« Soif est un cri silencieux »
(version française et espagnole)
(© Photo Denis Garnier -Paris)
- Je me sens identifiée avec les poètes du silence intérieur, avec ceux dont les mots sont un vol vers la liberté, un lierre reverdi. Avec ceux qui font du mot une quête plutôt qu'une rencontre. Avec ceux qui possèdent « cette partie de l'âme », comme Schiller a dit. Avec ceux qui ont besoin d'une poésie faite vie, comme Hölderlin par exemple… et c'est justement pour cela qu'on l'appelait « fou ». Je me sens liée à ces créateurs-là, je les aime et je les remercie. Ce sont ceux qui ne se rendent pas à la facilité, ni au « succès » ni à la gloire ; ce sont ceux qui font de la quête du mot le chemin des frontières vers le dedans, pour éclairer le « dehors ». Un cas paradigmatique parmi les poètes contemporains est Thiago de Mello. Thiago est un prodige des mots autant que son Amazone prodigieux et dont le Nord veut aussi s'emparer. Lui, c'est un miracle d'exquisité et de sagesse, c'est un poète retiré infini de l'Infini : l'homme face au mystère.
- Il est difficile pour moi de parler de poésie en termes de nationalités, mais… bon. D'abord les Latino-américains. Roberto Juarroz, à qui je me sens liée dans l'ascétisme sensuel -même si ça paraît un oximoron- de sa « poésie verticale », et de sa prise de position verticale face à la vie. Alejandra Pizarnik, profondeur des mers et synthèse d'atome. Julio Cortázar, le poète où la beauté respire. Olga Orozco et son courage pour dévoiler son âme sans fard. Les poètes de mon enfance, dont quelques-uns me sont encore chers : Gabriela Mistral prophétique, et Vallejo indispensable, Neruda quand il sortait de lui son meilleur « moi » ; Pedro Salinas, José Asunción Silva, Rubén Darío, et Huidobro. Mais comme poésie veut dire Univers, battement d'ailes de papillons, cerf-volant en direction des étoiles, donc : Rimbaud, Robert Desnos, Paul Éluard, Victor Hugo, Jules Supervielle, Yves Bonnefoy, Ungaretti, Yves Bonnefois, Montale, Quasimodo, Elliot, Whitman, Jean-Pierre Faye, François Xavier, Yeats, Lanza del Vasto, Lorca, Miguel Hernández, José Hierro et tant d'autres.
(César Vallejo)
- Quelle est l'essence de la création poétique ?- La beauté, le devoir de la beauté -je dis- en me plagiant moi-même le titre de l'un des poèmes de « Soif » (« Sed »). L'essence de la création poétique, c'est l'impossibilité de ne pas la créer… ou au moins de ne pas essayer de la créer. Même dans ce monde d'horreur où l'on vit, où l'homme épouvante le ciel, la poésie apparaît comme quelque chose que personne n'a demandé, mais dont on ne peut se passer. Cependant, dans le monde occidental on a l'habitude de chercher des résultats et non pas de révélation ni de vérité, tout ça encouragé par les maisons d'édition qui veulent vendre le Néant. Le vide. La négation du verbe. Il est différent en Orient où le sens de la vie bat encore, au milieu de l'horreur et de la mort.
- Pourquoi ton livre s'appelle « Soif » ?
