
Mondialisation.ca,
Le 7 aout 2009
De G8 en G20, beaucoup de chefs d’Etats et de gouvernements aiment à répéter que rien ne sera plus comme avant. Le monde change, la crise l’a même bouleversé ; nos façons de penser et d’agir en termes de régulation financière, de relations internationales ou d’aide au développement doivent donc, nous disent-ils, évoluer de même. Mais de nombreux exemples contredisent hélas toutes ces belles paroles. La situation dans laquelle se trouve l’Islande à la suite de l’implosion de son système bancaire et de la nationalisation en urgence de ses trois principales banques (Kaupthing, Landbanski et Glitnir) en est sans doute l’un des plus significatifs. Ce petit pays de 320.000 habitants voit peser aujourd’hui sur ses épaules 100 Milliards de dollars de dettes, avec lesquelles l’immense majorité de sa population n’a strictement rien à voir et dont elle n’a pas les moyens de s’acquitter.
J’ai été amenée à m’intéresser à l’Islande en raison de mon travail de conseillère pour l’enquête pénale sur les causes de la défaillance de ses banques, à l’origine de ses difficultés. Mais mon propos ne concerne pas cette enquête ; il l’excède largement. Je ne suis par ailleurs en rien la porte-parole du gouvernement islandais, dont les responsabilités dans tout cela ne sont évidemment pas négligeables. Son prédécesseur a même été contraint à la démission, l’opinion s’étant élevée contre les collusions d’intérêt et le fonctionnement clanique des institutions, cause de tous ses maux. Emue par le destin de ce peuple méritant et attachant, et par l’absence totale de débats dans les médias européens sur le sort qui lui est réservé, je souhaite simplement attirer l’attention de l’opinion publique sur les enjeux auxquels renvoie ce dossier – des enjeux considérables et qui ne se cantonnent pas aux seuls rivages de cette île. L’attitude irresponsable de certains Etats, de l’UE et du FMI face à l’effondrement de l’économie islandaise démontre leur incapacité à tirer les leçons de la remise en cause radicale du modèle qu’elle incarnait – celui de la dérégulation à outrance des marchés, en particulier des marchés financiers, que la plupart de ces mêmes acteurs ont contribué à mettre en place.
Prenons d’abord les exigences du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Ces pays sont concernés par la faillite des banques islandaises car ils avaient accueilli à bras ouverts leurs filiales et succursales, alors même que leurs autorités avaient été alertées au moins partiellement des risques qui pesaient sur ces banques. Ils exigent aujourd’hui que l’Islande leur verse des sommes astronomiques (plus de 2.7 Mds d’euros pour le Royaume-Uni et plus de 1.3 Mds d’euros pour les Pays-Bas), assorties d’un taux d’intérêt de 5.5%. Ils estiment que c’était à elle de garantir les dépôts réalisés auprès d’Icesave, une succursale Internet de Lanbanski qui offrait des taux défiant toute concurrence. Ils ont eux-mêmes décidé de fixer cette garantie non pas à 20.000 euros environ par dépôts, comme le prévoyaient les textes européens et islandais au moment de la faillite de Landbanski – ce qui était déjà impossible à tenir pour le gouvernement islandais, qui avait très vite annoncé après avoir nationalisé ses banques qu’il ne pourrait garantir que les dépôts réalisés en Islande même – mais à 50.000 euros, à 100.000 euros par dépôt, voire au-delà. Par ailleurs leurs mesures pour l’y contraindre sont scandaleuses. Le Royaume-Uni a ainsi commencé, dès le tout début du mois d’octobre, par une mesure de rétorsion extrême : le gel des avoirs de la banque Kaupthing, qui n’avait elle-même aucun rapport avec Icesave, en usant de sa législation anti-terroriste. Ce faisant, il mettait les Islandais, ses alliés au sein de l’Otan, dans la même catégorie que des organisations comme Al Qaida… Et depuis il semble peser de tout son poids pour qu’aucune aide internationale ne soit réellement mise en place au profit de l’Islande avant qu’il ait obtenu satisfaction. Gordon Brown a ainsi indiqué devant son Parlement travailler « avec le FMI » pour déterminer au mieux ce qu’il estimait être en droit de réclamer à l’Islande. Quant au FMI lui-même, non content de tarder à mettre ses prêts à disposition de l’Islande, il les assortit de conditions que l’on trouverait grotesques s’il s’agissait d’une fiction. C’est le cas avec l’objectif de ramener le déficit public de l’Islande à zéro d’ici 2013, un objectif impossible à tenir mais qui n’en entraînera pas moins d’énormes coupes dans les dépenses les plus indispensables que sont l’éducation, la santé publique, la sécurité sociale, etc. Enfin, de manière générale, l’attitude de l’UE comme d’autres Etats européens n’est guère plus recommandable. La Commission européenne a clairement pris fait et cause pour le Royaume-Uni, puisque son Président a indiqué dès le mois de novembre qu’il n’y aurait pas d’aide européenne tant que le cas Icesave ne serait pas résolu ; il est vrai que M. Barroso, trop occupé par sa propre campagne et terrorisé à l’idée de se mettre à dos son principal soutien, Londres, est comme à son habitude dépassé par les événements. De même les pays absence scandinaves, pourtant hérauts de la solidarité internationale, brillent avant tout par leur de réaction face au chantage dont est victime l’Islande – ce qui a de quoi nuancer la générosité de l’aide qu’ils lui ont promis.
