Antoine Manessis
Israël a confirmé mardi 22 octobre l'assassinat de Sayyed Hashem Safieddine, le successeur présumé du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah. L'armée israélienne a déclaré dans un communiqué que Safieddine avait été tué il y a trois semaines lors d'une frappe dans le quartier sud de Beyrouth. Assassiné en même temps que Ali Hussein Hazima, le chef de la branche du renseignement du parti libanais.
Israël a exterminé, outre la direction politique du Hezbollah, la presque totalité des cadres militaires de haut rang du mouvement au cours des trois derniers mois. Pourtant les combattants du mouvement libanais résistent aux assauts israéliens malgré les villages et les villes entières rasés par Tsahal dans le sud du Liban.
L'exécutif étasunien, par la voix du secrétaire d'État américain Antony Blinken, a déclaré que les dirigeants d'Israël devraient "capitaliser" sur la mort de Sinouar considérée comme une opportunité de mettre fin à "la guerre" à Gaza et d'obtenir la libération des otages capturés le 7 octobre 2023 lors de l'attaque du Hamas "qui a provoqué la guerre". Blinken ne tient donc aucun compte que la situation en Palestine n'est pas due à l'attaque du 7 octobre mais à la colonisation, l'occupation et l'épuration ethnique des Palestiniens lors de la Nakba et depuis des décennies. Il ne tient aucun compte que l'on n'assiste pas à une "guerre" mais à un génocide contre un peuple qui résiste légitimement à l'occupant sioniste.
Blinken ne se souvient sans doute pas des Intifada. Ni les bombardements israéliens sur Gaza en 2008-2009 et en 2014 qui nous avaient déjà poussé à manifester dans les rues de nos villes. Ni de la répression de la Grande marche du retour, en 2018, au cours de laquelle "les snipers israéliens, en plus de tuer 223 manifestants, ont pulvérisé des rotules à la chaîne" comme l'écrit Mona Chollet
La candidate du parti démocrate et actuelle vice-présidente des Etats-Unis, Kamala Harris, risque de se rendre compte à ses dépends ce qu'il en coûte politiquement de soutenir de façon aussi quantitativement massive et éthiquement inhumaine un processus génocidaire en cours depuis plus d'un an.
Israël a également mené des frappes dans le Grand Beyrouth lundi soir, tuant 18 personnes, dont quatre enfants, et en blessant 60 autres à Dahiyeh. La frappe a également causé des dégâts importants à l'hôpital universitaire Rafic Hariri, le plus grand hôpital public du Liban. Et les bombardements contre les écoles, les centres de santé, les camps de réfugiés à Gaza se poursuivent apportant chaque jour, chaque nuit, inexorablement son lot d'enfants, de femmes, d'hommes pulvérisés, brûlés, déchiquetés par les bombes et la mitraille israélienne.
Aujourd'hui 23 octobre Israël a commencé à bombarder la ville de Tyr, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, environ trois heures après que l'armée israélienne a donné l'ordre aux habitants de fuir les zones centrales. Des dizaines de milliers de personnes ont fui Tyr et au total environ 1,2 million de personnes ont été déplacées à travers le Liban.
Au cours des dernières 24 heures, selon des sources médicales, 74 civils ont été tués et 130 autres blessés à Gaza dans ce qu'elles décrivent comme six attaques distinctes des forces israéliennes.
À Gaza c'est l'avenir qui est assassiné par Israël : il faudrait 350 ans pour que le territoire puisse revenir à son niveau d'avant le conflit, a averti l'ONU dans un rapport qui indique "Les opérations militaires intenses à Gaza ont entraîné une catastrophe humanitaire, environnementale et sociale sans précédent et ont propulsé Gaza du sous-développement à la ruine totale".
Selon le rapport de l'ONU, à la fin du mois de juillet 2024, 88 % des bâtiments scolaires étaient détruits ou avaient subi de graves dommages, 21 hôpitaux sur 36 étaient détruits ou hors service et 45 établissements de santé primaires sur 105 n’étaient pas opérationnels. Plus de 62 % des bâtiments résidentiels ont été endommagés ou détruits et plus de 59 % des infrastructures du secteur de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène ont été détruits ou gravement endommagées, ce qui a eu un impact sur les services d’eau et d’assainissement.
À Gaza le PIB s'est contracté de 80,8 % par rapport au troisième trimestre 2023, tandis que le PIB par habitant a chuté de 81,4 % sur la même période.
Le comportement meurtrier du gang fasciste qui dirige Israël n'est pas dénoncé comme il le devrait dans les grands médias des milliardaires ou de l'Etat. Le deux poids, deux mesures est flagrant, permanent et cette abomination dure depuis plus d'un an. Parfois grossier et obscène quand Louis Sarkozy déclare sur LCI en parlant des Palestinien-ne-s: "Qu’ils crèvent tous. Israël fait le travail de l’humanité ici". Parfois plus sophistiqué mais tout aussi obscène. Exemple cité par Mona Chollet dans son remarquable article Le génocide invisible ( https://www.la-meridienne.info/Le-genocide-invisible ) illustre ce scandale innommable avec ces mots:
"(...) avec ce titre du Monde : « 7 octobre 2023 : une journée atroce, une année tragique » L’atrocité, ce sont les crimes du Hamas, et eux seuls ; ce qui a suivi est simplement « tragique » autrement dit : ce n’est réellement la faute de personne."
Prenons garde de ne pas laisser se distiller en nous le poison de l'indifférence. "Indignez-vous!" nous exhortait en 2010 Stéphan Hessel. Hessel, ancien résistant déporté à Buchenwald, juif solidaire du peuple palestinien et qui fut de ce fait insulté par les sionistes qui le traitèrent "d'antisémite". Le génocide en cours doit non seulement nous indigner mais il doit aussi nous mobiliser pour être solidaire de la lutte de libération palestinienne. Car cette lutte, ce front a une portée mondiale. Cette lutte trace une ligne de démarcation entre l'occupant et l'occupé. L'opprimé et l'oppresseur. Entre le colonisé et le colonisateur.
Et il y a enfin une autre raison : nous protéger nous-mêmes. Car les tueries de masse, les massacres de masse, les assassinats ciblés, avec ou sans drone, avec les bipeurs et les téléphones portables ne sont pas réservés aux seuls Palestinien-ne-s. Demain ces méthodes, qui étaient en cours en Europe il y a seulement 80 ans et qui nous venaient (déjà) de nos chères colonies, pourraient reprendre du service.
Un génocide a toujours une ombre portée universelle. Aujourd'hui ceux qui sont solidaires du peuple palestinien sont des "apologistes du terrorisme", des "complices du Hamas", Mélenchon est "complice des crimes antisémites", bref nous sommes tous des "islamo-gauchistes."
Et demain...devrons-nous jeter nos téléphones ?

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