- Parce que la soif est le sort et le signe de ma vie. C'est une soif sans fin qui se calme et puis s'intensifie lorsqu'elle vient s'abreuver : « … Je meurs sans eau/Saigne en soif/Me n
oie en soif… », dit un vers de ce livre à moi. La soif est gravée dans tout mon Être et elle est irréversible. Je suis née assoiffée de poésie, d'art et avec soif de contribuer à changer le monde ; lorsque j'étais petite, je ne connaissais pas les raisons de l'existence de cette soif, mais aujourd'hui je sais que tout obéit à ma croyance dans le destin de l'être humain comme transcendance. Soif, j'ai soif. Tu sais, Mai, je ne sais pas comment on peut vivre sans s'engager avec toute l'Humanité. J'ai besoin que l'injustice disparaisse du monde ainsi que ces Hitler du XXIe siècle qui massacrent des vies et des rêves ; j'ai soif de paix et d'harmonie pour tous. J'ai soif et je veux que Bonté, Liberté et Égalité arrivent tout de suite, maintenant. Ça suffit, ça suffit ! Avant je clamais pour une trêve, mais maintenant j'exige de la conscience aux personnes, pour qu'elles ne bénissent ni avec leurs voix ni avec le silence ce qui les sacrifie en vie. Et maintenant je me permets de gronder Dieu, en qui je crois, pour qu'il ne s'attarde plus. Ça suffit ! C'est trop ! « Je vois la douleur de l'affamé et je sais que sa faim est très loin de ma souffrance et que, même si je jeûne jusqu'à mourir, sur ma tombe poussera toujours, au moins, un brin d'herbe ». C'est Cesar Vallejo qui l'a écrit. Il s'agit justement de cela.- Quel message prétends-tu adresser aux gens qui lisent ton livre ?
- La bonté, le pouvoir de la parole et le pouvoir de la poésie. Écrire provoque en moi un état de révélation, ça me permet de me connaître et de connaître le monde ; sinon j'agis comme un aveugle dans une forêt nocturne, épaisse, sans lune ni étoiles… même si je n'en ai pas l'air. Sans la parole écrite, mon âme rôde au travers mon corps et c'est grave, car c'est l'âme qui porte le corps et pas le contraire.
- Combien de temps as-tu pris pour écrire ce recueil ?
- Je ne sais pas, moi, puisque je n'ai pas eu l'intention d'écrire un recueil. Ce n'était que des mots ou des poèmes qui parlaient de l'amour à l'Humanité, de l'horreur provoquée par les êtres humains sans cœur -un autre aspect de l'amour envers les innocents , et de l'amour-passion. Mais un jour, un ami journaliste et écrivain a choisi les poèmes en établissant un ordre, et…
- Et Antonio Seguí a créé les dessins originaux…
- Voilà ! C'est ça ! En fait, c'est un livre à nous deux… et pourtant la maison d'édition -je le dis même s'ils ne veulent plus en parler - a omis son nom dans la couverture, et il faut que je te dise que je leur avais signalé bien avant qu'il fallait indiquer la collaboration d'Antonio, que c'était juste… tu sais, je me suis sentie très mal, mais c'était irrémédiable : pas de solution. Antonio Seguí est l'un des meilleurs artistes contemporains et il est à la fois simple et généreux. Il a fait les dessins exclusivement pour « Soif » et il me les a envoyés de Paris. C'est un privilège et une Grâce, et esthétiquement parlant, cela apporte une plus-value à mon recueil. Pour le reste, c'est François Xavier qui s'en est occupé, un poète et essayiste français -de la pure lumière-, l'un des préfaciers grâce auquel j'ai connu la poésie de Mahmoud-Darwich, la synthèse et la transcendance. Et puis c'est Paris qui a agi, avec le mystère d'amour qui existe entre cette ville et moi, et Oscar Barney Finn, l'auteur de la seconde préface, artiste d'excellence : metteur en scène, cinéaste, réalisateur de télévision et régisseur d'opéra.
- Quelle est l'importance de Jorge Luis Borges dans la poésie argentine ?
- Borges est le plus universel des poètes argentins et du monde. Dans une entrevue assez récente, María Kodama, sa femme, me l'a très bien dit. Lorsqu 'on analyse l'histoire de la langue espagnole, on remarque qu'il y a eu deux grandes révolutions : l'une avec Rubén Darío et le modernisme et l'autre avec Borges et le changement imposé par lui dans le domaine du genre narratif, surtout car il a été essentiellement poète.
