Aujourd’hui, je voulais quitter le champ purement économique pour
faire une incursion dans le domaine sociologique et des valeurs morales.
L’histoire humaine, notre histoire, est faite du meilleur et du pire,
des plus belles créations aux plus terribles des massacres.
Au moment même où j’écris ces lignes, le monde est menacé par
l’inhumanité de ses élites, l’avidité de ses banquiers ou de ses grandes
multinationales. Le monde hésite entre la tentation des haines
exacerbées entre Occidentaux et Russes, entre les islamistes du Califat
et les judéo-chrétiens. L’Afrique s’enfonce dans la pire épidémie
d’Ebola que le monde n’ait jamais connu et cette dernière finira tôt ou
tard par tous nous menacer.
Notre pays lui-même est traversé, secoué par des forces terribles et
des tentations épouvantables qui peuvent se matérialiser à tout instant,
et pourtant, et pourtant, au-delà de nos différences, nous pouvons
aussi partager de très nombreux rêves communs.
Cette histoire qui s’écrit sous vos yeux est avant tout celle d’une
démission collective. La nôtre. Nous avons abdiqué notre pouvoir
politique et nous l’avons confié entre de mauvaises mains.
Nous préférons le confort de la possession à l’inconfort de la vérité et du combat.
Nous préférons le mensonge qui rassure à la vérité qui dérange.
Nous préférons rêver endormis que l’effort de la construction réveillés.
Notre crise est économique certes, mais l’économie n’est jamais rien,
comme les armes, qu’un outil à la disposition des hommes. C’est nous
qui choisissons ce que nous en faisons.
Le progrès scientifique n’est pas l’absolu à suivre, il recèle même
désormais de grands dangers car la science, la cupidité ne font pas
forcément bon ménage. Certes l’humanité a accompli des avancées
considérables dans sa capacité à s’entre-tuer et à s’autodétruire avec
une efficacité jamais atteinte mais que dire de nos progrès moraux ?
Pensez-vous que nous avons tant changé que cela ? Que nous nous
sommes « améliorés » ? Poser la question est déjà y répondre. Nous ne
valons pas mieux que les générations qui nous ont précédés. Je pense
même, si vous voulez tout savoir, que nous « valons » encore moins et
pourtant le « Royaume de Dieu est dans l’être humain ». C’est simplement
à chacun de nous de le trouver et de l’exprimer.
Je vous laisse donc lire et relire, pour certains découvrir ou
redécouvrir, avec un regard neuf porté sur ces propos tenus par… Charlie
Chaplin dans « Le Dictateur », un vieux film en noir et blanc (je dis
cela pour nos moins de vingt ans) .
Ces propos n’ont pas pris une ride. Pire, comme l’ouvrage 1984, ils s’appliquent presque à merveille à l’époque que nous traversons.
« Je suis désolé mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon
affaire. Je ne veux ni conquérir ni diriger personne, je voudrais aider
tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, blancs et
noirs, nous voudrions tous nous aider si nous le pouvions, les êtres
humains sont ainsi faits. Nous voulons donner le bonheur à notre
prochain, pas lui donner le malheur.
Nous ne voulons pas haïr ni humilier personne. Dans ce monde, chacun
de nous a sa place et notre terre est bien assez riche. Elle peut
nourrir tous les êtres humains. Nous pouvons tous avoir une vie belle et
libre. Mais nous l’avons oublié.
L’envie a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec
la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang.
Nous avons développé la vitesse pour nous enfermer en nous-mêmes. Les
machines qui nous apportent l’abondance nous laissent dans
l’insatisfaction.
Notre savoir nous a fait devenir cyniques. Nous sommes inhumains à
force d’intelligence, nous pensons beaucoup trop et nous ne ressentons
pas assez.
Nous sommes trop mécanisés et nous manquons d’humanité.
Nous sommes trop cultivés et nous manquons de tendresse et de gentillesse.
Sans ces qualités humaines, la vie n’est plus que violence et tout
est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres,
ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être
humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le
monde, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants désespérés victimes
d’un système qui torture les faibles et emprisonne les innocents.
Je dis à tous ceux qui m’entendent ne désespérez pas. Le malheur qui
est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité de l’amertume de
ceux qui ont peur des progrès qu’accomplisse l’humanité.
Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront et le
pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples et
tant que les hommes mourront la liberté ne pourra pas périr.
Soldats, ne vous donnez pas à ses brutes, à une minorité qui vous
méprise et fait de vous ses esclaves, enrégimente toute votre vie et qui
vous dit ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser, qui vous dirige,
vous manœuvre, et qui se sert de vous comme de chair à canon et qui vous
traite comme du bétail.
Ne donnez pas votre vie à des êtres si inhumains. Ces hommes
machines, avec une machine à la place de la tête et une machine dans le
cœur.
Vous n’êtes pas des machines !
Vous n’êtes pas des esclaves !
Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur.
Vous n’avez pas de haine, sinon pour ce qui est inhumain, ce qui n’est pas fait d’amour.
Soldats, ne vous battez pas pour l’esclavage mais pour la liberté.
Il est écrit dans l’évangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est
dans l’être humain », pas dans un seul humain ni dans un groupe humain,
mais dans tous les humains, en vous, en vous le peuple qui avez le
pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le
bonheur. Vous, le peuple, vous avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la
vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse
aventure.
Alors au nom même de la démocratie, utilisons ce pouvoir, il faut
tous nous unir, il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et
humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un
avenir à la jeunesse et à la vieillesse, la sécurité. Ces brutes vous
ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir. Ils
mentaient, ils n’ont pas tenu leurs merveilleuses promesses. Jamais ils
ne le feront.
Les dictateurs s’affranchissent en prenant le pouvoir mais ils font
un esclave du peuple alors il faut nous battre pour accomplir toutes
leurs promesses, il faut nous battre pour libérer le monde, pour
renverser les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec
l’avidité et avec la haine et l’intolérance.
Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où
la science et le progrès mèneront tous les hommes vers le bonheur.
Soldats, au nom de la démocratie, unissons-nous tous ! »
C’est sur ces paroles intemporelles que je vous laisse. Je vous souhaite un excellent week-end.

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