C’était un mardi pas comme les autres. Alors que certains
célébraient leur liberté, d’autres n’y avaient pas le droit. Le massacre du 8
mai 1945 marquera la radicalisation du mouvement
nationaliste.
Durant la Seconde guerre mondiale, la condition sociale de la
population algérienne, colonisé par la France, se résumait à la misère. Le
chômage faisait des ravages. La faim régnait en maître absolu.
Lorsque le nazisme sembla être au bord de la défaite, beaucoup
d’algériens ont cru au fol espoir de l’application du droit des peuples à
disposer d’eux mêmes. À commencer par Messali Hadj arrêté et exilé au Gabon après
que son parti fut interdit en 1939. Le 1er mai 1945, 20.000 partisans du PPA
défilent à Alger et dans quelques autres villes en faveur du
Zaïm.
Une semaine plus tard, la victoire devenait officielle. Le 8 au
matin, un mardi pas comme les autres, les européens célébraient leur victoire
sur le nazisme. Plusieurs manifestations pacifiques sont organisées par le
mouvement nationaliste dans plusieurs villes du pays. Des slogans pour la
libération de Messali Hadj et pour l’indépendance se faisaient entendre. À
Sétif, ils étaient près de 10 000 à se rassembler devant la mosquée de la gare.
Le cortège s’ébranlait en direction du centre-ville.
Les manifestants n’étaient pas armés. Ils avaient eu pour
consigne de déposer tout ce qui pouvait s’apparenter à une arme.
Les écoliers et les jeunes scouts étaient au premier rang,
derrière les drapeaux des alliés. Ensuite, suivaient les porteurs de la gerbe de
fleurs, puis juste après les militants pour éviter les débordements de la grande
masse. Des « vive l’Algérie indépendante » fusaient dans la foule, alors que le
drapeau algérien était brandi pour la première fois. Les policiers tentèrent de
l’arracher à son porteur sans y parvenir. Une bousculade, un coup de feu, puis
plusieurs. Un premier mort. Le premier d’une longue série. C’était un jeune
homme de 26 ans, Bouzid Saâl. La panique s’emparât de la foule. C’était le début
des émeutes.
Un car de la gendarmerie fonça en direction des manifestants et
en faucha plusieurs. Dans leur fuite, des algériens se retournent alors
violemment contre des européens. La nouvelle fit rapidement le tour de la ville
où le couvre-feu fut instauré. Elle atteignit Kherrata, puis Guelma.
L’insurrection gagna les villes, villages et hameaux
environnants.
Les autorités ont alors commencé à distribuer des armes aux
colons, pendant que des milices étaient créées. Les jours suivants furent
sanglants. La répression était impitoyable.
La loi martiale sera proclamée dans toute la région et des chefs
nationalistes seront arrêtés. Des villages seront mitraillés par l’aviation, la
marine et incendiés. Une chasse à l’homme sera minutieusement menée et des
algériens seront tués à bout portant, dans les rues où ailleurs.
L’insurrection se répand dans tout le pays, en même temps que se
généralisent les exactions des milices, policiers et militaires
français.
Kateb Yacine, alors lycéen à Sétif, écrivait : « C’est en 1945
que mon humanitarisme fut confronté pour la première fois au plus atroce des
spectacles. J’avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l’impitoyable
boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l’ai
jamais oublié. Là se cimente mon nationalisme. »
« Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire… On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre. »
« Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. À Guelma, ma mère a perdu la mémoire… On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre. »
* Officiellement, les autorités françaises estiment que le drame
aura fait 103 morts chez les Européens et 1.500 chez les musulmans. Les
autorités algériennes parlent aujourd’hui de 45.000. Les historiens spécialistes
évoquent quant à eux 8.000 à 20.000 morts.
Sources
- -Boucif Mekhaled, Chroniques d’un massacre. 8 mai 1945 : Sétif, Guelma, Kherrata, Syros, 1995.
- - Annie Rey-Goldzeiguer, Aux origines de la guerre d’Algérie, 1940-1945. De Mers-El-Kébir aux massacres du Nord-Constantinois, La Découverte, 2001 (édition de poche : 2006).
- - Jean-Louis Planche, Sétif 1945, histoire d’un massacre annoncé (Perrin, 2006),

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