par Allan McDONALD
Traduit par Esteban G. Édité par Fausto Giudice
Avant, quand la vie n'était pas à la mode et que le monde était un chemin de pierres brunes, à l’époque des années jeep vert olive, des chocolats lancés à la volée, de l'Alliance pour le Progrès, qui arrivait déguisée en lait en poudre pour les enfants pauvres de mon école, c’étaient les fabuleuses années 80, les années où je sortais de ma maison pour faire voler des cerfs-volants face au vent qui soufflait sans retenue dans le ciel et j’écoutais les vieux parler d’un certain Custodio, un homme d'acier, empreint d’héroïsme : il accusait ouvertement les militaires et était le défenseur, le réconfort de la démocratie blessée de cette époque verte.Le temps s'est évaporé comme une aube et nous avons survécu comme des crabes sur une plage de pélicans morts, nous tous qui avons traversé la frontière de l'espoir pour parvenir aux années 90.
Je venais alors d’avoir 17 ans, caricaturiste de toujours et travaillant déjà au journal, je publiais chaque jour ma caricature et chaque samedi ma page d'humeur, en croyant fermement que l'utopie d'un pays meilleur nous indique le destin de la rébellion, j'ai toujours pensé ainsi, toujours ; et au cours d’un de ces mémorables après-midis, un de ceux où l’on garde dans le magasin de l'âme afin qu'il ne tombe pas dans l’oubli, je marchais dans le quartier Dolores, en direction d’une bibliothèque du Comité pour la Défense des Droits Humains au Honduras : le Codeh, qui à cette époque était dans cette zone, où le marché des cris des vendeurs frustrés se mélangeait avec les prières de l'église, cet autre marché de crucifix desséchés.
J’étais entré au Codeh et j’avais sollicité de l’aide pour une recherche de caricatures anciennes ; je cherchais au milieu de papiers jaunâtres, de la poussière et de la lumière, cet endroit me paraissait comme un grenier de souvenirs, soudain le docteur Ramón Custodio s’est dressé face à moi, ce vieux mythique, avec sa moustache incrustée dans la peau comme une feuille emmêlée dans les racines de son visage tanné par des batailles, son regard centré dans le mouvement des mains, qu’il gardait dans les poches du pantalon gris, une chemise blanche et les cheveux ébouriffés qui volaient comme une hirondelle suicide dans l’été de ces années ; il m’a serré la main. « Oh !, petit, ça faisait un moment que je voulais te connaître, te saluer et prendre un café pour parler de ton travail… » ; on percevait sa fatigue mais ses paroles étaient emplies de sincérité. Nous nous sommes assis et avons parlé des choses dures du pays, de la transition confuse de la crise politique à la crise économique ; c'étaient les années du callejismo*, du pillage permanent ; il lui paraissait curieux que lui et moi, encore adolescent, en cette année 90, nous puissions discuter comme dans un conte de vieux et de gamins, à la lumière d’une lampe givrée par la poussière de vieux quotidiens déjà lus ; alors que nous prenions congé pour suivre nos agendas inventés par les curieux du temps, le docteur me pose la main sur l'épaule et dit ces difficiles paroles du bon grand-père au petit-fils bagarreur, que je n’ai jamais oublié :
« Écoute, petit, as-tu des enfants ? »
« Non », ai-je répondu, imaginant mes lacunes émotionnelles dans le cœur perdu, n’ayant jamais imaginé comment serait mon enfant.
« Regarde, petit, aujourd'hui tu es un bon caricaturiste, fort, très rebelle, mais demain, quand tu auras des enfants, tu oublieras tout ceci et tu penseras, c’est normal, à comment nourrir tes enfants, tu verras », fut le verdict du bon grand-père, il fit demi-tour pour se perdre dans la lumière artificielle au milieu de la poussière et des papiers qui volaient comme dans un carrousel d’oublis.
Presque 20 ans sont déjà passés depuis cette année 1990 où j’ai rencontré don Ramón, et l’histoire a marqué nos vies, lui en faisant ses choses et moi les miennes, en publiant ma caricature quotidienne ; je l'ai dessiné quelquefois quand il a lancé sa candidature indépendante à la présidence, sans pouvoir réunir les signatures que la pantomime de la démocratie exige pour entrer dans le cirque, ensuite je l’ai vu en technicolor au Congrès, en levant la main droite devant la faune de pantins qui l’élisait nouveau Commissaire national aux Droits Humains, cette classe qui le détestait, le haïssait au point d’avoir même mis sa tête à prix, lui donnait le prix de cette matière que le docteur connaissait plus en théorie qu’en pratique.
Aujourd'hui, alors qu’il n'y a pas de mots ni d’excuses ni de garçons curieux ni de vieux sages, aujourd'hui en plein pays de facto, dans le face à face de la rue, chacun portant la croix de sa dignité, que ce soient ceux qui comme nous qui avons marché dans la lumière de la victoire certaine d'une démocratie de luttes et d'actes nobles pour défendre la patrie perdue ou ceux qui s’enferment dans leurs bureaux aux tables d'acajou fin, avec des tiroirs emplis de poussières humides de la nostalgie tombée en désuétude et la photo décrochée du président élu, arrachée avec servilité pour mettre celle de l'impur, et derrière, ce petit drapeau bleu et blanc, humble au pied de la hampe, mon drapeau simple qui enveloppe les sourds et les aveugles, les lépreux de la peur et les héros tombés face à la trique arrogante de la rancœur.
Le docteur est là sur la chaîne nationale, avec son visage désormais effacé des archives de la CIA, face aux porte-paroles du système, disant que les morts n'existent pas, que l'armée utilise des balles en caoutchouc, que l'innocence des hommes d'honneur est prouvée, que peut-être c’est une balle communiste qui a atteint un rebelle maladroit, qui croit dans cette fade promesse de la patrie… Vous voyez, les amis, moi qui n'ai jamais touché une arme, moi qui n'ai jamais placé la photo d'aucun président derrière ma table à dessin, moi qui ai toujours dessiné sans me cacher, je me suis levé en ayant peur, j’ai couru au berceau de ma fillette, celle que le docteur m’avait annoncée il y a 20 ans, la petite Abril, et je l’ai couverte avec mes mains, je l'ai embrassée, je lui ai chanté une chanson d'amour, je lui ai couvert les yeux pour qu'elle ne voie pas l'homme que j’avais tant admiré, et j’ai conté à ma petite ce que le docteur disait : « Regarde, petit, je sais que quand tu auras des enfants, tu penseras différemment » ; et c'est vrai, je pense différemment, avec ma fille à charge, je dois être rebelle, avoir de la dignité jusqu'à la fin, pour ne pas me transformer en un homme en caoutchouc, et quand les années passeront et que ma fille Abril pourra faire voler des cerfs-volants, elle pensera à moi comme cet homme qui n'a pas trahi, il pleuvra sur elle ce jour-là, mais elle ne se sentira pas triste, ma fille aura alors un nouveau pays…
* Callejismo : période de la présidence de Rafael Leonardo Callejas Romero, de 1990 à 1994.
Source : Tlaxcala - El hombre de hule
Article original publié le 7/8/2009
Sur l’auteur
Esteban G. est rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, Fausto Giudice est rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste. Tous deux sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8328&lg=fr
* * *
Yo y el comisionado nacional de los derechos humanos de Honduras
HONDURAS: El hombre de hule
AUTOR: Allan McDONALD
Para Abril
Antes, cuando la vida no estaba de moda y el mundo era un camino de piedras pardas, eran los años de los jeep verde olivo, de los chocolates a la garduña, de la Alianza para el Progreso, que venía disfrazada de leche en polvo para los niños pobres de mi escuela, eran los fabulosos 80s, eran los años en que yo me salía de mi casa a volar barriletes frente al viento que corría desbocado por el cielo y escuchaba a los viejos hablar de un tal Custodio, un hombre de acero, templado en el heroísmo de acusar abiertamente a los militares y de ser el defensor, el paño de lágrimas de la democracia herida en esa verde época.
El tiempo se fue evaporando como en un amanecer y sobrevivimos como cangrejos en una playa de alcatraces muertos todos los que cruzamos la frontera de la esperanza para llegar a los años 90s.
Yo entonces cumplía los 17, caricaturista de siempre y ya trabajando en el diario, publicando perpetuamente mi caricatura cotidiana y mi página de humor cada sábado, creyendo persistentemente que la utopía de un país mejor nos señale el destino de la rebelión, siempre pensé así, siempre; y en una tarde de esas memorables, de esas que uno cuida en el almacén del alma para que no caiga en el olvido, caminaba por el barrio los Dolores, rumbo a una hemeroteca del Comité para la Defensa de los Derechos Humanos en Honduras: Codeh, que en ese entonces quedaba en esa zona, donde el mercado de gritos de vendedores frustrados se revolvía con los rezos de la iglesia, ese otro mercado de crucifijos disecados.
Entré al Codeh y solicité ayuda para una investigación de caricaturas antiguas; buscaba entre papeles amarillentos, polvo y luz, aquello me parecía una bodega de recuerdos, de repente frente a mí se paró el doctor Ramón Custodio, el mítico viejo, con su bigote ensartado en la piel como una hoja enredada en las raíces de su rostro curtido de batallas, su mirada centrada en el movimiento de las manos, que las tenía metidas en la bolsa del pantalón gris, una guayabera blanca y el pelo que lo volaba como una golondrina suicida en el verano de los años; me estrechó la mano. “Ajá, muchacho, ya días quería conocerte, saludarte y tomar un café para que platiquemos mucho de tu trabajo…”, me dijo él con palabras cansadas y llenas de sinceridad; nos sentamos y hablamos de las cosas duras del país, de la transición confusa de la crisis política a la crisis económica; eran los años del callejismo,* los de la robancina nacional; le parecía curioso que yo entonces, adolecente aún, en pleno año 90, bajo una lámpara escarchada de periódicos ya leídos, platicáramos como en una historieta de viejos y cipotes; al despedirse por esos apuros de las agendas inventadas por los curiosos del tiempo, el doctor me puso la mano en el hombro y soltó esas palabras difíciles del abuelo bueno al nieto pendenciero, y nunca las olvidé:
“Mirá, muchacho, ¿tenés hijos?”
"No", respondí, imaginando mis lagunas emocionales en medio del corazón perdido y jamás en soñar cómo sería un hijo mío.
“Mirá, muchacho, hoy sos un caricaturista bueno, fuerte, de mucha rebeldía, pero mañana, cuando tengás hijos, vas a olvidarte de todo esto y pensarás en lo normal, en cómo darle de comer a los hijos, ya verás”, sentenció el abuelo bueno y dio esa media vuelta para perderse en la luz artificial entre el polvo y los papeles que volaban como en un carrusel ya de olvidos.
Han pasado casi 20 años ya después de ese 1990 que me encontré con don Ramón, y en todo eso marcó la vida una historia en cada uno, él haciendo sus cosas y yo las mías, publicando una caricatura diaria; lo dibujé un par de veces cuando lanzó su candidatura independiente a la presidencia, sin lograr reunir las firmas que la pantomima de la democracia exige para entrar al circo, y luego lo vi en tecnicolor dentro del congreso, levantando la mano derecha ante la fauna de velones que lo elegían como el nuevo comisionado nacional de Derechos Humanos, aquella clase que lo detestaba, que lo odiaba y hasta había puesto precio a su cabeza, le daban el premio de esa materia que el doctor conocía de memoria, más que de tacto.
Hoy, que ya no hay palabras ni excusas ni muchachos curiosos ni viejos doctos, hoy en pleno país de facto, en la calle frente a frente, cada uno con la paz de su dignidad a cuestas, los que marchamos en la luz de la victoria certera de una democracia de luchas y de actos nobles por defender la patria perdida y los que se encierran en sus oficinas con escritorios de caoba fina, con gavetas llenas de polvos húmedos de la nostalgia caída en desuso y la foto descolgada del presidente electo, y arrancada con servilismo y puesta la del espurio, y atrás esa banderita azul y blanco, humilde al pie del asta, sencilla mi bandera que envuelve a los sordos y a los ciegos, a los leprosos de miedo y a los héroes caídos de frente al tolete soberbio del rencor.
Allí está el doctor en cadena nacional, con su mirada ya borrada de los archivos de la CIA, frente a los altavoces del sistema, diciendo que los muertos no existen, que el ejército usa balas de hule, que la inocencia de los hombres de honor está probada, que a lo mejor a un revoltoso torpe, que cree en esa pálida promesa de la patria, se le disparó una bala comunista… Ya ven, amigos, yo que nunca he tocado un arma, yo que nunca he colocado detrás de mi mesa de dibujo la foto de ningún presidente, yo que siempre dibujé de frente, me he levantado asustado, corriendo a la cuna de mi pequeña hija, esa que el doctor anunció 20 años atrás, la pequeña Abril, y la he cubierto con mis manos, la he abrazado, le he cantado una canción de amor, le he tapado los ojos para que no mire al hombre aquel que yo admiré tanto, y contarle a mi pequeña lo que el doctor decía, “Mirá, muchacho, sé que cuando tengas tus hijos pensarás diferente”; y es verdad, pienso diferente, con mi hija a cuestas, debo ser rebelde, tener dignidad hasta el fin, para no convertirme en un hombre de hule, y cuando pasen los años y mi Abril pueda volar barriletes, pensará en mí como aquel hombre que no traicionó, y lloverá ese día sobre ella y no se sentirá triste, ya para entonces mi hija tendrá un nuevo país...
* Callejismo, período de la presidencia de Rafael Leonardo Callejas Romero, desde 1990 hasta 1994.
Fuente: el autor
Artículo original publicado el 7 de agosto de 2009
Sobre el autor
Allan McDonald es miembro de Tlaxcala, la red de traductores por la diversidad lingüística. Su sitio web es http://www.allanmcdonald.com. Este artículo se puede reproducir libremente a condición de respetar su integridad y mencionar al autor y la fuente.
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HONDURAS: El hombre de hule
AUTOR: Allan McDONALD
Para Abril
Antes, cuando la vida no estaba de moda y el mundo era un camino de piedras pardas, eran los años de los jeep verde olivo, de los chocolates a la garduña, de la Alianza para el Progreso, que venía disfrazada de leche en polvo para los niños pobres de mi escuela, eran los fabulosos 80s, eran los años en que yo me salía de mi casa a volar barriletes frente al viento que corría desbocado por el cielo y escuchaba a los viejos hablar de un tal Custodio, un hombre de acero, templado en el heroísmo de acusar abiertamente a los militares y de ser el defensor, el paño de lágrimas de la democracia herida en esa verde época.
El tiempo se fue evaporando como en un amanecer y sobrevivimos como cangrejos en una playa de alcatraces muertos todos los que cruzamos la frontera de la esperanza para llegar a los años 90s.
Yo entonces cumplía los 17, caricaturista de siempre y ya trabajando en el diario, publicando perpetuamente mi caricatura cotidiana y mi página de humor cada sábado, creyendo persistentemente que la utopía de un país mejor nos señale el destino de la rebelión, siempre pensé así, siempre; y en una tarde de esas memorables, de esas que uno cuida en el almacén del alma para que no caiga en el olvido, caminaba por el barrio los Dolores, rumbo a una hemeroteca del Comité para la Defensa de los Derechos Humanos en Honduras: Codeh, que en ese entonces quedaba en esa zona, donde el mercado de gritos de vendedores frustrados se revolvía con los rezos de la iglesia, ese otro mercado de crucifijos disecados.
Entré al Codeh y solicité ayuda para una investigación de caricaturas antiguas; buscaba entre papeles amarillentos, polvo y luz, aquello me parecía una bodega de recuerdos, de repente frente a mí se paró el doctor Ramón Custodio, el mítico viejo, con su bigote ensartado en la piel como una hoja enredada en las raíces de su rostro curtido de batallas, su mirada centrada en el movimiento de las manos, que las tenía metidas en la bolsa del pantalón gris, una guayabera blanca y el pelo que lo volaba como una golondrina suicida en el verano de los años; me estrechó la mano. “Ajá, muchacho, ya días quería conocerte, saludarte y tomar un café para que platiquemos mucho de tu trabajo…”, me dijo él con palabras cansadas y llenas de sinceridad; nos sentamos y hablamos de las cosas duras del país, de la transición confusa de la crisis política a la crisis económica; eran los años del callejismo,* los de la robancina nacional; le parecía curioso que yo entonces, adolecente aún, en pleno año 90, bajo una lámpara escarchada de periódicos ya leídos, platicáramos como en una historieta de viejos y cipotes; al despedirse por esos apuros de las agendas inventadas por los curiosos del tiempo, el doctor me puso la mano en el hombro y soltó esas palabras difíciles del abuelo bueno al nieto pendenciero, y nunca las olvidé:
“Mirá, muchacho, ¿tenés hijos?”
"No", respondí, imaginando mis lagunas emocionales en medio del corazón perdido y jamás en soñar cómo sería un hijo mío.
“Mirá, muchacho, hoy sos un caricaturista bueno, fuerte, de mucha rebeldía, pero mañana, cuando tengás hijos, vas a olvidarte de todo esto y pensarás en lo normal, en cómo darle de comer a los hijos, ya verás”, sentenció el abuelo bueno y dio esa media vuelta para perderse en la luz artificial entre el polvo y los papeles que volaban como en un carrusel ya de olvidos.
Han pasado casi 20 años ya después de ese 1990 que me encontré con don Ramón, y en todo eso marcó la vida una historia en cada uno, él haciendo sus cosas y yo las mías, publicando una caricatura diaria; lo dibujé un par de veces cuando lanzó su candidatura independiente a la presidencia, sin lograr reunir las firmas que la pantomima de la democracia exige para entrar al circo, y luego lo vi en tecnicolor dentro del congreso, levantando la mano derecha ante la fauna de velones que lo elegían como el nuevo comisionado nacional de Derechos Humanos, aquella clase que lo detestaba, que lo odiaba y hasta había puesto precio a su cabeza, le daban el premio de esa materia que el doctor conocía de memoria, más que de tacto.
Hoy, que ya no hay palabras ni excusas ni muchachos curiosos ni viejos doctos, hoy en pleno país de facto, en la calle frente a frente, cada uno con la paz de su dignidad a cuestas, los que marchamos en la luz de la victoria certera de una democracia de luchas y de actos nobles por defender la patria perdida y los que se encierran en sus oficinas con escritorios de caoba fina, con gavetas llenas de polvos húmedos de la nostalgia caída en desuso y la foto descolgada del presidente electo, y arrancada con servilismo y puesta la del espurio, y atrás esa banderita azul y blanco, humilde al pie del asta, sencilla mi bandera que envuelve a los sordos y a los ciegos, a los leprosos de miedo y a los héroes caídos de frente al tolete soberbio del rencor.
Allí está el doctor en cadena nacional, con su mirada ya borrada de los archivos de la CIA, frente a los altavoces del sistema, diciendo que los muertos no existen, que el ejército usa balas de hule, que la inocencia de los hombres de honor está probada, que a lo mejor a un revoltoso torpe, que cree en esa pálida promesa de la patria, se le disparó una bala comunista… Ya ven, amigos, yo que nunca he tocado un arma, yo que nunca he colocado detrás de mi mesa de dibujo la foto de ningún presidente, yo que siempre dibujé de frente, me he levantado asustado, corriendo a la cuna de mi pequeña hija, esa que el doctor anunció 20 años atrás, la pequeña Abril, y la he cubierto con mis manos, la he abrazado, le he cantado una canción de amor, le he tapado los ojos para que no mire al hombre aquel que yo admiré tanto, y contarle a mi pequeña lo que el doctor decía, “Mirá, muchacho, sé que cuando tengas tus hijos pensarás diferente”; y es verdad, pienso diferente, con mi hija a cuestas, debo ser rebelde, tener dignidad hasta el fin, para no convertirme en un hombre de hule, y cuando pasen los años y mi Abril pueda volar barriletes, pensará en mí como aquel hombre que no traicionó, y lloverá ese día sobre ella y no se sentirá triste, ya para entonces mi hija tendrá un nuevo país...
* Callejismo, período de la presidencia de Rafael Leonardo Callejas Romero, desde 1990 hasta 1994.
Fuente: el autor
Artículo original publicado el 7 de agosto de 2009
Sobre el autor
Allan McDonald es miembro de Tlaxcala, la red de traductores por la diversidad lingüística. Su sitio web es http://www.allanmcdonald.com. Este artículo se puede reproducir libremente a condición de respetar su integridad y mencionar al autor y la fuente.
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