John V. Whitbeck
Les dirigeant israéliens disent que le Hamas cherche la destruction
d’Israël, mais en réalité ils se réfèrent à la menace d’un « état
bi-national ».
Quand le gouvernement israélien, en réponse à la menace d’une
réconciliation et d’une unité potentielle palestinienne, a suspendu les
« négociations » avec l’Organisation de Libération de la Palestine, le
24 avril dernier (cinq jours avant le terme contraignant non
modifiable), le bureau du Premier Ministre Benjamin Netanyahou a publié
une déclaration disant : « Au lieu de choisir la paix, Abou Mazen [le
Président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas] a conclu une
alliance avec une organisation terroriste meurtrière qui appelle à la
destruction d’Israël ».
Au cours d’une série d’apparitions dans les médias, Netanyahou a
martelé de façon répétée ce thème de la « destruction d’Israël »,
manière d’accuser la Palestine de l’échec prévisible de la dernière
session du « processus de paix » apparemment perpétuel.
L’extrême subjectivité de l’épithète « terroriste » a été mise en
évidence par deux absurdités récentes : d’abord le régime militaire
égyptien qualifie l’Association des Frères Musulmans, qui ont remporté
toutes les élections égyptiennes depuis le renversement d’Hosni
Moubarak, d’organisation « terroriste » ; ensuite les autorités
ukrainiennes de facto - puisque arrivées au pouvoir en occupant
illégalement les bâtiments du gouvernement à Kiev – étiquettent
« terroristes » leurs opposants occupant illégalement des bâtiments
gouvernementaux en Ukraine orientale. Dans les deux cas, ceux qui ont
renversé des gouvernements démocratiquement élus cataloguent comme
terroristes ceux qui réprouvent leur coup d’état.
De plus en plus, il est entendu que le mot « terroriste », qui n’a
pas de définition convenue, est tellement subjectif qu’il en est
dépourvu de toute signification intrinsèque. Les gouvernements en
abusent communément ainsi que d’autres, qui l’appliquent à quiconque ou à
n’importe quoi , objet de leur haine, dans l’espoir de diaboliser leurs
adversaires. Cela décourage et contourne toute pensée et toute
discussion rationnelle et de plus, fournit souvent une excuse à leur
conduite illégale et immorale.
L’assertion de Netanyahou comme quoi le Hamas « appelle à la destruction d’Israël » exige elle aussi une analyse rationnelle
Il n’est pas la seule partie coupable à cet égard. Les grands médias
occidentaux ont pris l’habitude d’accoler le cliché « voué à la
destruction d’Israël » à toute première mention du Hamas, presque comme
s’il était censé faire partie intégrante du nom de Hamas.
Dans le monde réel, que veut dire vraiment « destruction d’Israël » ?
Le pays ? Le peuple ? Le régime suprémaciste ethno-religieux ?
Il va sans dire que virtuellement tous les Palestiniens – et
probablement une partie significative des autochtones amérindiens –
souhaitent que leurs colonisateurs étrangers ne soient jamais arrivés
dans leurs pays de naissance pour les en chasser et accaparer leurs
terres. Certains restent peut-être éveillés la nuit en rêvant qu’ils
pourraient, d’une manière ou d’une autre, être capables de remonter le
temps ou de changer l’Histoire.
Néanmoins, dans le monde réel, le Hamas n’est absolument pas près
d’être en position de faire sombrer le territoire d’Israël sous la
Méditerranée, d’exterminer sa population voire de forcer le régime à se
transformer en un État démocratique soucieux de l’égalité des droits et
de la dignité pour tous. C’est sans doute cette dernière menace –
« l’état binational » tellement redouté – que Netanyahou a en tête quand
il parle de « destruction d’Israël ».
Dans des buts de propagande, le terme « destruction » a une
connotation moins raisonnable et moins désirable que « démocratie »,
même si on parle de la même chose.
Dans le monde réel, bien qu’il soit d’avis que la poursuite de
négociations dans le cadre du « processus de paix » monopolisé par les
Américains est une perte de temps, le Hamas a expliqué de longue date
qu’il ne s’oppose pas à ce que l’OLP tente de parvenir à un accord à
deux États avec Israël ; à la seule condition, pour être accepté et
respecté par le Hamas, que tout accord conclu devrait nécessairement
être soumis au peuple palestinien et approuvé par référendum.
Dans le monde réel, la vision du Hamas (comme la vision du Fatah),
d’une coexistence pacifique en Israël-Palestine est bien plus proche du
« consensus international » sur ce à quoi devrait ressembler une paix
permanente, bien plus proche aussi du droit international et des
résolutions de l’ONU sur le sujet – que de la vision israélienne, dans
la mesure où on pourrait discerner ce qu’est cette vision israélienne,
car aucun gouvernement israélien n’a jamais été capable de révéler
publiquement à quoi ressemble en fait sa vision, s’il en existe une
dépassant le maintien et la gestion d’un statu quo perdurant
indéfiniment.
Comme les visions du Fatah et du Hamas ont convergé ces dernières
années, la principale divergence est devenue l’insistance du Hamas (et
ce en pleine cohérence avec le droit international et les résolutions
onusiennes pertinentes) qu’Israël doit se retirer de tout le territoire
de l’État de Palestine. Celui-ci est défini par la résolution de
l’Assemblée générale des Nations Unies du 29 novembre 2012,
reconnaissant le statut d’Etat de la Palestine comme « le territoire
palestinien occupé depuis 1967 » (y compris, significativement,
l’article défini « le » absent de « Retrait des territoires occupés » dans la Résolution 242
- que l’on peut qualifier d’ambiguë – du Conseil de sécurité de
l’ONU). Cette insistance du Hamas contraste avec la disponibilité plus
flexible du Fatah, qui prend en considération des accords d’échanges de
territoires équivalents en taille et en valeur.
Après avoir emporté les dernières élections palestiniennes et après
sept années en charge du gouvernement de Gaza dans des circonstances
exceptionnellement difficiles, le Hamas est devenu un parti
relativement modéré dans l’ordre social, luttant pour contenir des
groupes plus radicaux et les empêcher de tirer des missiles artisanaux
vers le sud d’Israël – geste symbolique contre-productif que les
gouvernements israéliens successifs condamnent en public mais
applaudissent en secret (et qu’ils cherchent souvent à susciter en
réponse à leur propre violence bien plus mortelle) comme une preuve de
la belligérance palestinienne justifiant leur propre intransigeance.
Le slogan « destruction d’Israël » de Netanyahou ne devrait être pris
au sérieux ni par les gouvernements occidentaux ni par aucun être
pensant. Les grands médias occidentaux tardent beaucoup trop à arrêter
de recycler une propagande insensée – et intrinsèquement destructrice -
et à adapter leurs comptes-rendus à la réalité.
* John V Whitbeck : né en 1946 à New York, juriste
international installé à Paris depuis 1976, très impliqué dans toutes
les négociations de paix au Proche-Orient auxquelles il participe comme
conseiller légal des Palestiniens depuis la conférence de Madrid en
1991. Depuis 1988 ses articles sont publiés dans des dizaines de
journaux arabes, israéliens et internationaux.
Photo : Khaled Mechaal, réélu dirigeant du Hamas le 1er avril 2012. Brillant
orateur, ancien professeur de physique, réchappé in extremis d’un
tentative d’assassinat par le Mossad : un homme aux multiples vies.


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