Antoine Manessis
Le Parti conservateur vient de subir, lors des élections locales (il s'agissait de renouveler une partie des milliers d'élus locaux en Angleterre et au Pays de Galles) leur pire défaite depuis 40 ans dans ce type d'élections.
Le Labour gagne 170 sièges, les conservateurs perdent 450 sièges.
Mais cela se fait dans une atonie générale : le vote en faveur des travaillistes c'est un vote contre les Tories et non pour le projet de l'équipe de Keir Starmer, le très droitier leader du Labour. Les Britanniques pensent voter pour "le moins pire", une attitude qui n'est certainement pas seulement britannique...
Une élection partielle à Blackpool a confirmé la tendance, le candidat travailliste l'a emporté avec 59% des voix. Et le maire de Londres, Sadik Khan, a été réélu malgré une politique tout à fait contestable.
Rishi Sunak, le milliardaire locataire très précaire du 10 Downing street, mène une politique violemment anti-populaire et tout aussi brutale contre les étrangers, réfugiés et migrants.
À l'internationale, Sunak est tout aussi réactionnaire adoptant des postures guerrières et parfait dans son rôle de caniche préféré de la Maison Blanche, même s'il est concurrencé par Emmanuel Macron. Le président français a déclaré le 2 mai : "Si les Russes devaient aller percer les lignes de front, s'il y avait une demande ukrainienne, ce qui n’est pas le cas aujourd'hui, on devrait légitimement se poser la question. L'écarter a priori, c'est ne pas tirer les enseignements des deux dernières années", L'ancien premier ministre David Cameron envisage le possible bombardement par l'Ukraine du territoire de la Russie. Et le gouvernement britannique tente d'être celui qui en fait plus pour la régime du clown de Kiev.
Et que dire de la question palestinienne ? Les dirigeants britanniques, conservateurs et travaillistes, sont totalement alignés sur le soutien inconditionnel à Israël. Alors que le peuple britannique soutient l'exigence de cessez-le-feu à 66% et dénonce très majoritairement la vente d'armes à 56% au boucher de Tel-Aviv. Ce sont avec des manifestations massives (800.000 personnes à Londres) que les Britanniques expriment leur soutien au peuple palestinien martyrisé.
Mais Starmer, chef du Labour, exclue, suspend et vilipende les travaillistes qui se prononcent pour la paix alors que 88% des électeurs travaillistes sont pour le cessez-le-feu. Pour Starmer, demander le cessez-le-feu est de l'antisémitisme. Il a calomnié et exclu du Labour son ancien chef, Jeremy Corbyn, en l'accusant d'anti-sémitisme et cela bien avant le 7 octobre. Alors que Corbyn a toujours été aux côtés des Palestiniens et contre tous les racismes, l'antisémitisme inclus.
Et Sunak, le premier ministre, accuse les manifestants pro-palestinien d'être "responsables d'une hausse(...) des actes criminels extrémistes", ce qui est évidemment une fake-news digne de Goebbels. Même l'archevêque de Canterbury s'est inquiété "d'une approche qui ciblerait de manière disproportionnée les musulmans". La presse conservatrice et des ministres insultent et calomnient les militants de la paix : les manifs pour le cessez-le-feu et l'arrêt des massacres sont qualifiées de "Marches de la haine".
Alors aux prochaines élections générales qui auront lieu sans doute cette année, au plus tard le 28 janvier 2025, pour qui voter : Starmer ou Sunak ? La peste ou le choléra ?
Ce qui est plus inquiétant encore c'est qu'à gauche du parti travailliste il n'y a pas de cristallisation autour d'un nouveau mouvement de gauche de gauche. Pas de Grande-Bretagne insoumise.
Et que la force qui monte est "Reform UK", le successeur du Brexit Party et de UKIP, fondé par Nigel Farage et dirigé par Richard Tice, un milliardaire et transfuge du Parti conservateur. Le parti d'extrême-droite, nationaliste, europhobe, xénophobe, raciste, islamophobe et néolibéral est crédité de 15% dans les derniers sondages à 4 points des conservateurs. Notons que Nigel Farage a obtenu un poste d'animateur sur la chaîne GB News (la Fox News ou la C News britannique) : décidemment...
Concluons en constatant, une fois encore, combien la question palestinienne est devenue un clivage central entre la droite et la gauche, entre la guerre et la paix entre la haine et la fraternité. En Grande-Bretagne, en France et partout. Angela Davis disait en 2015 : "La question palestinienne doit devenir la priorité de tous les mouvements progressistes aujourd’hui." Et le 27 octobre 2023 elle déclarait : “La Palestine est un test moral décisif pour le monde.”
Ni les Britanniques, ni nous, ici, ni personne dans le monde, ne l'oubliera.

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