mercredi 22 avril 2009

Le doute est naturel ; ne pas douter est folie.

Ou, pourquoi l'Amérique Latine est une espérance pour l'humanité

par Jean Dornac


Quel est le lien entre cette nécessité du doute et les nombreuses publications concernant l’Amérique Latine sur mon blog ?

Sans doute, certains d’entre vous sont surpris de voir autant d’informations, d’articles, voire de poèmes liés à l’Amérique Latine. La raison principale, même si elle n’est pas la seule, est que ce continent est une terre de grandes souffrances ; une terre qui a vu un nombre impressionnant de coups d’État et de dictatures sanglantes ; une terre qui a vu l’envahissement par les Européens il y a cinq cents ans, ces envahisseurs qui pratiquèrent un génocide avant l’heure, tant par les combats qu’ils ont livrés aux peuples de ce continent qu’au travers des maladies qu’ils ont importé là-bas ; une terre qui a vu également l’intervention des Français de Napoléon III ; une terre aujourd’hui convoitée et menacée par son puissant voisin, les Etats-Unis.

(Hernán Cortés)
(Le mode de vie européen comprenait une longue histoire à proximité d'animaux domestiques tels que le bœuf, le porc, la chèvre, le cheval et de nombreuses volailles, ce qui favorisa l'apparition d'épidémies infectieuses inconnues en Amérique. Ainsi le contact à large échelle après 1492 introduisit de nouveaux germes chez les populations indigènes des Amériques. Les épidémies de variole (1525, 1558, 1589), de typhus (1546), de grippe (1558), de diphtérie (1614), de rougeole (1618) tuèrent entre 10 millions et 112 millions de personnes, près de 95 à 98% de la population indigène. La perte de population et le chaos culturel et l'effondrement politique qu'elle causa, a grandement facilité à la fois la colonisation des terres et la soumission des civilisations indigènes. Photo et commentaire : Wikipédia)

Même si quelques espérances fleurissent avec l’élection de Barak Obama, même s’il est sincère, ce que je crois volontiers, il ne faut pas oublier les multinationales industrielles ou financières. Or, il est évident que les intérêts de ces gens non recommandables ne sont pas les mêmes que ceux du nouveau Président américain. C’est dans ce sens qu’il faut lire et comprendre les menaces contre Chavez et Morales, jamais à l’abri de nouveaux coups d’État.

Vérités officielles comparées aux vérités nues

Abordons deux exemples frappants : le 11/9 et l’antisémitisme.

Ce sont des exemples forts qui montrent que les « vérités officielles » n’admettent pas le moindre doute. Sous peine d’opprobre écrasant, il est interdit de douter ! Or, cela ressemble fort à un « dogme » et ne peut qu’être suspect de ce fait.

La version « officielle » concernant les horribles attentats contre les tours jumelles de New-York accuse sans détours Al-Qaïda. Cependant, différents faits, ouvrent à un doute évident aux conséquences abominables. Ces faits, et certains auteurs des informations les concernant, démontreraient que les attentats sont le fait du gouvernement américain de l’époque ou du moins en faveur de ce gouvernement. Personnellement, je n’affirme rien sauf que je reconnais que le doute s’impose, que prendre pour « vérité établie, définitive et indiscutable » la version de l’équipe Bush, est pure folie.

Ce doute, si à l’origine vint d’une enquête d’un journaliste français, Thierry Meyssan, a germé également dans l’esprit des familles américaines dont l’un des leurs au moins fut victime du crime. Ces familles se sont regroupées en un mouvement pacifique et démocratique qui appelle à la mise en place d’une enquête internationale et indépendante sur le 11 septembre. Rien à voir avec de l’antiaméricanisme comme on le lit fréquemment dans les médias français dès lors qu’un personnage, quel qu’il soit, ose émettre le même genre de doute. On a vu, comment Marion Cotillard puis, plus récemment, Jean-Marie Bigard ont été rejetés, brimés, salis parce qu’ils avaient osé remettre en cause le « dogme »… Quant à Thierry Meyssan, il n’a pas eu d’autre choix que de s’expatrier « Je vis actuellement au Liban. Après l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, j’ai été directement menacé par de hauts fonctionnaires français. Des amis au ministère de la Défense, m’ont informé que les États-Unis me considèrent comme un danger pour leur sécurité nationale. Dans le cadre de l’OTAN, ils ont demandé aux services alliés de me neutraliser et certains Français semblaient vouloir faire du zèle. J’ai donc pris la décision non seulement de quitter la France, mais la zone OTAN. Après avoir erré de Caracas à Damas en passant par Moscou, je me suis fixé à Beyrouth où je me suis placé au service de la Résistance. »
(http://www.voltairenet.org/article159698.html)

Cette « mise à l’écart » de ceux qui doutent et osent le dire, me fait penser également au véritable « terrorisme intellectuel » dont sont victimes la plupart des défenseurs du peuple palestinien, ces gens immédiatement qualifiés « d’antisémites » et parfois menacés. La méthode est la même, elle est aussi méprisable dans un cas comme dans l’autre.