M. Brown a tort quand il dit que son gouvernement et lui-même n’ont aucune responsabilité dans l’affaire. M. Brown a d’abord une responsabilité morale, ayant été l’un des principaux promoteurs de ce modèle dont on voit aujourd’hui qu’il marche sur la tête. Mais il a aussi une responsabilité dans le sens où il ne peut en réalité s’abriter derrière le statut légal d’Icesave – qui la faisait dépendre formellement des autorités bancaires islandaises – pour dire que le Royaume-Uni n’avait ni les moyens ni la légitimité pour en superviser les activités. Comment aurait-on pu imaginer que 50 personnes à Reykjavik auraient pu contrôler efficacement les activités d’une banque au coeur de la City ? C’est d’ailleurs à noter, les directives européennes consacrées aux conglomérats financiers semblent bien indiquer que les Etats membres de l’UE qui autorisent l’entrée sur leur territoire de tels établissements originaires d’un pays tiers doivent s’assurer qu’ils bénéficient d’un même degré de contrôle de la part des autorités de leur Etat d’origine que ce que les textes européens prévoient. Ainsi y a-t-il peut-être eu défaillance, sur ce point, des autorités britanniques – ce qui ne serait pas très étonnant, lorsque l’on voit les « performances » d’autres banques anglaises au cours de la crise financière, qui elles n’étaient aucunement originaire d’Islande… L’activisme de M. Brown face à ce petit pays ne s’expliquerait alors que par une volonté de paraître puissant aux yeux de ses propres électeurs et contribuables, dont les pertes ne sauraient naturellement être minorées. Répétons-le, les institutions islandaises ont évidemment de fortes responsabilités dans l’affaire. Faut-il pour autant ignorer celles tout aussi considérables des autorités britanniques, et faire peser le tout sur le seul peuple islandais ?
Surtout l’Islande, qui ne dispose plus que de ses exportations pour tout revenu, ne pourra pas payer de telles dettes. L’accord sur Icesave que le Parlement islandais est supposé voter prochainement entraînerait pour l’Islande une dette qui équivaudrait à 700 Milliards de livres sterling pour le Royaume-Uni, et à 5.6 trillions de dollars pour les Etats-Unis. De même elle ne pourra pas supprimer son déficit en moins de cinq ans alors que ce dernier explose plus que jamais, y compris pour les grandes puissances – le Royaume-Uni et les Etats-Unis en fournissant là encore un très bon exemple. A moins de ne changer radicalement d’approche, l’Europe et le FMI s’apprêtent donc à accomplir un véritable exploit : ravaler un pays dont l’IDH s’était hissé en quelques décennies au plus haut niveau mondial au rang de pays pauvre… Conséquence : les Islandais, pour la plupart hautement qualifiés et polyglottes et travaillant beaucoup avec les pays nordiques, où ils sont très facilement assimilables, commencent déjà à émigrer (8.000 d’entre eux sont d’ors et déjà partis, ce qui est loin d’être négligeable). Au final, ni le FMI, ni l’Angleterre ou les Pays-Bas ne pourront être remboursés ; ne resteront plus en Islande que quelques dizaines de milliers de pêcheurs retraités, ainsi que des ressources naturelles et une position géostratégique des plus importantes et à la merci du plus offrant – la Russie, par exemple, pourrait fort bien y voir un certain intérêt.
Il existe pourtant des solutions alternatives. Les pays de l’Union européenne auraient ainsi pu réfléchir à un mécanisme permettant de mieux prendre en compte leurs propres responsabilités dans l’affaire, à vraiment mieux réguler les marchés financiers, voire à répercuter sur eux-mêmes, pour avoir failli dans leurs missions de supervision bancaire, une partie au moins de cette dette – ce que les textes européens n’interdisent en rien. Ils auraient pu proposer à l’Islande, qui n’a évidemment aucune expérience en la matière, de l’assister dans l’enquête qu’elle cherche à mener pour comprendre ce qui s’est réellement passé et analyser en profondeur les causes de ce désastre ; ils auraient même pu en profiter pour lancer pour eux-mêmes une réflexion autour d’un parquet européen en charge des affaires concernant la grande criminalité transnationale, notamment financière – ce que là encore les textes européens permettent d’envisager. Et de même le FMI et son Directeur général auraient pu profiter de cette occasion pour revoir en profondeur le type de conditionnalités qu’il adjoint à ses prêts. Ils auraient pu les rendre plus réalistes, plus soucieuses de long terme, et leur permettre d’intégrer un minimum de considérations sociales. Cela aurait été un premier pas vers une réelle réforme des institutions multilatérales de ce type et des procédures de solidarité internationale – et pour M. Strauss-Kahn lui-même l’occasion de se constituer enfin un bilan à la tête du FMI.
Porter ce débat demandera évidemment beaucoup de temps et d’énergie, et une très grande vigilance – notamment au Parlement européen, où les discussions devraient être animées au cours des prochains mois. La présidence suédoise de l’UE ne semble en effet pas pressée de mieux réguler les secteurs financiers, et de plus les commissions à dominante économique du Parlement sont plus que jamais dominées par les libéraux – notamment des libéraux britanniques. Mais les outils, les leviers existent pour véritablement faire avancer les choses ; et pour qu’enfin une catastrophe comme celle de l’Islande puisse susciter une réponse internationale qui ait du sens, et non plus les pressions irresponsables et cyniques que nous pouvons voir encore aujourd’hui.
Cet article, envoyé par l'auteur, a également été publié dans le quotidien Le Monde, le 1er août 2009.
Eva Joly, ancienne magistrate, est députée européenne Verts et conseillère pour le gouvernement islandais dans l'enquête pénale sur les causes de la défaillance des banques.
© Droits d'auteurs Éva Joly, Mondialisation.ca, 2009
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J’ai été amenée à m’intéresser à l’Islande en raison de mon travail de conseillère pour l’enquête pénale sur les causes de la défaillance de ses banques, à l’origine de ses difficultés. Mais mon propos ne concerne pas cette enquête ; il l’excède largement. Je ne suis par ailleurs en rien la porte-parole du gouvernement islandais, dont les responsabilités dans tout cela ne sont évidemment pas négligeables. Son prédécesseur a même été contraint à la démission, l’opinion s’étant élevée contre les collusions d’intérêt et le fonctionnement clanique des institutions, cause de tous ses maux. Emue par le destin de ce peuple méritant et attachant, et par l’absence totale de débats dans les médias européens sur le sort qui lui est réservé, je souhaite simplement attirer l’attention de l’opinion publique sur les enjeux auxquels renvoie ce dossier – des enjeux considérables et qui ne se cantonnent pas aux seuls rivages de cette île. L’attitude irresponsable de certains Etats, de l’UE et du FMI face à l’effondrement de l’économie islandaise démontre leur incapacité à tirer les leçons de la remise en cause radicale du modèle qu’elle incarnait – celui de la dérégulation à outrance des marchés, en particulier des marchés financiers, que la plupart de ces mêmes acteurs ont contribué à mettre en place.
Prenons d’abord les exigences du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Ces pays sont concernés par la faillite des banques islandaises car ils avaient accueilli à bras ouverts leurs filiales et succursales, alors même que leurs autorités avaient été alertées au moins partiellement des risques qui pesaient sur ces banques. Ils exigent aujourd’hui que l’Islande leur verse des sommes astronomiques (plus de 2.7 Mds d’euros pour le Royaume-Uni et plus de 1.3 Mds d’euros pour les Pays-Bas), assorties d’un taux d’intérêt de 5.5%. Ils estiment que c’était à elle de garantir les dépôts réalisés auprès d’Icesave, une succursale Internet de Lanbanski qui offrait des taux défiant toute concurrence. Ils ont eux-mêmes décidé de fixer cette garantie non pas à 20.000 euros environ par dépôts, comme le prévoyaient les textes européens et islandais au moment de la faillite de Landbanski – ce qui était déjà impossible à tenir pour le gouvernement islandais, qui avait très vite annoncé après avoir nationalisé ses banques qu’il ne pourrait garantir que les dépôts réalisés en Islande même – mais à 50.000 euros, à 100.000 euros par dépôt, voire au-delà. Par ailleurs leurs mesures pour l’y contraindre sont scandaleuses. Le Royaume-Uni a ainsi commencé, dès le tout début du mois d’octobre, par une mesure de rétorsion extrême : le gel des avoirs de la banque Kaupthing, qui n’avait elle-même aucun rapport avec Icesave, en usant de sa législation anti-terroriste. Ce faisant, il mettait les Islandais, ses alliés au sein de l’Otan, dans la même catégorie que des organisations comme Al Qaida… Et depuis il semble peser de tout son poids pour qu’aucune aide internationale ne soit réellement mise en place au profit de l’Islande avant qu’il ait obtenu satisfaction. Gordon Brown a ainsi indiqué devant son Parlement travailler « avec le FMI » pour déterminer au mieux ce qu’il estimait être en droit de réclamer à l’Islande. Quant au FMI lui-même, non content de tarder à mettre ses prêts à disposition de l’Islande, il les assortit de conditions que l’on trouverait grotesques s’il s’agissait d’une fiction. C’est le cas avec l’objectif de ramener le déficit public de l’Islande à zéro d’ici 2013, un objectif impossible à tenir mais qui n’en entraînera pas moins d’énormes coupes dans les dépenses les plus indispensables que sont l’éducation, la santé publique, la sécurité sociale, etc. Enfin, de manière générale, l’attitude de l’UE comme d’autres Etats européens n’est guère plus recommandable. La Commission européenne a clairement pris fait et cause pour le Royaume-Uni, puisque son Président a indiqué dès le mois de novembre qu’il n’y aurait pas d’aide européenne tant que le cas Icesave ne serait pas résolu ; il est vrai que M. Barroso, trop occupé par sa propre campagne et terrorisé à l’idée de se mettre à dos son principal soutien, Londres, est comme à son habitude dépassé par les événements. De même les pays absence scandinaves, pourtant hérauts de la solidarité internationale, brillent avant tout par leur de réaction face au chantage dont est victime l’Islande – ce qui a de quoi nuancer la générosité de l’aide qu’ils lui ont promis.
M. Brown a tort quand il dit que son gouvernement et lui-même n’ont aucune responsabilité dans l’affaire. M. Brown a d’abord une responsabilité morale, ayant été l’un des principaux promoteurs de ce modèle dont on voit aujourd’hui qu’il marche sur la tête. Mais il a aussi une responsabilité dans le sens où il ne peut en réalité s’abriter derrière le statut légal d’Icesave – qui la faisait dépendre formellement des autorités bancaires islandaises – pour dire que le Royaume-Uni n’avait ni les moyens ni la légitimité pour en superviser les activités. Comment aurait-on pu imaginer que 50 personnes à Reykjavik auraient pu contrôler efficacement les activités d’une banque au coeur de la City ? C’est d’ailleurs à noter, les directives européennes consacrées aux conglomérats financiers semblent bien indiquer que les Etats membres de l’UE qui autorisent l’entrée sur leur territoire de tels établissements originaires d’un pays tiers doivent s’assurer qu’ils bénéficient d’un même degré de contrôle de la part des autorités de leur Etat d’origine que ce que les textes européens prévoient. Ainsi y a-t-il peut-être eu défaillance, sur ce point, des autorités britanniques – ce qui ne serait pas très étonnant, lorsque l’on voit les « performances » d’autres banques anglaises au cours de la crise financière, qui elles n’étaient aucunement originaire d’Islande… L’activisme de M. Brown face à ce petit pays ne s’expliquerait alors que par une volonté de paraître puissant aux yeux de ses propres électeurs et contribuables, dont les pertes ne sauraient naturellement être minorées. Répétons-le, les institutions islandaises ont évidemment de fortes responsabilités dans l’affaire. Faut-il pour autant ignorer celles tout aussi considérables des autorités britanniques, et faire peser le tout sur le seul peuple islandais ?
Surtout l’Islande, qui ne dispose plus que de ses exportations pour tout revenu, ne pourra pas payer de telles dettes. L’accord sur Icesave que le Parlement islandais est supposé voter prochainement entraînerait pour l’Islande une dette qui équivaudrait à 700 Milliards de livres sterling pour le Royaume-Uni, et à 5.6 trillions de dollars pour les Etats-Unis. De même elle ne pourra pas supprimer son déficit en moins de cinq ans alors que ce dernier explose plus que jamais, y compris pour les grandes puissances – le Royaume-Uni et les Etats-Unis en fournissant là encore un très bon exemple. A moins de ne changer radicalement d’approche, l’Europe et le FMI s’apprêtent donc à accomplir un véritable exploit : ravaler un pays dont l’IDH s’était hissé en quelques décennies au plus haut niveau mondial au rang de pays pauvre… Conséquence : les Islandais, pour la plupart hautement qualifiés et polyglottes et travaillant beaucoup avec les pays nordiques, où ils sont très facilement assimilables, commencent déjà à émigrer (8.000 d’entre eux sont d’ors et déjà partis, ce qui est loin d’être négligeable). Au final, ni le FMI, ni l’Angleterre ou les Pays-Bas ne pourront être remboursés ; ne resteront plus en Islande que quelques dizaines de milliers de pêcheurs retraités, ainsi que des ressources naturelles et une position géostratégique des plus importantes et à la merci du plus offrant – la Russie, par exemple, pourrait fort bien y voir un certain intérêt.
Il existe pourtant des solutions alternatives. Les pays de l’Union européenne auraient ainsi pu réfléchir à un mécanisme permettant de mieux prendre en compte leurs propres responsabilités dans l’affaire, à vraiment mieux réguler les marchés financiers, voire à répercuter sur eux-mêmes, pour avoir failli dans leurs missions de supervision bancaire, une partie au moins de cette dette – ce que les textes européens n’interdisent en rien. Ils auraient pu proposer à l’Islande, qui n’a évidemment aucune expérience en la matière, de l’assister dans l’enquête qu’elle cherche à mener pour comprendre ce qui s’est réellement passé et analyser en profondeur les causes de ce désastre ; ils auraient même pu en profiter pour lancer pour eux-mêmes une réflexion autour d’un parquet européen en charge des affaires concernant la grande criminalité transnationale, notamment financière – ce que là encore les textes européens permettent d’envisager. Et de même le FMI et son Directeur général auraient pu profiter de cette occasion pour revoir en profondeur le type de conditionnalités qu’il adjoint à ses prêts. Ils auraient pu les rendre plus réalistes, plus soucieuses de long terme, et leur permettre d’intégrer un minimum de considérations sociales. Cela aurait été un premier pas vers une réelle réforme des institutions multilatérales de ce type et des procédures de solidarité internationale – et pour M. Strauss-Kahn lui-même l’occasion de se constituer enfin un bilan à la tête du FMI.
Porter ce débat demandera évidemment beaucoup de temps et d’énergie, et une très grande vigilance – notamment au Parlement européen, où les discussions devraient être animées au cours des prochains mois. La présidence suédoise de l’UE ne semble en effet pas pressée de mieux réguler les secteurs financiers, et de plus les commissions à dominante économique du Parlement sont plus que jamais dominées par les libéraux – notamment des libéraux britanniques. Mais les outils, les leviers existent pour véritablement faire avancer les choses ; et pour qu’enfin une catastrophe comme celle de l’Islande puisse susciter une réponse internationale qui ait du sens, et non plus les pressions irresponsables et cyniques que nous pouvons voir encore aujourd’hui.
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Cet article, envoyé par l'auteur, a également été publié dans le quotidien Le Monde, le 1er août 2009.
Eva Joly, ancienne magistrate, est députée européenne Verts et conseillère pour le gouvernement islandais dans l'enquête pénale sur les causes de la défaillance des banques.
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Islandia o los falsos pretextos de la regulación post-crisis
por Éva Joly
De G8 en G20, a muchos jefes de Estado y de gobierno les gusta repetir que ya nada será como antes. El mundo cambia hasta el punto de que la crisis lo conmocionado; por consiguiente, dicen, nuestra maneras de pensar y de reaccionar en términos de regulación financiera, de relaciones internacionales o de ayuda al desarrollo deben evolucionar también. Pero, por desgracia, hay muchos ejemplos contradicen todas estas bellas palabras. La situación en la que se encuentra Islandia tras la implosión de su sistema bancario y de la nacionalización urgente de sus tres bancos principales (Kaupthing, Landbanski y Glitnir) sin duda es uno de los ejemplos más significativos. Este pequeño país de 320.000 habitantes ve hoy pesar sobre sus espaldas 100.000 millones de dólares en deudas con las que la inmensa mayoría de la población no tiene absolutamente nada que ver y de las que no tiene medios de librarse.
Mi trabajo de consejera para la investigación penal sobre las causas de la bancarrota de sus bancos, que está en el origen de sus dificultades, me llevó a interesarme por Islandia. Pero no voy a hablar de mi investigación, sino de algo que va mucho más allá. Por otra parte, no soy la portavoz del gobierno islandés, cuya responsabilidad en todo esto no es en absoluto desdeñable. Su predecesor se vio incluso obligado a dimitir ya que la opinión pública se había alzado contra las colusiones de interés y el funcionamiento de las instituciones como si estas fueran un clan, causa de todos los males. Emocionada por el destino de este pueblo digno de mejor suerte y entrañable, y por la ausencia total de debates en los medios de comunicación europeos sobre la suerte que le ha sido reservada, deseo simplemente atraer la atención de la opinión pública sobre los retos a los que remite este asunto, retos considerables y que no se limitan únicamente a las orillas de esta isla. La actitud irresponsable de algunos Estados, de la UE y del FMI frente al desmoronamiento de la economía islandesa demuestra su incapacidad para sacar lecciones del fallo radical del modelos que ella encarna, el de la desregulación a ultranza de los mercados, en particular de los mercados financieros, que la mayoría de estos mismos actores fundamentales han contribuido a establecer.
Tomemos en primer lugar las exigencias de Reino Unido y de los Países Bajos. Ambos países se han visto concernidos por la bancarrota de los bancos islandeses porque habían acogido con los brazos abiertos sus filiales y sucursales, aun cuando se había advertido a sus autoridades, parcialmente al menos, de los riesgos que pesaban sobre estos bancos. Hoy exigen que Islandia les entregue sumas astronómicas (más de 2.700 millones de euros en el caso de Reino Unido y más de 1.300 en el de los Países Bajos), acompañadas de una tasa de interés del 5.5%. Consideran que Islandia era quien debería garantizar los depósitos realizados en Icesave, una sucursal internet de Lanbanski que ofrecía tasas que desafiaban toda competencia. Ellos mismos han decidido fijar esta garantía no en unos 20.000 euros por depósitos, como preveían los textos europeos e islandeses en el momento de la bancarrota de Landbanski (lo cual ya era imposible de mantener para el gobierno islandés, que nada más nacionalizar sus bancos anunció rápidamente que no podría garantizar los depósitos realizados en la propia Islandia), sino en entre 50.000 y 100.000 euros por depósito, o incluso más. Por otra parte, sus medidas para obligar a Islandia son escandalosas. Así, desde primeros del mes de octubre Reino Unido empezó por una medida de represalia extrema: haciendo uso de su legislación antiterrorista, el congelamiento de los haberes del banco Kaupthing, que no tenía relación alguna con Icesave. Al hacerlo, ponía a los islandeses, sus aliados en el seno de la OTAN, en la misma categoría que organizaciones como al-Qaeda… Y a continuación parece que está utilizando toda su influencia para que no se establezca realmente ninguna ayuda internacional en beneficio de Islandia antes de haber obtenido satisfacción. Así, Gordon Brown indicó ante su Parlamento “estar trabajando con el FMI para determinar lo mejor posible lo que se calcula que tiene derecho a reclamar a Islandia”. Por lo que se refiere al propio FMI, no contento con tardar en poner a disposición de Islandia sus créditos, los acompaña de condiciones que serían grotescas si se tratara de una ficción. Un ejemplo de ello es el objetivo de llevar a cero el déficit público de Islandia de aquí a 2013, un objetivo imposible de cumplir, pero que no por eso dejará de provocar enormes recortes en los gastos más indispensables como son la educación, la sanidad pública, la seguridad social, etc. Finalmente, de manera general la actitud tanto de la UE como de los demás Estados europeos no es mucho más encomiable. La Comisión Europea ha defendido a capa y espada a Reino Unido ya que su presidente indicó ya desde el mes de mayo que no habría ayuda europea mientras no se resolviera el caso Icesave; es cierto que a Barroso, demasiado ocupado en su propia campaña y aterrorizado con la idea de enemistarse con su principal apoyo, Londres, le han superado, como de costumbre, los acontecimientos. Igualmente, los países escandinavos, heraldos sin embargo de la solidaridad internacional, brillan ante todo por su ausencia de reacción ante el chantaje del que es víctima Islandia, lo que cambia el cariz de la generosidad de la ayuda que le han prometido.
Brown se equivoca cuando afirma que su gobierno y él mismo no tiene responsabilidad alguna en este asunto. Brown tiene ante todo una responsabilidad moral ya que fue uno de los principales promotores de este modelo del que hoy se ve que se ha ido al garete. Pero también es responsable en el sentido de que en realidad no puede escudarse tras el estatuto legal de Icesave (que le hacía depender formalmente de las autoridades bancarias islandesas) para decir que Reino Unido no tenía ni los medios ni la legitimidad para supervisar sus actividades. ¿Como se podría imaginar que 50 personas en Reykjavik hubieran podido controlar eficazmente las actividades de un banco en el centro de la City [londinense]? Hay que indicar además que las directivas europeas consagradas a los conglomerados financieros parecen indicar claramente que los Estados miembro de la UE que autorizan la entrada en su territorio de estos establecimiento originarios de un país tercer deben asegurarse de que se benefician de un mismo grado de control por parte de las autoridades de su Estado de origen que el previsto por la legislación europea. Así, puede que las autoridades británicas haya fallado en este punto, lo que no sería sorprendente cuando se ven los “rendimientos” de otros bancos ingleses durante la financiera, sin relación en absoluto con Islandia… El activismo de Brown frente a este pequeño país sólo se explicaría entonces por una voluntad de parecer poderoso ante sus propios electores y contribuyentes, cuyas propias pérdidas no se pueden menospreciar. Por supuesto, las autoridades islandesas tienen una fuerte responsabilidad en este problema. Sin embargo, ¿significa esto que haya que ignorar las responsabilidades, igual de considerables, de las autoridades británicas y hacer caer todo el peso únicamente sobre el pueblo islandés?
Es indudable que Islandia, que no dispone de más ingresos que sus exportaciones, no podrá pagar semejantes deudas. El acuerdo sobre Icesave, que se supone que votará próximamente el Parlamento islandés, supondrá una deuda para Islandia que equivaldría a 700.000 millones de libras esterlinas para Reino Unido y a 5.6 trillones de dólares para Estados Unidos. Del mismo modo tampoco podrá suprimir su déficit en menos de cinco años cuando éste aumenta más que nunca, incluso en el caso de las grandes potencias (Reino Unido y Estados Unidos son, una vez más, un buen ejemplo de ello). Por consiguiente, a menos que cambien radicalmente de enfoque Europa y el FMI están a punto de realizar una auténtica hazaña: rebajar al rango de país pobre a un país cuyo Índice de Desarrollo Humano había subido en unos pocos años al nivel más alto… Consecuencia: los islandeses, la mayoría de ellos altamente cualificados y políglotas, y que trabajan mucho en los países nórdicos, donde se asimilan fácilmente, empiezan ya a emigrar (ya han partido 8.000 de ellos, lo que no es en absoluto desdeñable). Al final no se podrá reembolsar ni al FMI ni a Inglaterra o a los Países Bajos; en Islandia sólo quedarán algunas decenas de miles de pescadores jubilados, así como sus recursos naturales y una posición estratégica de las más importantes y a merced del mejor postor (Rusia, por ejemplo, podría muy bien tener cierto interés ahí).
Existen, sin embargo, soluciones alternativas. Los países de la Unión europea podían haber reflexionado sobre un mecanismo que permitiera asumir mejor sus propias responsabilidades en el asunto, mejorar la regulación de los mercados financieros e incluso asumir parte de la deuda (lo que no prohíbe en absoluto la legislación europea) por haber fracasado en su papel de supervisión bancaria. Hubieran podido proponer a Islandia, que evidentemente no tiene experiencia alguna en la materia, ayudarla en la investigación que trata de llevar a cabo para comprender lo que ha pasado realmente y analizar en profundidad las causas de este desastre; incluso habrían podido aprovechar la oportunidad para lanzar para ellos mismos su propio debate acerca de un ministerio fiscal europeo que se ocupara de las cuestiones concernientes a la gran criminalidad transnacional, sobre todo financiera (algo que la legislación europea también permite plantear). E igualmente el FMI y su director general hubieran podido aprovechar esta ocasión para revisar en profundidad el tipo de condiciones que añaden a sus préstamos. Hubieran podido hacer que fueran más realistas, más preocupadas por el largo plazo y permitirle integrar un mínimo de consideraciones sociales. Esto habría sido un primer paso hacia una reforma real de las instituciones multilaterales de este tipo y de los procedimientos de solidaridad internacional (y para el propio Strauss-Kahn la ocasión de dejar finalmente su impronta a la cabeza del FMI).
Evidentemente, emprender este debate exigirá mucho tiempo y energía, y una vigilancia muy grande, sobre todo en el Parlamento europeo donde se deberían organizar discusiones en el curso de los próximos meses. Con todo, no parece que la presidencia sueca de la UE tenga prisa por regular mejor los sectores financieros y las comisiones centradas en lo económico del Parlamento están dominadas más que nunca por los liberales, sobre todo los liberales británicos. Pero existen las herramientas, las palancas para hacer avanzar las cosas verdaderamente y para que, finalmente, una catástrofe como la de Islandia pueda suscitar una respuesta internacional que tenga sentido en vez de las presiones irresponsables y cínicas que podemos ver todavía hoy.
Este artículo, enviado por la autora, se publicó también en el periódico [francés] Le Monde el 1 de agosto de 2009.
Éva Joly, ex-juez de instrucción en Francia (el caso Elf Aquitania es el más conocido de los casos que investigó) y ex-asesora del gobierno noruego sobre casos de corrupción. Actualmente, es europarlamentaria de los Verdes y consejera del gobierno islandés en la investigación penal sobre las causas de la bancarrota de los bancos. También es miembro fundador de la Tax Justice Network.
Enlace con el original: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14693
Traducido del francés para Rebelión por Beatriz Morales Bastos
© Droits d'auteurs Éva Joly, Mondialisation.ca, 2009
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Mi trabajo de consejera para la investigación penal sobre las causas de la bancarrota de sus bancos, que está en el origen de sus dificultades, me llevó a interesarme por Islandia. Pero no voy a hablar de mi investigación, sino de algo que va mucho más allá. Por otra parte, no soy la portavoz del gobierno islandés, cuya responsabilidad en todo esto no es en absoluto desdeñable. Su predecesor se vio incluso obligado a dimitir ya que la opinión pública se había alzado contra las colusiones de interés y el funcionamiento de las instituciones como si estas fueran un clan, causa de todos los males. Emocionada por el destino de este pueblo digno de mejor suerte y entrañable, y por la ausencia total de debates en los medios de comunicación europeos sobre la suerte que le ha sido reservada, deseo simplemente atraer la atención de la opinión pública sobre los retos a los que remite este asunto, retos considerables y que no se limitan únicamente a las orillas de esta isla. La actitud irresponsable de algunos Estados, de la UE y del FMI frente al desmoronamiento de la economía islandesa demuestra su incapacidad para sacar lecciones del fallo radical del modelos que ella encarna, el de la desregulación a ultranza de los mercados, en particular de los mercados financieros, que la mayoría de estos mismos actores fundamentales han contribuido a establecer.
Tomemos en primer lugar las exigencias de Reino Unido y de los Países Bajos. Ambos países se han visto concernidos por la bancarrota de los bancos islandeses porque habían acogido con los brazos abiertos sus filiales y sucursales, aun cuando se había advertido a sus autoridades, parcialmente al menos, de los riesgos que pesaban sobre estos bancos. Hoy exigen que Islandia les entregue sumas astronómicas (más de 2.700 millones de euros en el caso de Reino Unido y más de 1.300 en el de los Países Bajos), acompañadas de una tasa de interés del 5.5%. Consideran que Islandia era quien debería garantizar los depósitos realizados en Icesave, una sucursal internet de Lanbanski que ofrecía tasas que desafiaban toda competencia. Ellos mismos han decidido fijar esta garantía no en unos 20.000 euros por depósitos, como preveían los textos europeos e islandeses en el momento de la bancarrota de Landbanski (lo cual ya era imposible de mantener para el gobierno islandés, que nada más nacionalizar sus bancos anunció rápidamente que no podría garantizar los depósitos realizados en la propia Islandia), sino en entre 50.000 y 100.000 euros por depósito, o incluso más. Por otra parte, sus medidas para obligar a Islandia son escandalosas. Así, desde primeros del mes de octubre Reino Unido empezó por una medida de represalia extrema: haciendo uso de su legislación antiterrorista, el congelamiento de los haberes del banco Kaupthing, que no tenía relación alguna con Icesave. Al hacerlo, ponía a los islandeses, sus aliados en el seno de la OTAN, en la misma categoría que organizaciones como al-Qaeda… Y a continuación parece que está utilizando toda su influencia para que no se establezca realmente ninguna ayuda internacional en beneficio de Islandia antes de haber obtenido satisfacción. Así, Gordon Brown indicó ante su Parlamento “estar trabajando con el FMI para determinar lo mejor posible lo que se calcula que tiene derecho a reclamar a Islandia”. Por lo que se refiere al propio FMI, no contento con tardar en poner a disposición de Islandia sus créditos, los acompaña de condiciones que serían grotescas si se tratara de una ficción. Un ejemplo de ello es el objetivo de llevar a cero el déficit público de Islandia de aquí a 2013, un objetivo imposible de cumplir, pero que no por eso dejará de provocar enormes recortes en los gastos más indispensables como son la educación, la sanidad pública, la seguridad social, etc. Finalmente, de manera general la actitud tanto de la UE como de los demás Estados europeos no es mucho más encomiable. La Comisión Europea ha defendido a capa y espada a Reino Unido ya que su presidente indicó ya desde el mes de mayo que no habría ayuda europea mientras no se resolviera el caso Icesave; es cierto que a Barroso, demasiado ocupado en su propia campaña y aterrorizado con la idea de enemistarse con su principal apoyo, Londres, le han superado, como de costumbre, los acontecimientos. Igualmente, los países escandinavos, heraldos sin embargo de la solidaridad internacional, brillan ante todo por su ausencia de reacción ante el chantaje del que es víctima Islandia, lo que cambia el cariz de la generosidad de la ayuda que le han prometido.
Brown se equivoca cuando afirma que su gobierno y él mismo no tiene responsabilidad alguna en este asunto. Brown tiene ante todo una responsabilidad moral ya que fue uno de los principales promotores de este modelo del que hoy se ve que se ha ido al garete. Pero también es responsable en el sentido de que en realidad no puede escudarse tras el estatuto legal de Icesave (que le hacía depender formalmente de las autoridades bancarias islandesas) para decir que Reino Unido no tenía ni los medios ni la legitimidad para supervisar sus actividades. ¿Como se podría imaginar que 50 personas en Reykjavik hubieran podido controlar eficazmente las actividades de un banco en el centro de la City [londinense]? Hay que indicar además que las directivas europeas consagradas a los conglomerados financieros parecen indicar claramente que los Estados miembro de la UE que autorizan la entrada en su territorio de estos establecimiento originarios de un país tercer deben asegurarse de que se benefician de un mismo grado de control por parte de las autoridades de su Estado de origen que el previsto por la legislación europea. Así, puede que las autoridades británicas haya fallado en este punto, lo que no sería sorprendente cuando se ven los “rendimientos” de otros bancos ingleses durante la financiera, sin relación en absoluto con Islandia… El activismo de Brown frente a este pequeño país sólo se explicaría entonces por una voluntad de parecer poderoso ante sus propios electores y contribuyentes, cuyas propias pérdidas no se pueden menospreciar. Por supuesto, las autoridades islandesas tienen una fuerte responsabilidad en este problema. Sin embargo, ¿significa esto que haya que ignorar las responsabilidades, igual de considerables, de las autoridades británicas y hacer caer todo el peso únicamente sobre el pueblo islandés?
Es indudable que Islandia, que no dispone de más ingresos que sus exportaciones, no podrá pagar semejantes deudas. El acuerdo sobre Icesave, que se supone que votará próximamente el Parlamento islandés, supondrá una deuda para Islandia que equivaldría a 700.000 millones de libras esterlinas para Reino Unido y a 5.6 trillones de dólares para Estados Unidos. Del mismo modo tampoco podrá suprimir su déficit en menos de cinco años cuando éste aumenta más que nunca, incluso en el caso de las grandes potencias (Reino Unido y Estados Unidos son, una vez más, un buen ejemplo de ello). Por consiguiente, a menos que cambien radicalmente de enfoque Europa y el FMI están a punto de realizar una auténtica hazaña: rebajar al rango de país pobre a un país cuyo Índice de Desarrollo Humano había subido en unos pocos años al nivel más alto… Consecuencia: los islandeses, la mayoría de ellos altamente cualificados y políglotas, y que trabajan mucho en los países nórdicos, donde se asimilan fácilmente, empiezan ya a emigrar (ya han partido 8.000 de ellos, lo que no es en absoluto desdeñable). Al final no se podrá reembolsar ni al FMI ni a Inglaterra o a los Países Bajos; en Islandia sólo quedarán algunas decenas de miles de pescadores jubilados, así como sus recursos naturales y una posición estratégica de las más importantes y a merced del mejor postor (Rusia, por ejemplo, podría muy bien tener cierto interés ahí).
Existen, sin embargo, soluciones alternativas. Los países de la Unión europea podían haber reflexionado sobre un mecanismo que permitiera asumir mejor sus propias responsabilidades en el asunto, mejorar la regulación de los mercados financieros e incluso asumir parte de la deuda (lo que no prohíbe en absoluto la legislación europea) por haber fracasado en su papel de supervisión bancaria. Hubieran podido proponer a Islandia, que evidentemente no tiene experiencia alguna en la materia, ayudarla en la investigación que trata de llevar a cabo para comprender lo que ha pasado realmente y analizar en profundidad las causas de este desastre; incluso habrían podido aprovechar la oportunidad para lanzar para ellos mismos su propio debate acerca de un ministerio fiscal europeo que se ocupara de las cuestiones concernientes a la gran criminalidad transnacional, sobre todo financiera (algo que la legislación europea también permite plantear). E igualmente el FMI y su director general hubieran podido aprovechar esta ocasión para revisar en profundidad el tipo de condiciones que añaden a sus préstamos. Hubieran podido hacer que fueran más realistas, más preocupadas por el largo plazo y permitirle integrar un mínimo de consideraciones sociales. Esto habría sido un primer paso hacia una reforma real de las instituciones multilaterales de este tipo y de los procedimientos de solidaridad internacional (y para el propio Strauss-Kahn la ocasión de dejar finalmente su impronta a la cabeza del FMI).
Evidentemente, emprender este debate exigirá mucho tiempo y energía, y una vigilancia muy grande, sobre todo en el Parlamento europeo donde se deberían organizar discusiones en el curso de los próximos meses. Con todo, no parece que la presidencia sueca de la UE tenga prisa por regular mejor los sectores financieros y las comisiones centradas en lo económico del Parlamento están dominadas más que nunca por los liberales, sobre todo los liberales británicos. Pero existen las herramientas, las palancas para hacer avanzar las cosas verdaderamente y para que, finalmente, una catástrofe como la de Islandia pueda suscitar una respuesta internacional que tenga sentido en vez de las presiones irresponsables y cínicas que podemos ver todavía hoy.
Este artículo, enviado por la autora, se publicó también en el periódico [francés] Le Monde el 1 de agosto de 2009.
Éva Joly, ex-juez de instrucción en Francia (el caso Elf Aquitania es el más conocido de los casos que investigó) y ex-asesora del gobierno noruego sobre casos de corrupción. Actualmente, es europarlamentaria de los Verdes y consejera del gobierno islandés en la investigación penal sobre las causas de la bancarrota de los bancos. También es miembro fundador de la Tax Justice Network.
Enlace con el original: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14693
Traducido del francés para Rebelión por Beatriz Morales Bastos
© Droits d'auteurs Éva Joly, Mondialisation.ca, 2009
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