C'est ce que prévoyait un amendement du député EE-LV Sergio Coronado, finalement rejeté à l'Assemblée. Un policier et un avocat livrent leurs points de vue, radicalement opposés.
Les députés ont examiné ce lundi après-midi le projet de loi relatif au droit
à l’information dans le cadre des procédures pénales. Un amendement de
l’écologiste Sergio Coronado, adopté la semaine dernière en commission des lois,
a fait polémique. Finalement rejeté par l'Assemblée, il prévoyait l’accès de
l’avocat au dossier dès le début de la garde à vue. Une évolution dont le
gouvernement ne voulait pas : le ministre de l’Intérieur, Bernard
Cazeneuve, avait déclaré qu’il ferait «ce qu’il faut» pour le faire
disparaître. Le débat agite en tout cas les professionnels concernés par cet
éventuel bouleversement du système pénal français. Un policier et un avocat
livrent leur point de vue sur un dossier qui ne manquera pas de revenir sur la
table.
Contre : «Cela déséquilibre la procédure pénale»
Michel-Antoine Thiers, secrétaire
national du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure.
«L’amendement de Sergio Coronado, en permettant l’accès total au dossier dès le début de la garde à vue, ne permet plus le moindre secret. Si la personne mise en cause est au courant de tout ce que savent les policiers, elle pourra ajuster ses réponses au contenu du dossier. Elle ne répondra que dans la limite de ce que les policiers savent déjà, et on n’avancera pas. Cette réforme poserait aussi des problèmes pratiques. Par exemple, les procès-verbaux ne sont pas forcément rédigés immédiatement, ils ne sont pas tous groupés au même endroit. Comment, dès lors, les communiquer immédiatement à la défense ? Cet amendement entraîne des changements tant de fond que techniques, et demanderait une préparation beaucoup plus longue et profonde que ce qui est fait actuellement.
«En outre, la directive européenne ne demande pas un accès total au dossier dès le début de la garde à vue, mais bien que cela soit fait dans un délai raisonnable, avant le jugement. Mais il faudra en effet que le droit à l’information dans les procédures pénales soit renforcé. Demain, le PV de notification de garde à vue remis à l’avocat de la défense devra être beaucoup plus précis. Aujourd’hui, c’est très générique, avec seulement le motif, la date et le lieu des faits, mais sans plus de détails. Si l’avocat ne sait pas précisément ce qui est reproché à son client, il ne sert à rien.
«En tout cas, il faut purement et simplement retirer l’amendement Coronado et transposer la directive a minima. Les services de police judiciaire ne sont pas en état, aujourd’hui, de se payer le luxe d’aller plus loin. D’autant que le nouveau statut de suspect libre va être lourd à gérer.»
Pour : « La garde à vue ne doit pas être une machine à obtenir des aveux »
Alain Mikowski, avocat et ancien
président de la commission libertés et droits de l’homme du Conseil national des
barreaux.
«Concernant l’amendement Coronado adopté en commission des lois, il va plus loin que la transposition des directives européennes. Celles-ci ne demandent qu’une chose : que les avocats soient informés précisément des raisons de la garde à vue. Il n’est pas question d’accès à la totalité du dossier. Je pense néanmoins que c’est une demande légitime de la part de la profession. Certes, cela entraînerait une modification profonde du système pénal français, qui le rapprocherait de l’accusatoire anglo-saxon. Mais est-ce forcément une mauvaise chose ? Quant aux risques de déperdition de preuves ou de pressions sur les témoins, évoqués par les policiers, il ne faut pas oublier que les avocats sont assujettis à une déontologie stricte. Ils ne peuvent laisser fuiter des éléments du dossier, sous peine de sanctions.
«La garde à vue ne doit pas être une machine à obtenir des aveux, mais une procédure de fin d’enquête, une fois que les éléments ont été recueillis. Le débat actuel me rappelle celui qui avait agité nos professions en 2011, lorsque les avocats avaient obtenu le droit d’assister aux interrogatoires lors des gardes à vue. À l’époque, les policiers s’en étaient plaints, jugeant qu’ils ne pourraient plus faire leur métier. Or, c’est aujourd’hui complètement entré dans les mœurs.
«Il faut mener une réforme globale de la procédure pénale en France, qui est à bout de souffle. Celle-ci doit être contradictoire, avec l’avocat en son cœur. Certes, cela fera plus de boulot pour les policiers, mais si les avocats avaient accès à la totalité du dossier dès la garde à vue, cela sécuriserait leur travail de manière exceptionnelle devant les tribunaux.»


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