Qu’il y ait quelques antiaméricains d’une part et des antisémites d’autre part, cela ne fait nul doute. Mais, mélanger sciemment des êtres honnêtes, simplement révoltés par les monstruosités des uns ou des autres, avec une poignée de fanatiques, tant idéologiques que racistes, est, à mon sens, un crime contre la vérité et ne servira jamais ceux qui usent de tels procédés, tout au contraire.

Revenons à l’Amérique Latine



Lorsqu’on lit un certain nombre de journaux français ou qu’on écoute les informations à la télévision, notamment publique, on est frappé de l’unité de langage de ces médias dans leur position en faveur des USA et leur langage systématiquement contre Chavez, Castro ou Morales.

Chavez, ces derniers jours, sur Antenne 2, chaque fois, a été présenté comme « l’antiaméricain » au cours des informations relatant le sommet des Amériques. C’est, je le suppose, le reflet de la volonté américaine ou celui des politiciens français au pouvoir actuellement. Mais quelle est la vérité ? Là encore, à minima, le doute s’impose !

En effet, pourquoi « croire » d’office les Etats-Unis et systématiquement traiter de menteurs, d’antiaméricain un homme comme Chavez ? Pourquoi ne pas rappeler ce que fut l’exploitation des ressources pétrolière du Venezuela au seul véritable profit des Américains avant l’arrivée de Chavez ? Pourquoi occulter systématiquement ce que fut la misère d’une grande partie de ce peuple avant Chavez ? Pourquoi ne guère rappeler que ce militaire a obtenu la confiance populaire, par le vote, plusieurs fois ces dernières années, en dépit des campagnes de haine orchestrées contre sa personne et son régime ?

Lorsqu’on cache sciemment ces vérités premières, c’est qu’on cherche à nous manipuler. C’est bien le drame actuel dans la plupart des pays de la planète et dans tous les pays occidentaux. Les pouvoirs veulent conserver et pérenniser le « modèle » qui leur convient si bien. Et qu’importe s’ils trompent les peuples, s’ils nous précipitent dans une misère morale profonde, celle de l’ignorance organisée. Cette ignorance qui, sous une forme ou une autre, sert leur pouvoir. On fait ce qu’on veut avec des ignorants !

On l’a vu avec la guerre contre l’Irak et l’argument des « armes de destruction massive », un chef-d’œuvre de mensonge qui a extraordinairement fonctionné au sein du peuple américain, totalement dupé par son pouvoir politique. Cette « vérité » fut largement proclamée par la plupart des médias occidentaux, jusqu’à la preuve du contraire, mais il était déjà trop tard…

La caractéristique actuelle des sociétés occidentales c’est le mensonge, le mensonge et encore le mensonge ! Comment croire encore un mot de ce que racontent les pouvoirs politiques et médiatiques ? Ils nous manipulent dans tous les domaines. C’est une situation extrêmement malsaine qui peut conduire à de violentes révoltes. Comment, donc, si l’on veut être lucide, ne pas douter de la vérité qu’on nous présente sur les événements graves, sachant qu’il y a toujours des intérêts financiers, égoïstes et égotiques qui régissent les gouvernants et les médias de premier plan ?

Dans les médias officiels, qui ont facilement le sentiment d’être supérieurs, détenant la vérité venue d’en haut, on raille méchamment ceux qui doutent des vérités, par exemple de la version officielle du 11/9 en les faisant passer pour de pauvres esprits qui se fourvoient dans l’imbécile théorie du « complot ». C’est la tarte à la crème de ces dernières années lorsque les pouvoirs veulent discréditer des gêneurs.

Si j’étais un personnage d’une quelconque importance, cet article me vaudrait d’être immédiatement rangé dans le camp des « croyants du complot ». Mais, la vérité, la mienne, c’est que complot ou pas complot, je m’en fiche totalement ! Le problème n’est pas là, tout cela n’est qu’épiphénomène commode pour cacher ce qui est bien plus grave, c’est-à-dire les mensonges permanents qu’on nous oppose pour nous faire taire et surtout pour éviter que nous ne réfléchissions.

(Trois séries de mesures sur le plan de la politique intérieure sont particulièrement critiquées par l'opposition et le patronat : la réforme agraire, la prise en main du secteur pétrolier et l'augmentation des redevances sur le pétrole, et la saisie de terrains côtiers pour une surface équivalente à celle de la Belgique. L'opposition et le patronat jugent en particulier que ces mesures vont à l'encontre du droit à la propriété privée. Photo et commentaire : Wikipédia)

Dans les médias, on traite facilement Chavez et Castro de dictateurs, tout en occultant soigneusement les pratiques mensongères qui animent les gouvernements occidentaux. On ne nous dira jamais que Chavez et Castro sont considérés comme des dictateurs pour l’unique raison qu’ils ont le culot de ne pas s’aligner sur les intérêts mercantiles et méprisables des grandes compagnies multinationales, des grands groupes financiers, de quelques spéculateurs sans scrupule. Refusant de jouer le jeu des intérêts strictement occidentaux, il faut, nécessairement les désigner comme de tristes dictateurs, et si possible ajouter qu’ils sont communistes, du genre stalinien. Les « vieilles lunes » ont encore de beaux jours devant elles dans les bouches des manipulateurs professionnels.

