Depuis 1967, plus de 850 000 Palestiniens (20% de la population
totale et 40% de la population masculine) ont été emprisonnés dans des geôles
israéliennes. Ils sont souvent les « oubliés » de la question palestinienne.
Pour cette raison, la plateforme des ONG pour la Palestine et quatre de ses
membres : l’association des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT),
l’association France-Palestine solidarité (AFPS) et la ligue des droits de
l’Homme (LDH) ont décidé de se mobiliser pour réaliser un documentaire :
« Palestine, la Case Prison ». Hélène Legeay, une des initiatrices, nous en dit
plus sur ce projet.
Le Courrier De l'Atlas : Quand pensez-vous tourner ?
Hélène Legeay : Il est prévu que nous nous rendions en Palestine en juin
prochain. Nous pensons à une diffusion à l’automne. Nous allons interroger
d’anciens prisonniers (hommes, femmes, mineurs), ainsi que des familles de
prisonniers. Pour mettre en perspective ces témoignages, nous interviewerons
également des avocats, des défenseurs des droits de l’homme, israéliens et
palestiniens et si possible, des membres institutionnels israéliens.
De quoi va parler votre film exactement ?
Nous comptons aborder différents thèmes, comme les conditions d’arrestation
et d’interrogatoire qui s’accompagnent souvent de mauvais traitements, voire de
torture ; l’iniquité de la justice militaire israélienne qui pousse les accusés
à plaider coupable pour obtenir une peine moindre à celle à laquelle ils
risquent d’être condamnés s’ils insistent pour aller jusqu’au procès. Nous
voulons aussi parler du caractère arbitraire de la détention administrative,
l’incarcération en territoire israélien en violation du droit international
humanitaire ; les conditions de détention (mauvais traitements, suivi médical
insuffisant, etc.) ; les nombreuses entraves aux visites des familles ; l’effet
de l’emprisonnement sur la famille du détenu (dommages moral et matériel) ; la
réinsertion des détenus après leur libération (notamment les femmes).
La finalité de ce film ?
Le documentaire vise à démontrer que, tout comme le mur et la colonisation,
la question des prisonniers palestiniens est centrale car la détention est
utilisée par les autorités israéliennes pas seulement comme une arme de
répression ponctuelle, mais comme un moyen de déstructuration irréversible du
tissu familial et social en Cisjordanie. Les arrestations et détentions en série
ont un impact profond sur les individus : aux douleurs occasionnées sur ceux qui
sont arrêtés et détenus, s’ajoute l’angoisse ressentie par tous les
Cisjordaniens d’être un jour, arrêtés. Les arrestations pèsent comme une épée de
Damoclès sur chaque Palestinien. L’impact est aussi profond sur la société qui
souffre à bien des égards du caractère massif de ces arrestations : depuis 1967,
plus de 850 000 Palestiniens, ce qui représente 20% de la population totale, 40%
de la population masculine ont connu les geôles israéliennes.
On comprend bien que la question des prisonniers palestiniens est
primordiale, pourtant, elle ne suscite que peu d’écho …
La question des prisonniers palestiniens est sûrement moins médiatisée que
celle du mur ou encore de la colonisation. Les médias en ont beaucoup parlé lors
des grèves de la faim menées par de nombreux prisonniers en 2012, pour protester
contre leurs conditions de détention et pour demander la fin du régime de la
détention administrative. Ils en parlent aussi ponctuellement lorsque des
négociations sont en cours entre Israéliens et Palestiniens en vue de la reprise
des négociations de paix. Le fait que les autorités palestiniennes exigent
systématiquement des libérations avant de retourner à la table des négociations
montre à quel point cette question est importante pour la société
palestinienne.
Propos recueillis par Nadir Dendoune.
Pour participer au financement du documentaire : http://www.kisskissbankbank.com/la-case-prison?ref=search
Source : Le Courrier de l'Atlas

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