Joseph Ballot
L’armée et les commandes aux marchands de mort ne connaissent pas l’austérité. Alors que le gouvernement parle d’augmenter les jours de carence, de supprimer des postes dans la fonction publique, de geler les retraites ou de baisser les remboursements de la Sécu, le budget de l’armée est augmenté de 3,3 milliards d’euros pour 2025.
Après la partie « recettes » du projet de loi finance 2025, c’est au tour de la partie « dépenses » d’être étudiée en commission, avant d’être débattue à l’Assemblée Nationale. Cette partie comprend notamment les crédits alloués à l’armée, d’un montant culminant à 50,5 milliards d’euros !
En effet, Barnier suit la trajectoire prévue par la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 prévoyant un budget record de 413 milliards d’euros étalé sur sept ans. Cette loi prévoit notamment de porter le budget de l’armée à 2% du PIB à partir de 2025, suivant les injonctions de l’OTAN. Soit un budget en hausse de 7% par rapport au budget de 2024. Cette hausse est supérieure à la hausse de budget de tout autre ministère. Le budget alloué à la santé, par exemple, n’a augmenté que de 2,8%. Une augmentation en trompe-l’œil puisque l’inflation est de 1,8% en 2025 et que la demande de soins augmente. Cette augmentation du budget militaire s’accompagne d’une prévision de création de 700 emplois. Un petit miracle au milieu de la dévastation : 4000 postes seront supprimés dans l’éducation nationale, 3200 dans la fonction publique (dont la fonction publique hospitalière) tandis que, face aux coupes budgétaires, des collectivités locales gèlent les embauches.
Parmi ces 50,5 milliards de budget, 20 sont destinés aux grands programmes d’armement. C’est-à-dire à financer les entreprises privées, et enrichir les actionnaires des marchands de canon comme Thalès, Airbus, Dassault, KNDS (ex-Nexter) dont les chiffres d’affaire explosent. La multiplication des conflits, par l’invasion russe en Ukraine, la politique de guerre régionale d’Israël, ainsi que les foyers de tension dans le Pacifique sont pour le secteur de formidables « accélérateurs de croissance », comme estimait au printemps dernier le PDG de la Société Nationale des Poudres et Explosifs (SNPE) dont le carnet de commandes déborde. Il faut dire que l’envoi de matériel militaire en Ukraine comme le canon César sert de vitrine d’exposition grandeur nature et permet de booster les ventes dans le monde entier. Le complexe militaro-industriel ne sait donc plus où donner de la tête, il doit à la fois répondre aux commandes massives faites à l’étranger (la dernière visite de Macron au Maroc a permis à Airbus de vendre 18 hélicoptères de combat) et à celles passées par l’armée française. Le marché de la mort et de la destruction se porte à merveille.
Autre poste de dépense, le « maintien en condition opérationnelle », c’est-à-dire l’entretien du matériel militaire, pour la bagatelle de 5,9 milliards. Une somme qui ne serait pas de trop pour entretenir les hôpitaux, les lycées et les facs dont les plafonds laissent passer la pluie dans les salles de cours ou les chambres d’internats, quand ils ne s’effondrent pas littéralement sur le lit des patiens.
Les budgets de l’armée augmentent partout : dissuasion nucléaire plus 500 millions d’euros (+8%), munitions plus 400 millions d’euros (+27%) pour un total de 2 milliards d’euros, plus 600 millions pour le renseignement militaire, plus 450 millions pour l’investissement dans les drones et les robots (+12,5%) etc.
Ces augmentations interviennent alors qu’est débattu à l’Assemblée le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, avec lequel le gouvernement Barnier espère nous voler 15 milliards, dont 5 sur l’Assurance Maladie. Pour remplir cet objectif, de nombreuses attaques sont annoncées contre les travailleurs et les précaires. 3200 suppressions de postes dans la fonction publique, passage à trois jours de carence pour les fonctionnaires, baisse de l’indemnisation journalière de l’assurance maladie, report de l’indexation des retraites jusqu’en juillet etc. Bardella et le RN n’ont trouvé qu’une chose à redire à toutes ces attaques contre la fonction publique... utiliser ces économies pour cajoler la police. Car l’austérité que Barnier, Macron et le RN veulent nous imposer a un but : pouvoir continuer les cadeaux aux patrons, à la police et à l’armée.
Et tout cela va de pair. Face aux tensions internationales, au rejet grandissant de l’impérialisme français dans ses anciennes colonies, aux révoltes et aux mobilisations dans les colonies actuelles (Kanaky, Martinique, Guadeloupe), les grandes entreprises françaises ont besoin de « sécuriser » et de « pacifier » les zones où elles exploitent la terre et les travailleurs. Il faut aussi venir en aide militairement à Israël pour maintenir les intérêts impérialistes au Moyen-Orient. Il faut sécuriser dans le monde entier, les marchés de Vinci, de Total, de CMA-CGM, de Bolloré, de Bouygues, de Orano, d’Engie, de la RATP et de la SCNF etc. En métropole, en tirant sur la corde de l’austérité, des suppressions d’emploi dans le public comme dans le privé, il faut aussi prévoir la colère sociale celle qui s’est déjà exprimée avec les Gilets jaunes, pendant la réforme des retraites ou après la mort de Nahel. La condition de l’austérité est donc le renforcement des forces de répression.
En même temps, le gouvernement justifie l’austérité par la dette mais aussi par le danger de la guerre. C’est avec ces deux arguments que le gouvernement et les patrons justifieront toutes leurs attaques ! Nous faire travailler jusqu’à 64 ans, nous payer moins, ne plus nous soigner ? Pour payer la dette et payer l’effort de guerre.
Les travailleurs ne doivent accepter aucun sacrifice pour les capitalistes et doivent refuser les augmentations du budget militaire. L’argent doit aller à la santé, à l’éducation, à la recherche, pour faire face aux crises climatiques, pour améliorer nos conditions de vie et de travail, pas à l’armée ! Car les guerres auxquelles se préparent les grandes puissances capitalistes ne sont qu’un symptôme de la crise du système capitaliste tout entier, comme les taux de croissance en berne, la dette des Etats et les déficit dans les budgets. Les capitalistes veulent nous faire marcher à la guerre pour se repartager leurs marchés et leurs aires de dominations, pour bombarder et génocider les peuples qui demandent la liberté. Leurs guerres ne sont pas les nôtres, la dette et la crise de leur système non plus. Aux capitalistes et aux gouvernants de payer de leur poche et de leur vie si cela leur plaît. Nous n’éviterons pas les guerres futures en cédant au mythe de « l’unité nationale »...
... et en laissant les Etats capitalistes s’armer jusqu’aux dents, mais bien par l’unité des exploités et des opprimés, par-delà les frontières, contre les plans de réarmement, contre l’austérité, pour faire payer la crise de leur système aux capitalistes.

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