- Crois-tu que les pays latino-américains valorisent les racines poétiques de Borges ?
- Absolument, comme partout ailleurs dans le monde et je crois aussi que nous, les poètes latino-américains rassemblés sous la pancarte « finis les paupières-léthargie », nous le voyons comme un modèle dans le domaine des lettres, mais pas comme une âme soeur engagée dans la lutte pour la parole et en défense de la parole. C'est un sujet assez difficile à aborder…
- Si tu étais un animal, lequel serais-tu et pourquoi ?
- Aucun. Tous les jours je tâche de devenir une meilleure personne… Évidemment, si je pense à « Les cygnes sylvestres de Coole » de William Yeats ou aux vers de ce grand poète : « … même si ta volonté est celle d'un oiseau sylvestre/Tu devrais savoir que ta chevelure emprisonnée/Était liée au soleil, à la lune, aux étoiles… »…, si je pense à Yeats donc, je suis un cygne et puis alors, je suis un oiseau sylvestre.
- Mon premier élan c'est de te dire que ce seraient des photos en noir et blanc, puisqu'il s'agit d'un langage visuel plein de beauté. Et pourtant, il y a quelque chose en moi qui me révolte et qui me pousse à dire encore une fois : C'est fini ! Fini de noircir la nuit d'un monde déjà en ombres. En « Soif », mes dires sont un cri silencieux-j'abhorre le bruit- en faveur de la couleur et de la joie. Je ferais donc des photos semblables à l'arc-en-ciel, mais aux tons doux et harmonieux… comme les yeux du sable lorsque la mer le caresse.
- Quelle vision du monde essaies-tu de transmettre dans tes vers ?
- Ce monde-ci, que je t'invite à parcourir… Allons-y Mai ! Allons prendre maintenant les armes : allons ensemble cueillir des mots et les semer à tous les vents !
- Existe-t-il de l'optimisme ou du pessimisme dans la création poétique ?
- Il me semble qu'il existe une attitude pessimiste, optimiste, sceptique ou indifférente face à la vie, et que cela est inséparable de la création poétique.
- Je me rappelle cette phrase : « l'inspiration, c'est du talent et de la sueur ». Je ne crois pas à l'inspiration, mais aux états de l'âme, à l'imagination et aux sens qui se mettent en état d'alerte lorsque les anges passent tout près de nous. En tout cas, je peux te dire que le ciel éveille beaucoup de choses en moi : j'ai besoin de ciel, j'ai soif de ciel… et de musique… de cette musique qui semble provenir de l'Azur, par exemple le « Stabat Mater » ou « Nulla in mundo Pax Sincera » de Vivaldi, ou bien comme tout ce qui est à Marin Marais ou qui provient du clavecin de Louis Couperin ; les visages des gens que je vois dans la rue, éveillent en moi pas mal de choses, la mer aussi… Et « mon » Paris bien aimé, et la peinture, surtout les toiles d'Odilon Redon et d'Eugène Carrière… qui sont déjà devenues un poème de mon prochain livre, celui que j'espère publier cette année.
- Un livre appelle le suivant ?
- Voyons, « Soif » est la naissance d'un livre et ma propre renaissance. Et pourtant, c'est aussi la fin d'une étape dans ma vie et puis alors, il s'agit du commencement d'une nouvelle étape. Donc, je regarde à travers l'œil de ma propre porte, mais je ne vois rien… je ne peux pas… et je ne sais pas non plus comment elle sera, cette nouvelle vie. Je sais seulement que je renais de moi-même et le voilà, le mystère. Tiens, c'est la seule chose que je sais.

- Quand as-tu commencé à sentir cette envie d'écrire des poèmes, depuis quand t'y consacres-tu ?
- Je suis née avec la poésie incorporée comme si c'était une autre cellule de mon corps, une autre fibre de mon esprit. Quand j'avais trois ans je récitais des poèmes et à quatre ans j'en « écrivais », des poèmes que je n'ai voulu jamais publier et que j'ai jeté ensuite à la poubelle. Mais il y a eu une personne qui a exercé une forte influence sur moi : Rosita (« Chiquita ») Batmalle, ma mère. La poésie, c'était elle. L'amour, c'était elle.
- Est-il difficile d'être poète au XXIè siècle ?
- Il est difficile d'être personne dans ce siècle, et il est difficile de vivre comme poète, mais c'est quelque chose d'irrémédiable. Comme l'obstination du lierre.
* Cristina Castello est une poète et journaliste argentine bilingue (espagnol-français) que vit entre Paris et Buenos Aires.
http://www.cristinacastello.com/
http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/
* Cet article est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur
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Por Mai Châteaux
Cristina Castello, poeta
Entrevista, a propósito de su libro de poemas
«Soif es un grito en silencio»
- ¿Con qué poeta latinoamericano te identificas más y por qué?
- Siento identidades con los poetas de silencio interior. Con aquellos cuyas palabras son un vuelo hacia la libertad, una hiedra reverdecida. Con quienes hacen de la palabra una búsqueda, más que un encuentro. Con quienes tienen «esa parte del alma», como sostenía Schiller. Con quienes necesitan que la poesía sea vida, como Hölderlin... y entonces lo llamaban «loco». Me siento unida, los amo y les agradezco. Ellos son quienes no se rinden a la facilidad, al «éxito», ni a la fama; quienes hacen de la búsqueda de la palabra un camino de fronteras hacia adentro, para alumbrar el «afuera». Y un caso paradigmático entre los poetas contemporáneos es Thiago de Mello. Thiago, prodigio de palabras como su prodigioso Amazonas del cual el Norte también quiere apropiarse. Milagro de exquisitez y sabiduría, poeta recoleto infinito del Infinito: el hombre frente al misterio.
- ¿Quiénes son?
- Me resulta difícil hablar de poesía con nacionalidades, pero... está bien. Vamos primero a los latinoamericanos. Roberto Juarroz, con quien me siento unida en el ascetismo sensual –aunque parezca oxímoron– de su «poesía vertical», y en su vertical actitud ante la vida. Alejandra Pizarnik, hondura de mares y síntesis de átomo. Julio Cortázar, poeta donde la belleza respira. Olga Orozco, y su valentía para verse el alma sin maquillaje. Y los poetas de mi infancia, algunos de los cuales me son todavía: Gabriela Mistral profética, y Vallejo indispensable, y Neruda cuando sacaba de sí su mejor yo (Pedro Salinas); y José Asunción Silva, y Rubén Darío, y Huidobro. Pero poesía es Universo, aleteo de mariposas en estío, barrilete a las estrellas. Entonces, Rimbaud, Robert Desnos, Paul Eluard, Víctor Hugo, Julles Supervielle, Yves Bonnefoy, Ungaretti, Montale, Quasimodo, Elliot, Whitman, Jean-Pierre Rosnay, Yeats, Lanza del Vasto, Lorca, Miguel Hernández, José Hierro, y tantos, tantos más.
- ¿Cuál es la esencia de crear poesía?
- La belleza, el deber de la belleza –digo– en un autoplagio al título de uno de los poemas de mi libro «Soif» («Sed»). La esencia de crear poesía, es la imposibilidad de no crearla... o, al menos, de intentarla. Aun en este mundo de horror en que vivimos, donde el hombre espanta al cielo, la poesía aparece como algo que nadie pidió, pero de lo cual no se puede prescindir. Sin embargo, en el mundo occidental suelen buscarse resultados, y no develación y verdad, alentado esto por las editoriales que quieren vender la Nada. El vacío. La negación del verbo. Diferente es en Oriente, donde todavía late el sentido de la vida, incluso entre el horror y la muerte.
- ¿Porqué tu libro se llama «Soif» («Sed»)?
