Dites ! Il faut se calmer. J’étais à la télé dimanche
soir pour le rite d’expiation bien connu. Ce n’était tout de même qu’il y a
quatre jours, nom d’un chien ! Pourquoi ce flot de SMS et de messages
angoissés ? Les amis d’abord : pourquoi ai-je disparu ? Suis-je démoralisé ? Les
camarades : « on ne lâche rien ». Les deux : « merci ! » « Tiens bon ! ».
Stop !
Je ne suis parti que trois jours au vert ! Lundi, mardi, mercredi ! Je vous
rassure. Je suis en forme. La preuve : jeudi, j’ai été me faire mettre
en examen à la requête de madame Le Pen au palais de justice de Paris,
tranquille comme Baptiste ! Pas d’inquiétude les amis ! Bien sûr je sens
parfaitement la chaleur cordiale de tous vos messages. Et je vous dis qu’elle me
touche beaucoup. Je vous rassure donc. En me lisant, vous verrez bien si j’ai la
tête à l’endroit. Il est question, sans être exhaustif, de divers bilans que je
tire de ce que j’ai vécu. Et de l’idée que je me fais du moment. C’est un peu
lourd. Définitions, concepts et ainsi de suite. Une pensée politique à
l’ancienne avec des considérants et des références. Attention : ce n’est pas un
tableau complet. J’en ai pour des semaines à le faire. Ça commence par des
lignes écrites depuis mon séjour à la campagne. La métaphore bucolique peut
revenir à la mode.
Je suis un jour de pluie.
Au repos pendant trois jours, dormant onze heures d’affilée, j’ai laissé passer
le temps comme une pluie de printemps. Car pour se réparer, il faut que tout
aille d’abord sans forme et sans but. Alors les queues de comètes épuisent leur
énergie à vide. La brûlure des dernières polémiques passe, la sottise du jour,
noyée dans le flou du moment, n’atteint plus aucune cible. Une langueur
attentive et goulue me tient donc derrière les carreaux. La vitre ruisselle et
fond les lignes du dehors. La monotonie est un baume sur mes blessures de
combat.
Il y a un an aujourd’hui que je suis sur le pont de guerre. Le 18 juin
de l’an passé les communistes bouclaient leur vote d’investiture. Les trois
partis de notre coalition m’avaient donc confié le rôle de candidat commun. Onze
jours plus tard, ce sera le coup d’envoi d’une campagne au pas de charge, place
Stalingrad, pour la première fois. Cela semble si loin. Et pourtant si proche !
Maintenant, c’est la saison où il faut cantonner. Panser les plaies, trier dans
la masse immense des souvenirs, des émotions et des fulgurances de ces douze
mois. Il faut aussi laisser tomber le bois mort du grand arbre. Laisser les
rancunes se dissoudre et ne garder que l’os de leurs leçons utiles, quand il y
en a. Laisser partir autour de soi, amicalement muets ou méchamment bruyants,
les épuisés mais aussi les héliotropes que fascinent les nouvelles lumières de
la ville haute. Pour la prochaine étape, il faut alléger les bagages et se
refaire des muscles de marcheur au long cours. Je vous annonce qu’il va falloir
bientôt reprendre le paquetage. Vous entendrez en même temps tous le signal de
marche. Et chacun vous aurez repéré le chemin par lequel vous passerez. Car vous
savez aussi bien que moi ce qui arrive en face. En attendant, il faut que la
pluie tombe et tant mieux si c’est en bonne quantité. Ca nettoie. Ca
reconstitue. La terre sèche se gorge et se rend de nouveau moelleuse. Les
gouttes d’eau, une à une, vont effacer les marques et la trace superficielle des
bousculades. Mon champ sera comme neuf quand bien même a-t-il été si férocement
labouré par les allées et venues de tant de cortèges et si profondément foulé
par les empoignades. On aura le pas plus souple. Je suis un jour de pluie. Ce
n’est pas parce qu’on ne peut pas aller au pied de l’arc-en-ciel qu’il n’existe
pas.
Lire la suite de cet article, ICI.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire