Les 35 heures
menacées cette fois par Emmanuel Macron. Pourtant, les Français ne sont
pas feignants. Quand ils bossent, ils bossent plutôt vite et bien. En
fait, c’est le temps de travail des Européens qui fait l’objet de
beaucoup de clichés : de la sieste des Grecs et des Espagnols au
sandwich express des Anglais.
Le nouveau ministre de l’économie, a relancé l’interminable débat
sur les 35 heures en s’affirmant prêt à autoriser « les entreprises et
les branches à déroger » à cette durée légale du temps de travail. Ces
35 heures françaises sont regardées il est vrai avec un mélange
d’incrédulité, d’envie ou de circonspection par nos voisins européens. Les
Français eux-mêmes sont divisés. Selon les sondages, une légère
majorité d’entre eux s’opposeraient à la suppression de cet « acquis
social majeur ».
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Travailler moins, mais mieux
Travailler moins, mais mieux
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En juin dernier,
un rapport du Coe-Rexecode avait déjà relancé le débat. Selon cet
institut proche des milieux patronaux, les Français sont les Européens
qui travaillent le moins, juste derrière les Finlandais, soit 1661
heures par an (contre 1648 en Finlande). Les autres présumés « mauvais
de la classe » seraient les Suédois (1685 h), les Danois (1744 h), et
les Belges (1765 h). Les « bons élèves » ? La Roumanie (2099 h), la
Grèce (2010 h), la Hongrie (1969 h), la Bulgarie et la Coratie (1954 h
chacun). Pas vraiment des modèles économiques …Pourtant, la supposée fainéantise des Français n'est pas évidente : les salariés Français travaillent 39,2 heures hebdomadaires. Pas si loin que ça de leurs voisins allemands par exemple qui travaillent 40,2 heures par semaine.
Alors pourquoi
une telle différence annuelle ? Tout simplement parce que les Français
bénéficient de plus de congés payés (5 semaines soit 30 jours
ouvrables), RTT et jours fériés (11) que leurs voisins germaniques. 41,8
semaines sont travaillées en moyenne en France par an, contre 44,5 en
Allemagne. Ajoutons que la
productivité française est considérée comme l’une des plus élevées au
monde selon l’OCDE. Les Français travaillent donc peut-être moins, mais
mieux. OCDE qui présente d’ailleurs des chiffres assez différents du
Coe-Rexecode puisque selon elles, les Français travailleraient en
moyenne plus que les Allemands en 2012 (1479h contre 1383h), mais aussi
plus que les Danois ou les Hollandais. Surtout,
les chiffres du rapport de la COE-Rexecode mis en avant sont valables
pour les salariés qui travaillent à temps plein. En France, les salariés
à temps partiel travaillent ainsi plus que dans une douzaine d’autres
pays (993 heures par an soit 60% d’un temps plein, là où les
Britanniques à temps partiel ne travaillent qu’à 45% et les Allemands
46%). Les professions
non-salariées françaises (professions libérales, commerçants, artisans…)
travaillent, quant à elles, beaucoup plus (2372 heures). A tel point
que, dans cette catégorie, la France regagne la 4e position des pays
européens qui travaillent le plus.
Au-delà du débat,
toujours polémique, sur les volumes horaires du travail en Europe, on
constate surtout des divergences sur la façon de travailler. C’est donc
l’occasion d’aller voir comment s’organisent les journées de travail de
nos voisins européens.
Allemagne: arriver tôt pour partir tôt
En Allemagne,
la durée légale de travail est de 40 heures par semaine, soit 8 heures
par jour. Mais les partenaires sociaux peuvent négocier des adaptations
par secteurs et par branches. Ainsi dans la métallurgie, on travaille
outre-Rhin 35 heures par semaine et dans le secteur public entre 39 et 41 heures. Contrairement
à la France, au travail, les relations sociales restent limitées. Les
pauses ne se prolongent pas autour de la machine à café et on préfère
arriver tôt au boulot pour en repartir tôt. Il est fréquent que les
bureaux (souvent dans le public mais pas seulement) ferment à 16h. Quant
aux congés payés, ils sont au minimum de 20 jours par an, auxquels
s’ajoutent souvent des jours de congés négociés avec l’employeur. De
plus 9 jours par an sont fériés. Ces derniers varient d’une région à une
autre à l’exception du 3 octobre, jour de l’unité allemande, férié pour
tous.
Les Britanniques déjeunent vite pour filer tôt… au pub !
Au Royaume-Uni,
la durée légale de travail est de 48 heures par semaine maximum. Les
Britanniques travaillent en réalité un peu plus de 36 heures
hebdomadaires en moyenne (chiffre OCDE 2011). On y commence sa journée
en général vers 8h30-9h. Tôt au boulot, les Britanniques terminent donc
aussi tôt: 17h30 en moyenne. Résultat immédiat: les pubs sont pris
d’assaut dès 17h. Ce phénomène est lié à la pause déjeuner express: elle
ne dépasse généralement pas 30 minutes, quand un sandwich n’est pas
avalé en 10 minutes à son bureau ou devant ordinateur. D’où le succès
considérable des chaînes de vente de sandwichs et salades à emporter .
Les
Britanniques bénéficient légalement de 5,6 semaines de congés payés par
an, soit 28 jours. De plus, les Anglais et les Gallois ont droit à 8
jours fériés par an, les Écossais à 9 et les Irlandais du Nord et l’île
de Man, à 10. Mais les employeurs ne sont pas légalement dans
l’obligation de payer ces jours fériés. Ils
prennent leurs vacances principalement entre Noël et le nouvel an,
période durant laquelle le pays s’arrête totalement. Viennent ensuite
les vacances d’été : au choix juillet ou août pour aller profiter de la
chaleur estivale de l’Europe du Sud.
Le travail en Turquie: les vacances proportionnelles à l’ancienneté !
La durée légale
du travail en Turquie est de 45 heures hebdomadaires maximum. Une durée
évidemment respectée dans les secteurs publics, mais beaucoup moins
dans le privé où la semaine peut culminer à 55 heures. Les journées de
travail commencent généralement vers 9 heures pour se terminer au plus
tôt à 17 heures (souvent 19 heures). Contrairement
à une idée largement répandue en Europe, le temps du repos n’est pas le
vendredi en Turquie, mais bien le week-end, quoiqu’un grand nombre de
personnes ne bénéficient bien souvent que d’un seul jour de congé par
semaine: le dimanche. Ce jour varie en fonction du secteur, les magasins
et restaurants étant pour la plupart ouverts les dimanches. Une
chose est sûre, le mot vacances ne fait pas particulièrement partie du
vocabulaire turc. Les congés annuels payés varient selon l’ancienneté:
14 jours entre 1 et 5 ans d’ancienneté, 20 jours entre 5 et 15 ans, et
26 jours passés 15 ans d’ancienneté. Pour la plupart, les Turcs partent
en vacances pendant l’été ou lors du « Bayram », la fête du sacrifice du
mouton, pour lequel ils sont gratifiés de 4 jours de congé. Les jours
fériés sont rarement d’origine religieuse mais plutôt républicaine.
Aussi compte-t-on 5 jours fériés d’origine laïque et 2 fêtes religieuses
fériées en Turquie.
Portugal: pauses gourmandes
Au risque de
contrarier ceux qui pensent qu’au sud la vie est un long fleuve
tranquille et le travail une notion toute relative, au Portugal, ça
bosse ! La semaine compte 40 heures et n’est pas partie pour s’alléger.
Au contraire: sous les assauts répétés de la crise et de l’austérité,
les fonctionnaires qui, eux, travaillaient 35 heures, vont être soumis
au même régime que le secteur privé. La journée de travail commence vers
9 ou 10 heures. En réalité il n’y a pas de règles strictes. En
compensation, on travaille souvent jusqu’à 20 ou 21 heures. Là
où les Portugais se distinguent… c’est par leur gourmandise. Ils
ponctuent en effet leur journée de travail de pauses : ils ressortent du
bureau à peine arrivés pour un café-grignotage, et s’offrent une seconde
pause dans la matinée. Pour le déjeuner, c’est plutôt 13h-15h. Et,
nouvel effet de l’art de vivre local, on prend son temps et la pause du
midi peut s’étendre en longueur… Avec
22 jours de congés payés par an, les vacances sont souvent fractionnées
pour pouvoir respecter les fêtes et la famille: Noël, Pâques, le 15
août. Jusqu’à présent 14 jours fériés par an permettaient de compenser
ces vacances trop courtes. Mais le gouvernement en a supprimé 4 au nom
de la productivité.
En Hongrie, les vacances augmentent avec l’âge !
En Hongrie,
on commence le travail à 9h, on finit vers 17h30, et la pause déjeuner
n’existe pas ou à peine (c’est la grande valse des Tupperware à midi !).
Les Hongrois débutent leur week-end tôt, dès le vendredi après-midi:
les banques ferment ainsi à 14h-15h. Les
jours fériés sont au nombre de dix, et les Hongrois en profitent très
souvent pour faire le pont: curiosité locale, les ponts sont d’ailleurs
décidés à l’avance par… le gouvernement, et toujours rattrapés,
généralement un samedi. Pour ce qui est des jours de congé, ils
dépendent de l’âge de l’employé, partant d’une base de 20 jours pour un
Hongrois de 25 ans, augmentant d’un jour par année supplémentaire. Fait
étonnant pour une expatriée française à Budapest, mieux vaut ne pas être
malade en Hongrie: si vous êtes clouée au lit, on retient 30% de votre
salaire dès le premier jour.
En Grèce, les bureaux se vident à 14h
Les horaires
des organismes officiels, des banques et des bureaux vont de 7 ou 8h le
matin jusqu’à 13h30 ou 14h. Comme il n’y a aucun système de cantine,
les salariés rentrent alors chez eux déjeuner puis font la sieste. Ce
qui met en colère les touristes qui trouvent les musées et les sites
archéologiques fermés l’après-midi. L’écrivain Vassilis Vassilikos
raconte d’ailleurs que lorsqu’il fut nommé directeur de l’ORTF grecque
d’alors, en 1982, la télévision publique se vidait de son personnel à
14h, alors qu’elle émettait le soir ! Ne
restaient alors que les techniciens et les journalistes en charge des
programmes du jour. L’arrivée des multinationales a changé un peu les
pratiques, et la crise encore plus. Dans le secteur privé, lorsque les
Grecs ont un travail, il l’exercent désormais du matin tôt jusqu’au soir
tard. Les horaires des
commerçants sont encore plus complexes: à Athènes, les lundi, mercredi
et samedi ils travaillent de 8h à 14h et sont fermés l’après-midi. Les
mardi, jeudi, vendredi, ils bûchent toute la journée ou rouvrent
boutique le soir après la sieste, de 17 à 21h. Le dimanche, c’est repos
en principe. Mais le gouvernement essaie d’imposer l’ouverture
dominicale des magasins hors des zones touristiques.
Italie: 12 jours fériés par an !
En Italie, les salariés ont le droit à
26 jours de vacances. Ils travaillent cinq jours sur sept, huit heures
par jour. En général, nos cousins transalpins doivent arriver au bureau
vers 9 heures du matin. Mais cet horaire est flexible.
Cela veut dire que dans certaines entreprises comme la Rai par exemple,
les salariés peuvent arriver vers 10 heures du matin. Dans ce cas, ils
sortiront une heure plus tard le soir. La pause déjeuner dure une heure.
En dehors du week-end, les
Italiens n’ont pas de jour de repos. Ils peuvent puiser dans leur
réserve vacances pour prendre les enfants à l’école ou aller chez le
médecin mais doivent avertir leur employeur quelques jours à l’avance.
Les vacances sont posées au moins trois mois à l’avance pour permettre à
l’entreprise d’organiser les absences. Les jours fériés sont, en
revanche, plus nombreux qu’en France. Ils sont au nombre de 12, les
Italiens ne travaillant pas le jour de l’Ascension. Les Romains ont un
jour de plus, le 29 juin: c’est la fête des patrons de la cité
éternelle, Saint Pierre et Saint Paul.
Voir : DES ÉCONOMISTES PROPOSENT LA SEMAINE DE 30 HEURES
Conscience Citoyenne Responsable

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