
Pour la troisième année consécutive, l’Afghanistan occupé par l’OTAN a battu
tous les records en matière de culture de pavot à opium.
Selon un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le
crime, sa production a augmenté à un point tel qu’on peut désormais voir des
cultures se répandre dans des zones jusque-là vierges. En dépit de conditions
météorologiques défavorables, en particulier dans les parties occidentale et
méridionale du pays, les plantations d’opium ont occupé une surface de plus
de 209.000 hectares,
dépassant de près de 36 % les chiffres de l’année précédente.
Officiellement
la culture du pavot, bien connu pour les vertus psychotropes de ses sucs
(principales composantes de l’héroïne), est interdite en Afghanistan, bien que
le nombre de provinces où il est cultivé soit en constante augmentation. La
production d’opium a ainsi atteint 5.500 tonnes, soit une hausse de 49 % par
rapport à 2012. La propagande occidentale fait incomber les responsabilités aux
talibans et aux membres du régime impliqués dans le commerce de la drogue, mais
ces accusations ne coïncident pas vraiment avec la réalité du terrain.
Le
commandement de l’OTAN prétend que « les talibans s’opposaient initialement
à la drogue, mais ils favorisent désormais sa culture et imposent une taxe aux
paysans sur les produits récoltés ». Les leaders des talibans affirment
quant à eux que les moudjahidines mènent le djihad contre les occupants et que
l’islam interdit strictement les drogues et l’alcool. Les fondamentalistes
musulmans suivent cette règle à la lettre.
En
ce qui concerne les marionnettes occidentales telles Karzaï et son aréopage, il
semble que ces accusations soient vérifiées. Un scandale éclata d’ailleurs en
octobre 2013 à Kaboul quand, au cours d’une campagne d’inspections, soixante-cinq officiers de haut rang des services secrets se
révélèrent être des héroïnomanes. Quelques années auparavant, il est apparu
au grand jour que la CIA finançait Ahmed Wali Karzaï. Le frère cadet de l’actuel
président Ahmed Karzaï a ainsi été huit années d’affilée un trafiquant d’opium
de premier plan.
Des
journalistes soutiennent que le commerce de l’opium aux États-Unis et les
événements d’Afghanistan sont étroitement liés. La CIA y aurait pris une place
prépondérante. Selon le New-York Times, « l’argent (des services
secrets, NDLR) aurait servi à financer les vastes réseaux clientélistes qui
ont permis à M. Karzaï de consolider son pouvoir ». Les liens de certains
seigneurs de guerre et politiciens afghans achetés avec le trafic de drogue et
les talibans permettent au quotidien de conclure que « les services secrets
américains ont graissé la roue des mêmes réseaux que les diplomates américains
et les diplomates essayaient, sans succès, de démanteler, et laissé le
gouvernement entre les mains de forces qui s’apparentent à un syndicat du crime
organisé ». Dans un entretien au quotidien new-yorkais, de nombreux
diplomates américains ont confié leur désarroi : « la principale source de
corruption en Afghanistan, c’étaient les États-Unis ».
Si
on en croit les media occidentaux, la famille de l’actuel président Karzaï et
ses affidés sont les responsables de la large diffusion de l’héroïne à travers
le monde. Pourtant, à peine 20 % des pavots sont cultivés dans le centre et le
nord de l’Afghanistan, qui sont contrôlés par le gouvernement Karzaï. Le reste
est cultivé dans les provinces du sud du pays ou dans celles proches de la
frontière pakistanaise, sous contrôle des forces de l’OTAN. Le principal centre
de production est le Helmand, qui était encore il y a peu sous la coupe
britannique.
Au
lieu d’aider des agriculteurs à passer résolument à des cultures alternatives,
les « pacifistes » occidentaux se contentent de palabrer sur le phénomène sans
apporter de solutions tangibles. Pis, il leur
arrive de participer de manière active aux trafics. Certains analystes
attribuent cette situation au fait que les États-Unis cherchent à éviter un
conflit potentiel avec les barons de la drogue, dont le soutien est important
pour l’existence du gouvernement Karzaï. L’Oncle Sam semble cependant ignorer
les liens étroits entre le trafic de stupéfiants, la montée de l’instabilité en
Afghanistan et l’augmentation des activités de la résistance intérieure. En
d’autres termes, tout porte à croire que Washington laisse les coudées franches
aux narcotrafiquants en échange d’un soutien politique au gouvernement Karzaï,
ce qui est une grave erreur car les objectifs officiels poursuivis (à savoir le
retour à la paix et à le sécurité du pays) sont en train de s’éloigner à
tire-d’aile.
Des
experts occidentaux comme Thomas Ruttig notent qu’avec
le retrait imminent des forces de l’OTAN d’Afghanistan, la pression des
autorités sur les producteurs de pavot s’est faite plus lâche. Le rapport des
Nations Unies montrent ainsi qu’en 2013, ces mêmes autorités ont détruit 24 % de
moins de plans de pavot par rapport à l’année précédente. Résultat :
l’Afghanistan est solidement installé à la première place mondiale des
producteurs d’opium avec pas moins de 90 % de la production totale. Alors que
l’ONU avait observé il y a trois ans que le pavot était cultivé dans quatorze
régions (sur trente-quatre que compte le pays), vingt régions en cultivaient au
tout début de l’année 2014. De vastes plantations sont parallèlement réapparues
dans les provinces septentrionales comme celles de Balkh et Faryab qui avaient
pourtant déclaré publiquement avoir perdu leur statut de producteur d’opium. Ces
provinces sont limitrophes de l’Ouzbékistan et du Turkménistan.
Dans
le même temps, un processus de militarisation des groupes liés au commerce de la
drogue est en cours. Viktor Ivanov, chef du service fédéral russe de contrôle
des stupéfiants (FSKN), l’affirme sans ambages : « ces groupes armés sont
consubstantiels de la recrudescence des activités des cartels dans le nord de
l’Afghanistan. Ces groupes ont leurs propres unités de combat. Ils sont très
bien armés et leur chiffre d’affaires annuel avoisine les dix-huit milliards de
dollars. C’est la raison pour laquelle ces groupes influent de manière
extrêmement importante sur la situation politique et économique en Asie
centrale ».
L’Amérique a utilisé pendant des années l’arme de la drogue
pour continuer sa guerre froide contre les États post soviétiques et détruire
leur potentiel humain. À la veille du retrait d’Afghanistan des forces
d’occupation de l’OTAN, les États-Unis continuent d’encourager par tous les
moyens possibles la production d’opium. L’Oncle Sam inocule au passage le virus
de la guerre en utilisant des groupes armés et des mafias qui se concentrent
dans le ventre de l’ex-URSS après leur avoir préalablement fourni tout
l’armement nécessaire. Mieux, il leur fournit aussi l’alibi de l’islam derrière
lequel ils pourront se cacher.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire