Charles Sannat
Construction, union, intégration, désintégration, dislocation, et
explosion…
Voilà quelles pourraient être les différentes étapes de la
vie à la mort de l’Europe tant l’ensemble européen est désormais à la
croisée des chemins, coincé entre plus d’intégration (ce qui est
actuellement souhaité) et la tentation de la désintégration où chaque
pays membre, en particulier de la zone euro, souhaiterait pouvoir
retrouver quelques marges de manœuvres monétaires pour adoucir des
politiques budgétaires qui se doivent, face aux tombereaux de dettes
souveraines accumulées et à l’absence de croissance, de devenir
restrictives.
En Europe, le temps est comme suspendu, depuis en réalité 2011 rien
n’a fondamentalement changé. Certes la BCE a permis de faire gagner du
temps à nos dirigeants en leur offrant une trêve dont nous ne pouvons,
en tant que citoyens, que nous féliciter car l’hypothèse de la
désintégration suivie de la dislocation et de l’explosion de la zone
euro dans un contexte non contrôlé, croyez-moi, ne serait pas une
promenade de santé. Mais rien n’a changé. Ce qui fait les défauts de
l’euro monnaie unique appliquée à des économies hétérogènes est toujours
là.
Nous avions le choix donc entre plus d’intégration ou commencer la
désintégration contrôlée, une dislocation progressive et en bon ordre de
la zone euro. Nous n’avons fait ni l’un ni l’autre et c’est cette
absence de grande politique économique qui va revenir nous hanter dans
les prochains mois ou les prochaines semaines (donner tout délai est
absurde dans un tel contexte où personne ne maîtrise rien).
Nous arrivons à un moment où les USA, bien ou pas, annoncent de plus
en plus clairement un resserrement de leur politique monétaire et une
augmentation de leur taux d’intérêt. Cela ne manquera pas d’affecter les
marchés aussi bien boursiers qu’obligataires car si les taux montent,
si l’argent américain mis à disposition par la FED est moins abondant,
plus cher, alors cela incitera les investisseurs à plus se positionner
sur les obligations que sur les actions. Les bourses baisseront alors
qu’elles ont atteint et dépassé, en particulier pour les marchés
américains, tous leurs plus hauts historiques. Je passe également sur
les risques géopolitiques actuels.
Alors doit-on croire à un resserrement monétaire américain ?
Avant l’été, je vous aurais encore dit ce n’est pas possible…
Maintenant, à la rentrée, en septembre, j’ai tendance à penser qu’ils «
vont le faire »… mais que ce n’est toujours pas possible. Laissez tomber
cette histoire de croissance américaine ou pas, de reprise de l’emploi
ou pas… car en cas de remontée des taux, le problème n’est pas tant
celui de la croissance (qui sera tout de même assez vite étouffée car la
reprise économique aux États-Unis est tout sauf saine et solide) que
celui de l’endettement. Les Américains sont endettés à taux variables :
lorsque les taux sont bas c’est une bouffée d’oxygène. Une remontée ?
C’est l’asphyxie généralisée (du marché immobilier, des cartes de
crédits ou encore des prêts étudiants). La croissance chutera donc avec
une augmentation des taux. Mais que penser de la dette de l’État
américain ? Avec 17 000 milliards de dollars d’endettement, 1 % de taux
en plus c’est… 170 milliards de dollars de plus à trouver pour le
gouvernement US… 170 !
Je persiste donc à penser qu’ils ne monteront pas leurs taux ou alors
de façon symbolique une ou deux fois avant de les rebaisser aussi vite,
comme l’avait fait Jean-Claude Trichet en pleine crise et juste avant
de passer le flambeau à Mario Draghi qui lui avait pris rapidement le
contre-pied. Si les Américains montent vraiment les taux, alors ils
créeront de toute pièce et volontairement une nouvelle crise économique.
L’Europe n’est pas seule au monde
En faisant tourner la planche à billets, en mettant les taux à zéro
au moment même où les Américains veulent augmenter les leurs, l’Europe
obtient logiquement une baisse de sa monnaie par rapport au dollar.
C’est une excellente nouvelle pour les exportateurs qu’il nous reste…
car beaucoup, hélas, ont fait faillite sauf peut-être en Allemagne et
encore. Mais si les Américains vont moins bien et que les Chinois ne
sont pas au mieux de leur forme, à qui exporterons-nous ?
Mais ce n’est pas tout. Si l’on peut avoir de la dette américaine à 4
% et de la dette française à 0… franchement, vous placez où votre
argent ? Or le véritable problème qu’une augmentation des taux US va
poser à l’Europe, c’est bien sûr le financement de la dette abyssale des
États européens aux premiers rangs desquels on trouve bien évidemment
notre pays.
Si les « étrangers » ne participent plus à notre financement, alors
il faudra trouver un relais et il n’y a pas beaucoup d’hypothèses
crédibles. Soit la BCE ouvre les vannes et rachète directement des
obligations d’États de la zone euro, ce qui fera frémir les Allemands,
soit… soit… la BCE trouve une combine pour racheter les obligations de
la zone euro sans faire frémir trop les Allemands… Dans tous les cas,
cela deviendrait compliqué et nous verrions vraisemblablement les taux
se tendre. Reste la possibilité de réquisitionner l’épargne des ménages.
En quelque sorte, les épargnants seraient désignés volontaires d’office
pour financer les déficits de l’État.
Ce qui est sûr, c’est que si les taux américains montent, nous allons
voir se poser à nouveau le problème du financement des États européens
et, à ce moment-là, nous nous souviendrons tous des étapes de la vie et
de la mort de l’Union européenne et de la monnaie unique l’Euro :
construction, union, intégration, désintégration, dislocation, et
explosion…
Le Contrarien


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