samedi 3 février 2024

L'enjeu des Européennes : battre la droite et l'extrême-droite

Antoine Manessis

" ...la mission de classe des européennes de juin sera UNIQUEMENT de valider le cadre supranational euro-atlantique.../...  le saut européen IMPERIAL, FASCISANT et BELLICISTE en préparation.../...de valider la mise à mort de notre pays et de notre espérance d’y construire le socialisme un jour".

Nos lecteurs voudront bien excuser cette typographie baroque, mais c'est celle de nos jdanoviens, aussi poussiéreuse que leurs idées. Il est bien vrai que forme et fond on un rapport étroit. Mais passons.

Ce qui est remarquable c'est qu'un groupuscule se permet d'insulter la gauche française mais aussi les derniers partis communistes un peu vivants en Europe. En effet si ce qu'ils disent était juste cela voudrait dire que le PC de Grèce (KKE), le PC de Chypre (AKEL),le PC  Portugais (PCP) valident "le saut impérial, fascisant et belliciste" et "la mise à mort" de leurs pays. Pas gentil. Et surtout idiot.

Comprendre, ce qu'un marxiste sous-alimenté et à partir de 4 ans est capable de faire, que l'Union Européenne, comme l'Etat, comme le capitalisme lui-même, n'est pas un objet figé mais une institution qui, quelque soit sa nature de classe, vit et se transforme en fonction des rapports de forces politiques, géopolitiques et sociaux. Le capitalisme de 1945 à 1970 n'est pas le néo-libéralisme pinochétiste-thatchérien. Macron, homme du capital, n'est pas de Gaulle, pourtant aussi homme du capital. Parce que la structure du capitalisme n'est plus la même et que le rapport de force mondial a changé.

L'Union Européenne forgée pour être une arme contre le mouvement ouvrier en Europe et contre l'URSS est l'expression institutionnelle de la domination du capital. Mais les gauches luttent, les syndicats luttent, les peuples luttes. Des représentants de ces luttes, diverses et multiples, sont élus dans les parlements nationaux et au parlement européen. C’est le plus petit groupe du Parlement européen, qui est dominé par les partis bourgeois. Il a néanmoins contribué à des avancées importantes. Même en petit nombre ils-elles nous informent et parfois même parviennent à s'emparer de quelques positions, comme ce fut récemment le cas pour le statut d’employé des travailleurs des plateformes. Mais imaginons que les gauches de gauche aient un groupe important au parlement, qui ne comprend pas que des avancées ou simplement des nouveaux espaces d'expression et de luttes pourraient être arrachés, comme dans une institution nationale.  

Nos jdanoviens nous répètent à l'envie que Lénine avait écrit: "En régime capitaliste, le mot d’ordre des États-Unis d’Europe ne saurait être qu’utopique ou réactionnaire". Or il a écrit cela le 23 août 1915, c'est-à-dire cela fait 109 ans. Sans commentaire. De plus si Lénine avait écrit "En régime capitaliste, le mot d'ordre de République ne saurait être qu'utopique ou réactionnaire" faudrait-il pour autant ne pas élire des représentants de la gauche dans les Assemblées en parfaite connaissance des limites de l'exercice mais aussi de son importance actuellement incontournable ?

Bref, le sectarisme ne peut que contribuer à renforcer les droites et le néo-fascisme et à affaiblir les gauches de gauche, en France, en Grèce, au Portugal comme à Chypre.

De plus le véritable enjeu des Européennes n'est pas on ne sait quelle "apocalypse now" mais de battre les droites et l'extrême-droite. S'abstenir, c'est ne pas comprendre cet enjeu central donc ne rien comprendre à la situation politique.

Votez et faites voter pour le progrès, la démocratie et la paix. En France pour la liste d'Union populaire qui sera menée par Manon Aubry qui défend une "rupture claire avec l'Europe libérale". Elle affirme : "La succession de crises (Covid, énergie, inflation) a montré au grand jour le danger des dogmes sur lesquels s’était construite l’Union européenne.../... Mais la réalité est que l’Union européenne reste droguée au libre-échange, l’austérité et la marchandisation de tout. Il faut la sevrer. Le marché de l’énergie a fait exploser nos factures d’électricité. L’austérité budgétaire a asphyxié notre hôpital public. Mais aucune leçon n’a été retenue", s’indignant de la "pire crise d’austérité" qui s’annonce du fait de nouvelles règles européennes.

Il ne s'agit pas de prétendre que le vote va changer l'UE mais de comprendre les enjeux politiques y compris à moyen ou long terme. Ce qui s'est passé en France en 2005, en Grèce avec l'agression violente de la Troïka contre la volonté du peuple grec en 2015, nous montre bien que tout peut et doit être envisagé. Mais le faire intelligemment et avec le peuple, et non sans lui, encore moins contre lui, doit nous guider vers un positionnement souple tactiquement et ferme stratégiquement. Mélenchon a dit qu'entre l'UE et la souveraineté du peuple, il choisira toujours la souveraineté du peuple. Voilà qui nous semble une excellente synthèse pour répondre aux interrogations concernant la vision de la gauche sur la question européenne. 

Il faut politiser ces élections dont beaucoup ne voient pas l'utilité et la fonction.

Antoine Manessis

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