Erell Bleuen
Darmanin a annoncé mercredi la dissolution du GUD, de plusieurs organisations d’extrême-droite ainsi que l’association musulmane « Jonas Paris ». Une mesure qui sonne comme une nouvelle tentative désespérée de s’ériger comme un « barrage à l’extrême droite » et de redonner un peu de vigueur au « front républicain ».
Le 19 juin, Darmanin déclarait qu’il souhaitait enclencher la dissolution du GUD (Groupe Union Défense), une organisation étudiante d’extrême-droite. Le 26 juin, c’était chose faite. Lors du compte-rendu du conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Prisca Thévenot a annoncé que le gouvernement avait dissout le GUD, plusieurs organisations d’extrême-droite lyonnaises ainsi que l’association musulmane « Jonas Paris ».
Le GUD, créé en 1968 par des étudiants de l’université d’Assas à Paris et réactivé en 2022, est un mouvement d’extrême-droite qui regroupe en son sein nombre de militants néonazis, qui s’adonnent régulièrement à des attaques racistes, antisémites et LGBT-phobes, la dernière en date étant l’agression d’un homme gay par quatre militants du GUD et du Rassemblement National suite à l’annonce de la victoire de Bardella aux élections européennes. Le GUD vise également la gauche et le mouvement social : il s’en était par exemple pris aux blocages étudiants lors du mouvement contre la réforme des retraites.
Malgré la politique de normalisation à laquelle le RN s’emploie depuis des années, poussant Jordan Bardella à se positionner il y a quelques jours pour la dissolution du GUD, le mouvement néo-nazi et le Rassemblement National sont indissociables. Frédéric Châtillon, ancien patron du GUD, était encore récemment un compagnon de route du RN, pendant que Rodophe Cart, candidat suppléant pour les élections législatives sur la liste RN, est un « intime du GUD » selon StreetPress. En réalité, la « GUD Connexion » reste profondément imbriquée avec le parti d’extrême-droite et son histoire.
Si le gouvernement a déjà mis en œuvre et agité à plusieurs reprises la dissolution d’organisations d’extrême-droite comme en 2023 ou en 2021 avec celle de Génération Identitaire, l’annonce de la dissolution du GUD par Darmanin apparait, à quelques jours du premier tour des législatives, comme une tentative désespérée de s’ériger en pseudo « barrage » à l’extrême-droite. Darmanin l’a déclaré lui-même sur X suite à l’annonce de la dissolution : « La haine des extrêmes doit être combattue par la République ».
La dissolution s’inscrit ainsi comme une tentative in extremis de « rediaboliser » l’extrême-droite et le RN, non seulement après lui avoir pavé la voie par ses contre-réformes, sa loi immigration, mais également par une dédiabolisation active comme en témoignent les propos de Darmanin sur la « mollesse » de Marine Le Pen. Une politique pour « exister » dans la dernière ligne droite des législatives qui vise à « réactiver » la peur de l’extrême-droite, à remobiliser son camp électoral et à tenter de séduire l’électorat LR encore très indécis. Pour la macronie, il ne s’agit pas d’éviter la défaite, déjà actée, mais d’éviter une désagrégation trop importante du bloc « centriste » à l’Assemblée.
Ces « dissolutions » d’organisations d’extrême-droite relèvent en général de la « communication » politique plutôt que de leur interdiction véritable, comme en témoigne le retour quasi immédiat de ces mêmes organisations dissoutes sous d’autre formes, comme ce fut le cas de Génération Identitaire reformé en huit mois à peine.
En définitive donc, ces dissolutions visent en premier lieu les organisations de la gauche et du mouvement social. En témoignent la dissolution de la Défense Collective à Rennes, du Bloc Lorrain dans l’Est ou encore les attaques contre les Soulèvements de la Terre l’année dernière. Des dissolutions administratives qui sont rendues effectives par la répression et la criminalisation du mouvement social.
Une nouvelle fois, il faut rappeler que, face aux organisations d’extrême-droite et à la percée du Rassemblement National, l’Etat qui lui a pavé la voie ne sera jamais un allié. À l’inverse et à l’heure où l’extrême-droite se sent pousser des ailes, l’urgence est à la constitution d’un bloc de résistance, par en bas, de toutes les organisations du mouvement social pour faire reculer l’extrême-droite et ceux qui lui ont pavé la voie...
... à savoir Macron et l’alternance droite-gauche responsables de 40 années de politiques réactionnaires et néolibérales.

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