- Porque la sed es el sino y el signo de mi vida. Es una sed insaciable que se calma y crece cuando bebe. «Esta sed mía grande, tanto ya que ahoga», dije en alguna línea de este libro. La sed está escrita en todo mi Ser y es irreversible. Nací con sed de poesía –de arte– y con sed de contribuir a cambiar el mundo; y si bien cuando muy niña no sabía las causas, hoy sé que todo obedece a mi creencia en el destino humano como trascendencia. Sed, tengo sed. Y no sé cómo será transcurrir, sin comprometerse con la Humanidad toda. Necesito que acabe la injusticia en el mundo, y estos Hitler versión siglo XXI que masacran vidas y sueños; tengo sed de paz y armonía para todos. Tengo sed de que Bondad, Libertad e Igualdad lleguen ahora mismo, ya. ¡Basta, basta ya! Antes clamaba por una tregua, pero ahora exijo conciencia a las personas, para que no bendigan en las urnas, o con silencio, lo mismo que las sacrifica en la vida. Y ahora me permito increpar a Dios, en quien creo, para que no tarde más. ¡Basta! No, ya no... ya no. «Veo el dolor del hambriento y sé que su hambre anda tan lejos de mi sufrimiento, que de quedarme ayuno hasta morir, saldría siempre de mi tumba una brizna de hierba al menos». Lo escribió César Vallejo. Y de eso se trata.
- ¿Qué mensaje pretendes hacer llegar a las personas que lo lean?
- La bondad, el poder de la palabra y el poder de la poesía, pero cuando escribo no lo hago con propósito de mensaje. Escribir me revela, me permite conocerme y conocer el mundo; si no, soy como un ciego en un bosque nocturno espeso, sin luna ni estrellas... aunque yo no lo muestre. Sin la palabra escrita, mi alma anda a los tumbos por el cuerpo y eso es serio, pues es el alma la que lleva al cuerpo y no al revés.
- ¿Cuánto tiempo demoraste en escribirlo?
- No sé, porque no lo escribí con propósito de libro. Eran palabras o poemas sueltos, de amor a la Humanidad por un lado, de horror ante los desalmados –lo cual es otra forma de amor hacia los inocentes–, y de amor-pasión. Pero un día un periodista y escritor amigo, eligió los poemas y les dio un orden, y...
- Y Antonio Seguí hizo los dibujos originales...
- A eso apuntaba. En realidad, este es un libro de los dos... sólo que la editorial –aunque no le guste escucharlo- olvidó su nombre en la portada, según yo había dicho y correspondía... yo me quise morir, pero ya no había solución. Antonio Seguí es uno de los más grandes y prestigiosos artistas contemporáneos; y a la vez, es generoso y sencillo. Hizo los dibujos exclusivamente para «Soif» y me los envió desde París. Es un privilegio y una Gracia, y da a mi poemario un valor agregado desde el punto de vista estético.
Y todo lo demás lo hizo François Xavier, poeta y ensayista francés –pura luz–, uno de los prologuistas, y gracias a quien conocí la poesía de Mahmoud-Darwich, síntesis y trascendencia. El resto lo hizo París, con el misterio de amor que hay entre esa ciudad y yo, y Oscar Barney Finn, autor del segundo prólogo; artista de primera línea como director de cine, teatro y televisión, y como reggisseur de opera.
- ¿Cuál es la importancia de Jorge Luis Borges para la poesía argentina?
- Borges es el más universal de los poetas argentinos y del mundo. Como bien me dijo en una entrevista reciente María Kodama, su esposa, las dos grandes revoluciones en la lengua española se dieron con Rubén Darío y el modernismo; y con Borges y el cambio que impuso en la narrativa, fundamentalmente porque él fue sobre todo un poeta.
- ¿Crees que los países latinoamericanos valoran las raíces poéticas de Borges?
