vendredi 9 mai 2014

« Palestine : la Case Prison », le documentaire

Nadir Dendoune                

Depuis 1967, plus de 850 000 Palestiniens (20% de la population totale et 40% de la population masculine) ont été emprisonnés dans des geôles israéliennes. Ils sont souvent les « oubliés » de la question palestinienne. Pour cette raison, la plateforme des ONG pour la Palestine et quatre de ses membres : l’association des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), l’association France-Palestine solidarité (AFPS) et la ligue des droits de l’Homme (LDH) ont décidé de se mobiliser pour réaliser un documentaire : « Palestine, la Case Prison ». Hélène Legeay, une des initiatrices, nous en dit plus sur ce projet.

Le Courrier De l'Atlas : Quand pensez-vous tourner ?
Hélène Legeay : Il est prévu que nous nous rendions en Palestine en juin prochain. Nous pensons à une diffusion à l’automne. Nous allons interroger d’anciens prisonniers (hommes, femmes, mineurs), ainsi que des familles de prisonniers. Pour mettre en perspective ces témoignages, nous interviewerons également des avocats, des défenseurs des droits de l’homme, israéliens et palestiniens et si possible, des membres institutionnels israéliens.

De quoi va parler votre film exactement ?
Nous comptons aborder différents thèmes, comme les conditions d’arrestation et d’interrogatoire qui s’accompagnent souvent de mauvais traitements, voire de torture ; l’iniquité de la justice militaire israélienne qui pousse les accusés à plaider coupable pour obtenir une peine moindre à celle à laquelle ils risquent d’être condamnés s’ils insistent pour aller jusqu’au procès. Nous voulons aussi parler du caractère arbitraire de la détention administrative, l’incarcération en territoire israélien en violation du droit international humanitaire ; les conditions de détention (mauvais traitements, suivi médical insuffisant, etc.) ; les nombreuses entraves aux visites des familles ; l’effet de l’emprisonnement sur la famille du détenu (dommages moral et matériel) ; la réinsertion des détenus après leur libération (notamment les femmes).

La finalité de ce film ?
Le documentaire vise à démontrer que, tout comme le mur et la colonisation, la question des prisonniers palestiniens est centrale car la détention est utilisée par les autorités israéliennes pas seulement comme une arme de répression ponctuelle, mais comme un moyen de déstructuration irréversible du tissu familial et social en Cisjordanie. Les arrestations et détentions en série ont un impact profond sur les individus : aux douleurs occasionnées sur ceux qui sont arrêtés et détenus, s’ajoute l’angoisse ressentie par tous les Cisjordaniens d’être un jour, arrêtés. Les arrestations pèsent comme une épée de Damoclès sur chaque Palestinien. L’impact est aussi profond sur la société qui souffre à bien des égards du caractère massif de ces arrestations : depuis 1967, plus de 850 000 Palestiniens, ce qui représente 20% de la population totale, 40% de la population masculine ont connu les geôles israéliennes.

On comprend bien que la question des prisonniers palestiniens est primordiale, pourtant, elle ne suscite que peu d’écho …
La question des prisonniers palestiniens est sûrement moins médiatisée que celle du mur ou encore de la colonisation. Les médias en ont beaucoup parlé lors des grèves de la faim menées par de nombreux prisonniers en 2012, pour protester contre leurs conditions de détention et pour demander la fin du régime de la détention administrative. Ils en parlent aussi ponctuellement lorsque des négociations sont en cours entre Israéliens et Palestiniens en vue de la reprise des négociations de paix. Le fait que les autorités palestiniennes exigent systématiquement des libérations avant de retourner à la table des négociations montre à quel point cette question est importante pour la société palestinienne.

Propos recueillis par Nadir Dendoune.

Pour participer au financement du documentaire : http://www.kisskissbankbank.com/la-case-prison?ref=search


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