Ville de Gaza, Bande de Gaza – Zahra al-Arif habite à Gaza. Elle est
obligée de courir d’une organisation à une autre dans l’espoir de
s’inscrire pour l’aide humanitaire.
La canicule n’arrange pas trop les choses et pèse lourdement sur ceux
qui sont contraints de sortir de chez eux. Mais Zahra n’a pas le choix.
Âgée de 32 ans, cette mère de famille qui accouchera bientôt est
devenue veuve et a perdu son père dans un bombardement israélien le 12
juillet dernier. Elle a également perdu sa maison située dans le
quartier Shejaiya, détruite par l’armée israélienne lors de son
opération au sol.
Interrogée par Al-Monitor, elle raconte : « Mon mari
travaillait dans la police de l’Autorité Palestinienne (AP) et couvrait
tous les besoins du ménage et les produits de première nécessité. A
présent, c’est moi qui dois tout prendre en charge. Je me retrouve seule
face à la vie et ses complications, surtout que je suis à mon huitième
mois de grossesse. »
Hormis le panier d’aliments, Zahra n’a rien reçu des agences
officielles, sachant qu’elle vit actuellement avec sa mère, veuve elle
aussi, dans le quartier Shaaf. Dans leur maison indigente, les enfants de
Zahra sont plongés dans une tristesse qui dépasse largement leurs
jeunes âges.
À l’instar d’un grand nombre de Palestiniens, Zahra est submergée par
le sentiment de solitude déclenché par l’Opération Bordure Protectrice.
Ils ont été nombreux à se plaindre à Al-Monitor que depuis
qu’ils sont sans abri, ils n’ont reçu aucune aide, excepté les paniers
alimentaires distribués, d’après ce qu’ils racontent, dans des
« conditions chaotiques et tumultueuses. »
Pour sa part, le responsable chargé du Comité d’Urgence au sein du
Ministère des Affaires Sociales et directeur général de la protection
sociale, Riad al-Bitar, nous a informés que le personnel du ministère et
des comités d’urgences nouvellement créés ont travaillé jour et nuit
pendant la guerre. Malgré les bombardements et la situation hautement
périlleuse, ces équipes ont réussi à entrer en contact avec les gens
afin de recueillir le nombre des familles affectées et des personnes
blessées.
Il a souligné : « Ces comités ont été en mesure de fournir l’aide aux
personnes ayant perdu leurs domiciles. Ils ont également soutenu les
habitants des zones frontalières pour qu’ils puissent rester dans leurs
maisons. »
Bitar a noté que les organisations distribuent les colis de vivres en
coordination avec le ministère comme c’est le cas de l’Office de
Secours et de Travaux des Nations Unies pour les Réfugiés de Palestine
dans le Proche-Orient (UNRWA), le Secours Islamique Mondial (SIM), Mercy
Corps et Oxfam. La répartition des subventions se déroule sous le
contrôle du ministère et en toute transparence.
Et d’ajouter : « Nous travaillons dans le cadre d’une base de données
unifiée et notre objectif est que l’aide ne soit pas octroyée deux fois
à la même famille. » Il a par ailleurs précisé que la base de données
principale inclut environ 50 000 familles qui sont en dehors des centres
de secours et dont les maisons avaient été complètement ou
partiellement démolies, ou alors ceux contraints de fuir leurs domiciles
par peur.
Outre les efforts consentis par les parties officielles, un important
groupe d’individus et de jeunes ont conjugué leurs efforts durant la
guerre pour distribuer l’aide. Al-Monitor s’est entretenu avec le
jeune militant Abdel Karim Abu al-Ainayn qui a répondu : « Des amis
m’ont suggéré de mettre en œuvre une campagne de dons en ligne, et c’est
ce que j’ai fait. Au départ, je ne pensais pas que les dons pouvaient
dépasser les $1.000, néanmoins, la compassion et la sympathie
internationales ont dépassé mes attentes et en moins d’un mois, j’ai été
capable de fournir 600 paniers alimentaires et produits de nettoyage
pour 600 familles. Abu al-Ainayn a souligné que les pays qui ont le plus
répondu présent par leurs dons sont le Royaume-Uni, suivi des Pays-Bas
et enfin la France, tout en précisant que les transactions se sont
effectuées par Western Union.
