mercredi 7 février 2024

Ceux-là qui retardent sur l'histoire sont condamnés par elle

Antoine Manessis

Diversions. Il y a des spécialistes pour cela. Volontaires ou involontaires. Pour mettre en avant des thématiques qui, soit n'existent pas, soit sont tout à fait secondaires.

Ainsi le "saut fédéral européen", qui serait "validé" par les élections européennes, liquiderait, anéantirait la Révolution jacobine, le mouvement ouvrier, l'anti-fascisme, l'anti-impérialisme...Excusez du peu. Et ne demandez pas pourquoi une élection et même le fédéralisme européen aurait ce pouvoir. L'histoire ne s'efface pas ainsi. Pour que s'efface une histoire il faut que les négationnistes tiennent les manettes. Et cela n'a rien à voir avec le fédéralisme européen.

Prenons un exemple : quand le storytelling des impérialistes occidentaux remplace les faits historiques. Ainsi pour la Deuxième Guerre mondiale, celle-ci aurait été gagnée par les Alliés le 6 juin 1944 sur les plages de Normandie et non à Stalingrad en 1943. Les 300.000 morts Etasuniens pèsent plus que les 27 millions de Soviétiques. 

Un autre exemple : dans nombre de séries télévisées étasuniennes la guerre du Vietnam est toujours représentée comme ayant été une terrible épreuve pour les États-Unis. Rappelons les chiffres: 58.000 morts Etasuniens et 3 millions (au moins) de Vietnamiens.

Un dernier exemple : quand le régime stalinien effaçait Boukharine ou Trotsky ou Iejov des photos cela relevait-il du marxisme ou de la pensée magique, iconoclastes ou iconophiles les camardes soviétiques ?

Or, rassurons-nous, avec le "saut fédéral européen" on est fort loin d'un négationnisme de la Révolution française, du mouvement ouvrier, qui d'ailleurs existe toujours, de l'anti-fascisme, si celui-ci trouve un mode d'expression correspondant au néo-fascisme, de l'anti-impérialisme, dont l'actualité s'impose malgré le confusionnisme ambiant, confusion qui d'ailleurs n'a rien de spontanée.

Pour une option politique, c'est son inadéquation à la réalité qui est fatale. Quand des sectes figées, engluées dans des concepts caducs, arrivent à s'aveugler au point de finir par croire à leurs propres délires, on peut être sûr que leur "défaisance" est bien avancée. Voire leur décomposition politique et intellectuelle.

La diversion occulte les vrais enjeux au profit d'enjeux inventés ou très surestimés et gonflés. Le but de la diversion est soit de cacher la vérité, soit de tenter de confirmer la doctrine, la doxa, en déformant la réalité. Les deux options finissent toujours au même résultat : le fiasco, l'échec, l'effondrement, l'impuissance. Et tant mieux car comme le disait Gramsci "seule la vérité est révolutionnaire". Les mensonges peuvent fonctionner un temps mais de même qu'à la nuit succède le jour, la vérité des faits "têtus" finit par s'imposer.

Parler d'unité, de "contre-offensive unitaire" quand on passe son temps à  dénoncer "la trahison de l’euro-syndicalisme rassemblé, de la fausse gauche établie et des confédérations syndicales euro-formatées" tient ou du délire pur et simple, ou d'un niveau de confusion politique himalayen. Car qui est inclus dans cette unité prétendument recherchée ? Les purs et durs brandissant un léninisme primitif, incapables de comprendre les conditions de la lutte contemporaine, érigeant en dogmes des pratiques archaïques, armés d'une foi médiévale et s'excommuniant les uns les autres à défaut d'agir sur le réel.

Arriver à dire que la gauche réellement existante est l'actrice ou la complice de "l’euro-défaisance systématique de la France, de la République une et indivisible, voire celle de la langue française" relève davantage de Déroulède et de Groucho Marx que de Karl Marx.

Ceux qui sont incapables de refuser et la jungle capitaliste, et le zoo du soviétisme, de comprendre la nécessité vitale d'élaborer d'autres voies pour l'émancipation des travailleurs et de l'humanité, ceux-là qui retardent sur l'histoire sont condamnés par elle. 

Antoine Manessis

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