Antoine Manessis
Ainsi l'exécutif étasunien a mis son veto à une résolution du conseil de sécurité de l'ONU demandant un cessez-le-feu à Gaza.
Même Le Monde, soutient quasi-indéfectible du sionisme et de l'Etat d'Israël, publie un éditorial condamnant fermement le carnage des Palestiniens à Gaza et le veto étasunien à l'ONU. En voici un extrait :
"Qu’Israël se perde dans cette guerre n’est, hélas, pas une surprise tant elle est le reflet de sa dérive. L’Etat hébreu se déchirait déjà avant le 7 octobre à propos du socle de son contrat social : la place du droit, sous les assauts d’un courant ultranationaliste et messianique qui le ronge depuis plus d’un demi-siècle. Que les Etats-Unis ne le protègent pas contre lui-même est une faute morale dont ils ne pourront pas s’épargner les effets dévastateurs. Leur représentant à l’ONU a justifié le veto du 8 décembre en assurant qu’une telle trêve « planterait les graines d’une future guerre ». Alors que les bombes qu’il fournit à Israël continuent de labourer Gaza sans épargner les civils, Washington peut-il croire que ces semailles de fer puissent produire autre chose sur cette terre ensanglantée qu’une haine inextinguible ?"
Cet édito est important dans le sens où il révèle l'isolement d'Israël et de son parrain, le gouvernement des États-Unis. La résolution appelée de ses vœux par le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, soutenu par près de cent pays membres, exigeait un cessez-le-feu humanitaire immédiat, la libération des otages et l’accès humanitaire aux Palestinien de Gaza.
Les peuples du monde entier expriment sur tous les continents le dégoût et l'horreur suscité par l'ouragan de feu et de mort semé par le gouvernement fasciste israélien. Les peuples ont condamné l'abomination qui consiste à tuer des enfants et des femmes, des civils israéliens lors de l'offensive du Hamas le 7 octobre dernier. Mais ils savent aussi que l'histoire n'a pas commencé ce jour là.
L'histoire, et donc la cause fondamentale des carnages passés et actuels, c'est la colonisation et l'occupation de la Palestine par une puissance coloniale, Israël. De la Nakba à Gaza, c'est le colonialisme qui tue.
Qu'une résistance se soit organisée face à l'occupation, rien de nouveau sous le soleil. Que cette résistance ait des composantes qui, politiquement, ne plaisent pas aux forces de gauche ne fait pas de doute. Dans la résistance française à l'occupant il y avait Guillain de Benouville et Missac Manouchian, Jean Moulin et Henri Fresnay. Rien n'est simple et Fresnay jusqu'à sa mort ne cessa d'affirmer que Moulin était un agent soviétique...C'est ainsi, mais "Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat". Le poète a toujours raison.
Cependant un noyau de fanatiques ne veulent pas comprendre le monde tel qu'il est. Ils tentent de fabriquer des vérités alternatives. Sur C-News ils pullulent. Pas étonnant le racisme anti-arabe et islamophobe y règne. Plus étonnant la présence de ces fanatiques sur France Culture. On pourrait croire que "l'esprit d'ouverture" dont se vante la radio aurait permis d'éviter certains débordements et excès. Hélas, ce n'est pas le cas. Certes des émissions font preuve de ce sens du débat et de la polyphonie, il n'est pas question de sous-estimer la qualité et les efforts d'une partie des contributeurs de cette radio publique qui nous offre d'excellents moments de radio. Cependant on ne peut taire non plus les émissions de propagande grossière et unilatérale, fallacieuse et historiquement négationniste.
Celle de Marc Weitzmann, Signe des temps, en est un exemple chimiquement pur. Qui porte bien son nom en cette sombre période où l'extrême-droite progresse en Hollande, en Suède, en Hongrie, en France, en Argentine, en Israël et en bien d'autres lieux. Weitzmann monopolise une heure de radio publique avec des invités qui ne débattent pas mais ne font qu'illustrer les thèses du producteur et animateur de l'émission. On y entend de telles stupidités, contre-vérités historiques, calomnies, inepties qu'il est impossible d'en faire le compte.
Depuis le 7 octobre c'est un déchaînement propagandiste hystérique. La gauche solidaire de la lutte de libération du peuple palestinien est amalgamée dans une ragougnasse irrespirable et nauséabonde. On y amalgame le wokisme, Alain Soral, Tariq Ramadan, la France Insoumise, l'anti-sémitisme, les pogromistes, Mathilde Panaud, les guillets au mot "terrorisme"...et l'humoriste Guillaume Meurice qui exprimerait, toujours selon Weitzmann, "un désir d'Hitler". Incroyable mais vrai.
Bref, c'est "Tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens" comme disait le légat du pape Arnaud Amaury ordonnant, en 1209 lors de la croisade contre les Albigeois, le massacre des habitants de Béziers, comme le dit Netanyahou en 2023 en ordonnant celui des habitants de Gaza.
Même le vocabulaire est est vicié et vicieux : le Hamas s'est livré à un "pogrom" comme si soudainement des Palestiniens, islamistes, anti-sémites et méchants, s'étaient dit "Tiens si on allait faire un pogrom". Weitzmann efface toute l'histoire de la région depuis 1947. Et ses invités expliquent que la comparaison entre les bombardements contre Gaza avec ceux contre Hanoï, Dresde ou Tokyo (coucou les États-Unis, toujours dans les bons coups...) ne tient pas debout parce que Israël cible ses bombardements avec l'IA : 5.350 enfants assassinés par Tsahal. Ciblés vous dis-je. Et puis si les Palestiniens meurent sous les bombes au phosphore israéliennes, c'est parce qu'en fait c'est ce que veut le Hamas. Comprenne qui pourra.
Donc sachez que quand Hubert Védrine dit "Les colons israéliens en Cisjordanie se comportent comme les Américains avec les Apaches, ils veulent faire partir les Palestiniens" ou quand Dominique de Villepin rappelle les fondamentaux de la politique française (jusqu'à Chirac) à l'égard du Proche-Orient, c'est parce que ces deux hommes sont des jumeaux de Mohamed Merah. Comme notre prix Nobel de littérature, Annie Ernaux, est un soutien du Hamas. Mensonge. Calomnie. Mais c'est Marc Weitzmann qui le dit et donc si vous dites le contraire, c'est que vous êtes un anti-sémite. Fin du débat. Vous êtes mort, frappé par le rayon paralysant même si toute votre vie vous avez lutté contre tous les racismes et l'anti-sémitisme.
Voilà les obscénités débitées sur une chaîne de radio de service public et dans les médias réactionnaires et conservateurs comme L'Express ou Tablet (revue étasunienne conservatrice et trumpiste sur l'actualité juive). Il va de soi que nous ne souhaitons aucune censure à l'égard de cet individu mais simplement d'imposer le pluralisme et le débat démocratique dans des émissions de la radio publique. Que des opinions négationnistes à l'égard des crimes de guerre d'Israël soient diffusées, passe encore, que des délires sur un "pogrom mondial" contre les juifs soient diffusés passe encore, mais que de tels propos soient contredits par d'autres invités pour faire vivre le débat nous semblerait normal de la part d'une radio publique.
Ou tout au moins de rappeler les règles les plus élémentaires de "l'esprit d'ouverture"...

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