Par ailleurs, Al-Monitor a parlé avec un responsable dans une
organisation locale qui a distribué des milliers de paniers alimentaires
durant la guerre. En raison du caractère sensible de la question, il a
requis l’anonymat. « Malheureusement, le Ministère des Affaires Sociales
a amassé d’énormes quantités de colis de vivres dans ses entrepôts, que
ce soit l’aide donnée au ministère ou les convois donnés aux autres
organisations. » Il a expliqué qu’il était difficile pour le personnel
du ministère de sortir et de distribuer l’aide durant la guerre car ses
équipes étaient elles aussi ciblées par l’occupation.
Il a ajouté qu’une quantité considérable d’aide humanitaire est
entrée dans la Bande de Gaza durant la guerre : « Le Kuwait a, lui seul,
envoyé un million de colis de vivres. C’est juste pour dire que l’aide
alimentaire et humanitaire était importante mais que c’est le manque de
personnel qui posait problème. »
Il a souligné que si beaucoup de produits ne sont plus valables, c’est
parce qu’il y a eu un retard dans la distribution et une tentative de
contrôler toutes les aides en les stockant. En effet, l’aide qui finit
par arriver à Gaza contient des produits dont le tiers dépasse la date
d’expiration, comme les aliments en conserve.
Il a expliqué que les principaux pays qui ont envoyé leurs dons
durant la guerre sont la Turquie, le Qatar et l’Arabie Saoudite. Les
Émirats Arabes Unis ont, quant à eux, préféré entrer en contact avec les
organisations sur place plutôt qu’avec le Ministère des Affaires
Sociales.
Pour sa part, Bitar a répondu que l’aide reçue par les organisations
de secours a en fait intégré les entrepôts du ministère, mais a été
remise ensuite aux organisations non-gouvernementales. « Chacun peut
participer à la distribution à condition qu’elle soit destinée aux
pauvres, aux déplacés et aux personnes affectées et touchées. La
priorité est accordée à ceux qui n’ont pas bénéficié d’aide
auparavant, » a-t-il précisé.
L’analyste économique Omar Shaban a écrit sur sa page Facebook que
l’engagement monétaire international a atteint 280 millions de dollars
US au 28 août. De ce montant, 200 millions ont été reçus ; l’Arabie
Saoudite étant à la tête des donateurs avec 80 millions de dollars US,
suivie de l’Australie avec 14 millions, l’Allemagne avec 13 millions,
les États-Unis avec 12 millions, les Émirats Arabes Unis avec 11
millions et le Kuwait avec 10 millions.
« La majorité de cette somme a été versée dans les comptes de l’Autorité Palestinienne et du Croissant Rouge Palestinien » précise Shaban.
Il ajoute que l’UNRWA a demandé la somme de 367 millions de dollars
afin de faire face à la crise, mais n’en a reçu que 177. Shaban a par
ailleurs exigé de documenter tout type d’aide et de garantir la
transparence financière et administrative de toutes les parties
concernées, à savoir le donateur, le receveur, le médiateur et le
bénéficiaire.
En attendant, ceux qui ont désespérément besoin d’aide attendent
toujours l’arrivée de l’assistance. Zahra est retournée chez elle, non
sans inquiétude et angoisse. Le Comité de la Zakat (Charité) était fermé
et la Qatar Foundation l’a informée que l’enregistrement de ses enfants
sur la liste des orphelins se fera ultérieurement. Une autre
organisation a expliqué qu’elle a atteint sa capacité maximum et qu’elle
ne peut fournir d’aide au-delà des personnes inscrites sur ses listes.
D’un autre côté, le Ministère des Affaires Sociales a notifié à Zahra
que « son nom figure déjà sur la liste, mais la situation demeure
inchangée et il n’y a rien de nouveau pour le moment. »
* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.
Photo : Une femme Palestinienne dans le sud de la Bande de Gaza, marchant sur
les décombres d’un immeuble détruit et portant ses effets personnels,
le 3 août 2014 - Reuters/Finbarr O’Reilly


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