- Sí, como en todo el mundo, pero creo que los poetas latinoamericanos comprometidos en un «basta» a los párpados-letargo, lo vemos como un modelo de las letras, pero no como un alma par de lucha en y con la palabra. No es sencillo el tema...
- Si pudieras ser un animal, ¿cuál serías y por qué?
- Ninguno. Yo quiero ser cada día mejor persona y trabajo conmigo para eso... Claro, si pienso en «Los cisnes silvestres de Coole», de William Yeats, o en aquellos versos de este inmenso poeta: «... aunque es tu voluntad de pájaro silvestre / Sabrías que tu pelo prisionero / Se anudaba al sol, a la luna, a las estrellas...»..., si pienso en Yeats, entonces soy cisne y soy pájaro silvestre.
- Si tuvieras que fotografiar tus versos ¿serían en fotografías a color, en blanco y negro o en negativos?
- Mi primer impulso es decirte que serían en blanco y negro, por la belleza de ese lenguaje en las fotografías. Pero no. Algo en mí se rebela y me dice otra vez: ¡Basta! Basta de ennegrecer la noche de un mundo en sombras. Mis decires en «Soif» son un grito en silencio –abomino del ruido– por el color y por la alegría. Entonces haría fotos como arco iris, pero con colores suaves y armoniosos... como los ojos de la arena cuando el mar la acaricia.
- ¿Cuál es la visión del mundo que intentas plasmar en tus creaciones?
- Este, al que te invito ya mismo... ¡Vamos Mai, vamos ya mismo a tomar las armas: vamos a juntar palabras y a esparcirlas por el mundo!
- ¿Existe optimismo o pesimismo en la creación poética?
- Me parece que existe una actitud pesimista, optimista, escéptica o indiferente ante la vida, y que es inseparable de la creación poética.
- ¿En qué te inspiras para crear tus obras?
- Recuerdo aquello de que «la inspiración es talento y transpiración». No creo en la inspiración. Sí, en estados del alma, de la imaginación y de los sentidos, que se alertan cuando pasan los ángeles. De todos modos, puedo decirte que en mí despierta muchas cosas el cielo: necesito cielo, tengo sed de cielo; y de música... de esa música que parece también del Azul, como el «Stabat Mater» o «Nulla in mundo Pax Sincera», de Vivaldi, o como todo lo de Marin Marais o del clave de Louis Couperin; y me despiertan las caras de las personas que veo en la calle, el mar.. Y «mi» París amado, y la pintura, particularmente las obras de Odilon Redon y de Eugène Carrière... que son ya un poema de mi próximo libro, que espero publicar este año.
- ¿Un libro llama al otro?
- Mira, con «Soif» nació un libro y me nace otra vida. Pero –también– termina una etapa en mí. Entonces empieza otra, y entonces yo miro por mi propia mirilla, pero no veo... no puedo... y no sé cómo es ni será esa vida. Lo único que sé es que me re-nazco. Y ahí está el misterio. Lo único que sé es que me re-nazco.
- ¿Cómo empezó en ti el ansia de escribir poesía, desde cuándo te dedicas a esto?
- Nací con la poesía incorporada, como si fuera una célula más del cuerpo y una fibra más del espíritu. A los tres años recitaba y a los cuatro escribía «poemas», que nunca quise publicar y que tiré. Pero también tuvo mucho que ver Rosita («Chiquita») Batmalle, mi mamá. Ella era la poesía. Ella era el amor.
- ¿Es difícil ser poeta en el siglo XXI?
- Es difícil ser persona en este siglo, y es difícil vivir como poeta, pero es irremediable. Como la obstinación de las enredaderas.
*Cristina Castello es poeta y periodista, bilingüe (español-francés) y vive entre Buenos Aires y París.
http://www.cristinacastello.com/
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* Este artículo es de libre de reproducción, a condición de respetar su integralidad y de mencionar a la autora.
Traduction en espagnol faite par
Patricia J.Pioli




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