lundi 11 décembre 2023

Macron est sorti de "l'arc républicain", si toutefois il y fut un jour

Antoine Manessis

En laissant le grand rabbin de France, Haïm Korsia, allumer dans la salle des fêtes de l'Elysée la première bougie du candélabre pour Hanouka, la fête des lumières, Emmanuel Macron provoque une fois encore des divisions.

Darmanin, ministre de l'intérieur et des cultes, ne voit, dans le fait de célébrer une fête religieuse à l'Elysée, "nulle atteinte à la laïcité". Décidemment, ce type est une flèche. Et il a ajouté qu'il trouvait "un peu absurde" les décisions de justice interdisant les crèches dans les mairies "parce que ça fait partie de notre vie culturelle"...Le cynisme électoraliste, le comptage des voix à l'Assemblée nationale sur la Loi immigration, le "flirt rapproché" avec LR-RN dans la perspective de 2027, Darmanin est décidément sans principes et dangereux. On le savait, mais il nous le confirme quotidiennement. 

"Un peu absurde" ? Et interdire l'abaya, n'est-ce pas aussi "un peu absurde" ? Et nous qui pensions que la laïcité signifie pour l'Etat ne pas se mêler de religion et ne pas interdire l'expression des convictions pour assurer à chacune et chacun la possibilité de le faire. Supportons donc stoïquement les signes ostentatoires de la connerie macroniste. 

Quant à Macron on hésite entre provocateur et irresponsable.

Dans une ambiance politique explosive, quand l'anti-sémitisme grimpe, que les actes islamophobes augmentent, que le racisme des droites dégouline de chacune de leur déclaration, que l'ARCOM n'a rien à dire face à une chaîne de télé d'extrême-droite, que des écolos sont traités "d'éco-terroristes" et la France Insoumise calomniée comme "collabo des islamistes", un président doit apaiser et rassembler.

Macron jette de l'essence sur le feu. Son deux poids deux mesures au début du conflit en soutien inconditionnel à Israël, sa proposition de coalition internationale contre le Hamas, son refus d'appeler à un cessez-le-feu puis son ralliement à cette proposition du fait de la pression de l'opinion et jusqu'à sa provocation cléricale aggravent l'incohérence de sa politique et sa dangerosité. En faisant Hanouka à l'Elysée Macron "met une cible" sur nos concitoyen-ne-s juifs qui peuvent apparaître, contre leur gré, comme privilégiés par rapport aux autres communautés. C'est ce qu'a compris semble-t-il le président du CRIF, peu suspect d'islamo-gauchisme, et qui a parlé d'une "erreur" ajoutant "Ce n'est pas la place au sein de l'Elysée d'allumer une bougie de Hanouka parce que l'ADN républicain, c'est de se tenir loin de tout ce qui est religieux."

Comme l'a résumé Alexis Corbière "Le président d’une République laïque n’a pas à faire cela. C’est pourquoi ses prédécesseurs ne l’ont pas fait. Macron va-t-il faire de même pour tous les autres cultes ? Certains oui, d’autres non ? Spirale dangereuse. Pas de laïcité à géométrie variable !

Même la droite s'est sentie obligée de condamner le geste du président de la République. En revanche le RN, avec le zèle du nouveau converti, a "cru comprendre" les bonnes intentions de Macron à l'égard de la communauté juive. Il faut dire que Zemmour considère Pétain comme un protecteur des juifs et qu'il y avait quelques nazis parmi les fondateurs du FN...alors faut drôlement ramer pour faire oublier ces "détails de l'histoire".

Décidemment, "le président-philosophe" que nous avait vendu le polémiste néo-libéral et ex-maoïste Brice Couturier, est bien loin, incapable de comprendre ne serait-ce ce que la laïcité. Du coup Brice Couturier, sans doute dépité de voir son champion finir son second quinquennat dans les choux, ne peut que pontifier et déverser ses insultes et ses propos haineux contre, devinez qui, Jean-Luc Mélenchon : "Le camarade Mélenchon fonde sa politique sur un sordide calcul électoral. C'est d'un cynisme ahurissant". Bon, il avait déjà dit que Mélenchon, la secte du Mandarom et Staline c'est du pareil au même. Brice Couturier, c'est le Julius Streicher de l'anti-mélenchonisme.

Reste qu'il est tout de même piquant que le chef suprême de ceux qui nous expliquent en longueur d'antenne que la France Insoumise est "en dehors de l'arc républicain", piétine la laïcité de façon aussi grossière.

Antoine Manessis

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