mercredi 3 avril 2024

Des Zuniens, mon humour dévastateur et le Rhône

Bernard Gensane

Un plan de Lyon à la main, un couple de Zuniens – un peu plus âgés que moi, bonnes têtes – m'aborde dans la rue. 


Sans même vérifier si je connais la langue anglaise, ils me tendent le plan et me demandent : “ Where are we ? ” (où sommes-nous ?). Ils me montrent sur le plan la longue partie de Lyon située entre le Rhône et la Saône.  

J'ai alors une intuition fulgurante et je dis, en français : “ Nous sommes à Long Island, New York. Au revoir. ”  

Pendant un tiers de seconde, il ne se passe rien sur leur visage. Je ne dirais même pas qu'ils sont interloqués. Et soudain, je m'y attendais un peu, ils éclatent de rire. Alors je leur montre où nous sommes et je leur explique que le Rhône, où ils souhaitent se rendre, est à un kilomètre sur la gauche.

 

Tout cela pour dire que j'adore ce moment fugace, quand l'interlocuteur ne sait pas si c'est du lard ou du cochon, quand il est hors du sens ou que le sens est suspendu, quand plus rien ne veut plus rien dire. Cela ne dure pas très longtemps, heureusement, mais c'est savoureux. Les neurones doivent valser dans tous les sens (dans le cas de mes Zuniens, ils avaient senti que je connaissais l'anglais et ils ne comprenaient pas pourquoi je leur parlais en français alors que j'aurais du être flatté d'utiliser leur idiome).

 

Une fois les explications données, je leur expliquai quelle avait été ma vie professionnelle en alternant – Dieu que je suis facétieux ! – l'anglais du Yorkshire et le Queen's ou le King's English.

 

J'ose espérer que je leur ai donné un sujet de conversation pour une heure ou deux.

Bernard Gensane 

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