Bernard Gensane
Je sens que je vais encore m’énerver.
Á l’arrière des bus lyonnais, figure à l’heure actuelle cette publicité.
Comme TCL est woke et bien-pensant, il a préféré mettre en scène un couple de lesbiennes et non un couple hétéro. Il en a remis une petite couche puisque nous sommes en présence d’une Noire et d’une Blanche, la Noire étant en position plutôt dominatrice.
La pub a été payée par une enseigne qui propose des articles multiples et variés : vêtements, gadgets, électronique etc. Le site vend surtout du désir, de l’érotisme : des masturbateurs, des développeurs de pénis etc. Aucun de ces produits ne figure à l’arrière, j’allais dire au cul, des bus lyonnais. Le site propose des « équipes de choc dans une atmosphère décomplexée ».
Je laisse de côté tout ce qui est cul pour ne m’intéresser qu’à la langue.
Le site est dénommé “ passage du desir ”. Pour “ passage ” pas de problème. Mais “ desir ” est un pauvre bâtard. Ce mot n’existe ni en français ni, et c’est bien plus grave par les temps qui courent, en anglais. On sent bien ce qui a empêché les concepteurs de faire preuve de courage. Internet étant zunien, donc de langue anglaise, il ne prend pas les accents aigus. Alors, pas de “ désir ”. Et puis, comme il ne s’agit pas non plus d’être totalement inféodé à la langue de l’Empire, on enlève le e final de “ desire ”. D’où cet avorton ridicule. Je me suis rendu sur le site où l’on trouve par ailleurs ce genre d’horreur langagière : « Bon.ne Saint Valentin.e ». Pompidou disait que quand les bornes étaient franchies, il n’y avait plus de limites.
Enfin on ne saurait concevoir un slogan qui se tient sans faire appel à l’écriture inclusive. Donc « des cadeaux pour les grand.e.s ».
Cavanna nous avait prévenu il y a soixante ans : « la publicité nous prend pour des cons ; la publicité nous rend cons ».
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