On dit que Castro ne respecte pas les droits de l’homme : oui, sans doute, dans un certain nombre de cas, comme le dit Cristina Castello dans son magnifique article sur Cuba (voir : http://humeursdejeandornac.blogspot.com/2009/04/50-ans-de-la-revolution-cubaine-quest.html). Mais on ne dit pas, ou alors tout bas, en comparaison des vociférations visant Castro lorsqu’il était encore au pouvoir, que la fière et illustrissime démocratie américaine, sous « l’ère évangélique » de GW Bush, si scrupuleusement respectueuse des droits de l’homme s’est « amusée » à ceci : « Le principal accusé des attentats du 11 septembre 2001, Khalid Cheikh Mohamed, aurait été soumis 183 fois à des simulations de noyade durant le seul mois de mars 2003, rapporte le New York Times. » (source Le Figaro)

Certes, Barak Obama va fermer le camp sinistre de Guantanamo. Certes, les pratiques de tortures exercées par la CIA sont condamnées et révélées. Mais cela tiendra combien de temps, ce revirement des USA vers une démocratie un peu plus respectueuse des droits de l’homme ? On peut légitimement s’inquiéter lorsqu’on apprend que le Président vient de « remercier la CIA pour son action contre les ennemis des Etats-Unis », et plus encore lorsqu’il affirme ceci, communiqué par l’AP : « Il a déclaré qu'il ne demanderait pas de poursuites contre des agents de la CIA qui ont employé des méthodes comme le "waterboarding", ou la simulation de noyade. », ce qui signifie « impunité » pour les criminels à partir du moment où ils torturent et tuent pour l’Etat. Cela se pratique partout, il ne faut pas en douter, mais c’est indigne d’une nation qui a la prétention d’être une « lumière pour le monde » !

Qu’attendre de l’exemple du Venezuela et de la Bolivie ?

(Dans le contexte de la guerre du gaz, on le voit à l'origine de diverses révoltes sociales ; on lui attribue avec d'autres groupes syndicaux la chute du gouvernement de Gonzalo Sánchez de Lozada en 2003 et de Carlos Mesa en 2005, notamment sur la question des réserves de gaz naturel (les secondes plus grandes du continent après celles du Venezuela). C'est aussi l'époque où le MAS devient première force politique du pays : en 2004, les municipales attribuent au parti quelques 18% des suffrages. Evo Morales est proche de Hugo Chávez dans sa vision socialiste de l'Amérique latine, toutefois avec une conception indigéniste plutôt que bolivarienne, et aussi de Fidel Castro. Photo et commentaire : Wikipédia)

Cet article me donne l’occasion de dire pourquoi je soutiens particulièrement des pays comme le Venezuela de Chavez, ou la Bolivie de Morales. Ces deux pays et leurs dirigeants actuels sont en danger constant de coup d’État. Non pas parce que leur régime politique serait une dictature, ça, ce n’est que le prétexte commode, mais parce que ces dirigeants ont osé s’opposer à la mainmise des multinationales sur les ressources naturelles de leurs pays. Crime majeur pour la pensée improprement dite « libérale ». Crime impardonnable. Ces dirigeants pourraient tuer nombre de leurs concitoyens, torturer, exiler, emprisonner des foules, ce ne serait rien aux yeux des puissants et possédants ; mais priver des sociétés voraces, immorales, de gains faciles et gigantesques, voilà le crime qui est reproché particulièrement à Chavez et Morales.

Que représente pour le Français que je suis, sans idéologie, préoccupé seulement de justice de partage et d’apprentissage de l’amour appliqué au jour le jour, un pays comme le Venezuela ou comme la Bolivie ? Certainement pas le paradis, mais une espérance profonde en regardant la nouvelle pratique du pouvoir, cette volonté de s’occuper prioritairement des plus pauvres, en s’opposant aux nations les plus hégémoniques et pas seulement les USA.

Le pouvoir reste le pouvoir, avec tout ce qui, par essence, est sombre, ténébreux, nocif par nature, avec tout son pouvoir de corruption de l’âme de ceux qui le servent ou s’en servent. Hélas, l’humanité n’est pas encore suffisamment mûre pour se passer de cette chose malsaine. Mais un pouvoir plus humaniste envers les plus fragiles, c’est déjà un immense progrès, une étonnante et rafraîchissante nouveauté.

La justice, le respect des droits de chacun, le droit de vivre et non pas l’obligation d’être esclave ou miséreux, voilà qui ce qui motive mon soutien et mon espérance pour ce continent. Et, de ce fait, l’Amérique Latine, à cause de ces quelques dirigeants qui ne ressemblent en rien aux dirigeants occidentaux, est une véritable terre d’espérance.

Aucun commentaire: