Patrick Mignard
Les questions qui fâchent !
L’entrée de deux députés du Front National à
l’Assemblée Nationale pose un double problème. D’une part la signification
politique, idéologique et éthique des idées de l’extrême droite dans un
parlement… dont on sait ce que ça peut donner. D’autre part, le décalage entre
le nombre d’électeurs du Front National et le nombre de ses
députés.
Ces deux problèmes montrent toute
l’ambiguïté, les limites et les contradictions de ce que l’on appelle la
démocratie représentative qui a su, et le 20e siècle nous nous
montre, nourrir en son sein les germes du fascisme.
LE FRONT NATIONAL UN PARTI
DANGEREUX
À l’origine, en 1973,
le Front National s’est créé, d’entrée, sur une idéologie nationaliste et
discriminatoire. Les fées qui se sont penchées sur son berceau sont en fait des
sorcières qui ont pour nom : collaboration, vichysme, pétainisme, Milice, waffen
SS, catholique intégriste, anti communisme, colonialisme, OAS…
Le FN cajole les exclus, les
chômeurs, les pauvres, pour avoir leurs voix ( ce qu’ont fait tous les partis
fascistes et néo fascistes). Il fonde son action et ses interventions sur des
nervis directement issus de l’extrême droite et mouvement néo nazi… les
agressions, voire les crimes qui ponctuent son histoire, sont là pour
l’attester.
La brutalité des actions, les
fréquentations plus que douteuses de ses chefs en font, en plus de ses idées, un
parti dangereux.
LE FRONT NATIONAL, UN PUR PRODUIT DU « SYSTÈME »
Même si les chefs du FN s’en prennent
systématiquement au « système », il n’empêche qu’il en est un pur produit et
fait tout pour entrer dans ce « jeu » qu’il dénonce à longueur de tribunes.
Loin de lui toute idée progressiste ou sociale, sinon pour surfer sur les
conséquences de la crise du système marchand,… ce que les partis d’extrême
droite on toujours fait. On n’a jamais vu le FN parler du rapport capital/
travail, répartition des richesses, initiatives solidaires, écologie, retraites,
défense du système de santé, défense du service public, respect des droits de
l’homme… Son discours économique est inexistant.
Il n’y a dans son programme aucune rupture
avec les principes du capitalisme,… seulement un vague discours sur la
nation, la culture (et encore succinctement !) et en filigrane, la race, la
méfiance et le mépris de l’autre – hier le juif, aujourd’hui l’arabe, le
tzigane…
L’obsession des chefs du FN est
de trouver leur place dans le système qu’ils disent honnir. Pour cela ils savent
parfaitement jouer le jeu institutionnel et médiatique,…ce qu’ont toujours fait
les partis d’extrême droite, sauf dans
les cas de coup d’état militaire. L’accession au pouvoir par la voie légale
est un grand classique du fascisme qui, une fois au pouvoir, supprime toutes les
libertés.
Le danger est sournois, permanent
et prend de multiples visages – même l’apparence démocratique - qu’il nous faut
dénoncer.
LA SOUS REPRÉSENTATION DU
FN
Avec un peu plus de 6 millions
d’électeurs, le FN n’a que deux députés… Un tel décalage le fait hurler – à
juste titre - au nom du principe d’égalité démocratique (ben voyons !).
Formellement, il faut reconnaître qu’il a parfaitement raison,… et il joue à
merveille de ce formalisme… la « vierge
démocratique » outragée !
Si le principe de la
proportionnalité est celui de la représentation démocratique – ce que personne
ne conteste – le FN devrait avoir beaucoup plus de députés… surtout comparé au
Front de Gauche et aux écologistes. Pourtant, à part lui, tout
le monde se satisfait de cette situation et évite soigneusement de l’évoquer.
Pourquoi ?
Il y a au moins deux raisons plus
ou moins avouables :
- c’est un parti « non républicain » d’où ses difficultés
dans les accords et reports de voix… Quoique cette appréciation est plus ou
moins élastique, pour la Droite comme pour la Gauche (Mitterrand l’a favorisé en
son temps et l’UMP trouve des valeurs communes chez lui…) ;
- dans le jeu politique du bipartisme qui se met en place il est un
troisième larron qui vient
«picorer» dans la mangeoire de la classe politique déjà établie… à ce titre
il est mal venu… Rejet camouflé par une attitude pseudo morale qui tombe dès
qu’il y a intérêt à s’entendre (non officiellement) avec lui.
Bref, le FN arrive difficilement
à faire son « trou ». Est-ce scandaleux ?
Sur un plan formel, on l’a
vu…oui ! Mais peut-on en rester à un plan formel ?
Certainement pas.
Pourquoi ?
Parce que l’on sait ce qu’il en coûte de permettre à
un parti néo fasciste de gravir les marches du pouvoir et de s’y installer.
Oui, mais dira-t-on, « que signifie de nier institutionnellement
l’opinion de millions d’électeurs ? »
La réponse à cette question est
difficile, car il faut pouvoir justifier, au nom de la « démocratie » et d’une
« éthique politique », le fait qu’il se peut qu’une opinion partagée par une
partie conséquente de la population, voire majoritaire est dangereuse…
l’Histoire est là pour nous mettre en garde.
Oui, l’opinion publique
majoritaire n’est effectivement pas à tous les coups ce qu’il y a de mieux pour
l’ensemble de la population… Faut-il donner des exemples au 20e
siècle ?
Oui, le suffrage universel peut
conduire à la catastrophe, surtout quand les puissances d’argent se sont dotées
de moyens de propagande efficaces et sans scrupules… ce qui est le cas
aujourd’hui.
Oui, le fascisme est toujours né
des incapacités du système marchand à résoudre ses contradictions et de son
système politique à maintenir la paix sociale.
Oui, l’expression de certaines
idées, même majoritaires, ou soutenues par une partie importante de la
population, sont dangereuses et à combattre.
En ce sens, la sous
représentation des idées du FN est souhaitable ce qui ne règle pourtant
aucunement la question de l’émergence de telles idées.
Mais quel politicien traditionnel
osera l’affirmer ? Aucun ! Les intérêts – de caste, de nomenklatura - de
la classe politique est plus dans la manipulation des citoyens que dans leur
élévation de niveau de conscience. Reconnaître tout cela c’est montrer les
limites du système économique marchand et celles du système politique dit
« démocratique ». Donc silence total sur ces questions.
Le doute est maintenu au maximum
jusqu’à ce qu’il soit finalement trop tard.
Une telle conception n’est-elle
pas la porte ouverte au blocage de toute idée nouvelle, de toute idée
progressiste, de toute idée de changement ?
Oui… et là est bien le danger !
Mais le système de « démocratie formelle » qui fonctionne dans les pays
démocratiques, permet dans une certaine mesure d’imposer un ersatz de démocratie, qui en a le goût,
la couleur, l’odeur, mais qui verrouille le processus démocratique en imposant
de fait un bipartisme aboutissant sur
l’alternance. Les risques de
changements radicaux – dans le sens de la transformation des rapports sociaux –
sont ainsi conjurés…
Par contre l’éventualité d’une arrivée au pouvoir de
l’extrême droite est toujours possible…et c’est cette solution que trouve le
capitalisme en cas de crise de majeure et de risque de son
renversement.
Patrick MIGNARD - 06/2012 -


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