le rouleau compresseur comprime bien, le rectorat signalait aux parents que l’administration prendrait en charge les frais d’avocats de ceux qui feraient l’objet d’une plainte de la famille.

Lorsque le ministre évoque un comportement honteux de la part du rectorat, il est bien gentil : nous sommes tout bonnement en présence d’un chantage. Ce qui surprend d’autant plus que les professeurs et la direction du collège n’ont jamais été des victimes, menacées en quoi que ce soit par la famille. En revanche, la justice estimera peut-être un jour que l’Éducation nationale aura été coupable de non-assistance à personne en danger.

Charline Avenel a-t-elle été entendue par un juge d’instruction ? Si oui, ce fut dans la plus grande discrétion. Et pourtant, l’article 223-6 du Code pénal pourrait la concerner : « Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Sera puni des mêmes peines quiconque s’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ou pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours. »

Dans cette affaire, la justice risque d’avancer à un pas de sénateur. Et tant pis pour le petit Nicolas…

Bernard Gensane 

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