Le Yéti
Les
atrocités commises à Gaza par l’État israélien suscitent indignation et
découragement, tant elles sont répétitives et douloureuses. Le texte
ci-dessous fut écrit en juillet 2006 lors de l’agression israélienne
contre le Liban. Revu en décembre 2008 lors du premier martyr de Gaza.
Je le republie ici, à peine actualisé et augmenté, la mort dans l’âme.
Dans les années 60, courait la légende du suicide des lemmings. Pris d’une incontrôlable pulsion de mort suicidaire, ces petits rongeurs de Norvège se précipitaient en masse, nous racontait-on, du haut des falaises qui dominaient les fjords.
Dans les années 60, courait la légende du suicide des lemmings. Pris d’une incontrôlable pulsion de mort suicidaire, ces petits rongeurs de Norvège se précipitaient en masse, nous racontait-on, du haut des falaises qui dominaient les fjords.
C’est un mythe que ce suicide
collectif, démenti depuis par toutes les études scientifiques. Les
lemmings ne sont pas si fous ! Mais il éclaire sur l’esprit échauffé des
humains qui l’ont propagé.
Et si Israël était devenu le propre artisan de sa future destruction,
se ruant tête baissée, tels les lemmings de la légende, vers le néant,
l’anéantissement ?
Saisi de la même fureur que celle prêtée aux minuscules campagnols
nordiques, Israël vient de partir une nouvelle fois à l’assaut de
l’“ennemi palestinien”, pulvérisant, massacrant, mutilant, sous des
prétextes sans commune mesure avec des actes aussi gravissimes.
Le sombre pressentiment d’Albert Einstein et Hannah Arendt
« C’est le Hamas ou nous ! » proclament les autorités israéliennes.
Mais il y a une grande différence entre les gens du Hamas et Israël.
Israël est né de la volonté des nations victorieuses de la Seconde
guerre mondiale. C’est un État artificiel résolument colonialiste, ne
reposant sur aucune réalité historique, sinon celle d’une communauté
religieuse. A-t-on jamais vu autre pays fondé sur une appartenance
religieuse ?
Israël est bâti sur du sable. Dès 1948, dans une lettre
au New-York Times, des Juifs aussi peu suspects qu’Albert Einstein et
Hannah Arendt s’inquiétaient déjà des dérives « fascistes » (je cite)
qui accompagnaient la création de cet État, avec la complicité des
États-Unis.
Le Hamas, le Hezbollah ou Al Quaïda et tous les extrémismes
islamiques modernes ne préexistaient pas à la création d’Israël. Ils
sont nés sur les ruines laissées par ce nouvel État, n’existent que par
ses décombres. Ce sont nos folies qui nous font engendrer nos propres
démons, sécréter les venins qui nous tueront.
La froide disproportion des moyens logistiques
En multipliant les exactions meurtrières, en atomisant Gaza, Israël
n’éradique pas le Hamas, il le renforce et le légitime comme résistant
unique à sa démence. Car c’est bien de démence dont il s’agit. De celle
qui conduit un forcené à massacrer tout ce qui l’entoure avant de
disparaître à son tour.
De cette rage meurtrière et froide qui s’empare des puissants quand
ils se rendent compte que leur puissance a atteint ses limites. Tous ces
morts civils, ces cadavres d’enfants pulvérisés, c’est autant de
kamikazes en gestation pour les temps à venir.
Quelle différence entre un kamikaze islamique et Tsahal ? La froide disproportion des moyens logistiques et c’est tout.
Cela en est fini de tout espoir de paix pour des générations dans
cette région du monde. Envolée la perspective ne serait-ce que d’une
simple coexistence de raison. Israël va jusqu’à décourager ceux qui, à
défaut de le soutenir, admettait son existence comme un fait accompli
incontournable de l’Histoire.
Un suicide qui n’est plus un mythe
Alors quoi ? Que reste-t-il à Israël et à ses formidables moyens
logistiques pour aboutir à ses fins, éradiquer ces “terroristes”
toujours plus nombreux qui l’entourent et le menacent ?
La solution finale ?
Combien doit être douloureux pour des Juifs d’entendre cette
expression terrible ! Pourtant, elle court désormais dans tous les
esprits.
« Le vrai but de l’opération à Gaza ? Tuer des Arabes » (Gideon Levy, journaliste israélien, Haaretz, 13 juillet 2014)
J’essaie d’imaginer ce qu’aurait éprouvé aujourd’hui ce vieil ami
juif disparu, grand-père de mes enfants, qui passa son adolescence à
Auschwitz et ses premières années d’adulte dans les prisons
staliniennes.
Sans doute, comme beaucoup, un terrible sentiment de douleur, de
colère et de honte, un goût de cendres et de mort devant cette barbarie
prétendument “civilisée”, ce gâchis humain irrémédiable, ce suicide
collectif qui n’est hélas plus un mythe.
« Peut-être que le découragement qui s’est emparé de nous, ces dernières années, est-il aussi un peu le découragement de condamnés, qui comprennent déjà qu’ils ne pourront pas échapper au châtiment à cause de ce qu’ils ont commis, ou à cause de ce qu’ils ont laissé faire par leur soutien, ou leur silence, ou leur indifférence » (David Grossman, écrivain israélien, Libération, 8 juillet 2014).
Le Yéti

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