mardi 6 février 2024

Déshumanisant : accord d'externalisation des migrants entre l'Italie et l'Albanie

Antoine Manessis

Giorgia Meloni montre son vrai visage. Hideux.

Il a le visage de l'accord conclu entre l'Italie et l'Albanie visant à externaliser la prise en charge des migrants arrivés sur les côtes italiennes dans ce pays des Balkans. 

Meloni, outre la prise en charge financière de l'opération (entre 650 et 750 millions d'euros sur cinq ans), soutiendra la candidature de l'Albanie dans l'UE.

Les deux pays ont un point commun "la mafia albanaise est la deuxième en Europe après la Ndrangheta italienne", une mafia pour qui le trafic d'êtres humains est au cœur du business. Rassurant pour les migrants. De plus l'Albanie est l'un des pays les plus corrompus d'Europe ce qui, potentiellement, n'arrange en rien le sort des migrants.

L'accord prévoit la construction en Albanie de deux camps pour les exilés secourus dans les eaux italiennes. Jusqu'à 3 000 demandeurs d'asile seraient enregistrés et accueillis tous les mois (environ 39.000 chaque année), dans ces camps du nord-ouest de l'Albanie qui pourraient ouvrir au printemps prochain, le tout aux frais de l'Italie. Le texte est largement critiqué par les groupes de défense des droits humains. L'accord conclu avec l'Italie l'a été en toute opacité.

Si on emmène les migrants vers l’Albanie sans passer par l’Italie, sans aucune identification préalable, cela pourrait constituer une forme de refoulement illégal de migrants, les demandeurs d'asile seraient ainsi tenus loin des yeux des défenseurs des droits humains. Le journal italien La Republica  a qualifié cet accord migratoire de "monstruosité juridique". C'est en effet une attaque contre le droit d'asile, qui accroît la souffrance des migrants.

L'opposition italienne dénonce une "véritable déportation en violation flagrante du droit international qui va créer une sorte de Guantanamo italien". L'ONG International Rescue Committee (IRC) a fustigé un accord "déshumanisant", tandis qu'Amnesty International a déploré une "proposition irréalisable, nuisible et illégale". Toutefois, est-ce vraiment une surprise, l'Union européenne a exprimé "son intérêt" pour l'accord. Le HCR a appelé au "respect du droit international relatif aux réfugiés".

On se rappelle que le premier ministre britannique Rishi Sunak voulait un accord du même type entre la Grande-Bretagne et la Rwanda mais que la Chambre des Lords vient de désavouer ce projet et de le bloquer pour un an. La Cour suprême britannique a conclu à "l'illégalité" de la politique dite de "Rwanda", sans toutefois mettre un terme au projet des conservateurs.

Historiquement l'Albanie n'a pas forcément un amour immodéré pour l'Italie qui avait envahi le petit pays en 1939. C'est sur son territoire que la guerre gréco-italienne eut lieu et que la Grèce parvint à arrêter l'agresseur fasciste, faisant ainsi subir sa première défaite à une puissance de l'Axe. De plus pendant le Première guerre mondiale l'Italie plaça l'Albanie sous son "protectorat".

Après la guerre, l'Albanie fut occupée par l'Italie après un accord fait sur le dos des Albanais en 1920 à la Conférence de Paris. Cet accord a créé un énorme ressentiment anti-italien chez de nombreux Albanais et des affrontements eurent lieu entre l'armée italienne et les nationalistes albanais. Ceux-ci finirent par obtenir le départ des Italiens.

Comme on peut se l'imaginer l'installation de zones plus ou moins sous contrôle italien en Albanie ne passera pas sans mal auprès des Albanais, l'opposition dénonçant déjà un viol de la souveraineté albanaise. 

Edi Rama est le premier ministre albanais, président du Parti socialiste d'Albanie, successeur du Parti du travail, le parti communiste qui dirigea l'Albanie de la Libération jusqu'à l'effondrement du bloc socialiste. Rama applique une politique néolibérale et de droite même si son opposition (le parti démocrate) est néolibéral et de droite. Il est résolument pro-occidental et milite pour que l'Albanie entre dans l'UE.

Qui se ressemble s'assemble, Meloni et Rama, ont tout pour s'entendre sur le dos des migrants et réfugiés.

Antoine Manessis

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