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Les morts sont tous des braves types disait Brassens. Et à constater l’hommage quasi unanime à l’ancien patron de Total,
celui là même qui corrompit allégrement, sinistre représentant de la
"Françafric", barbouilla généreusement nos côtes de marées noires, et ne
paya aucun impôt en ce pays, il se pourrait bien qu’il y ait quelque
vérité dans la formule de l’ami Georges.
Oui à voir certaine "panthéonisation" en grandes pompes, tel sale
type à peine refroidi devenir respectable, une breloque sur le
catafalque à titre posthume, dans un concert de louanges funèbres et
médiatiques, la mise en bière pourrait bien rendre super sympa.
Général De Margerie mort au combat de la mondialisation heureuse. L’oligarchie et ses chiens de garde reconnaissants.
Les mouettes nettement moins.
Car le cadavre n’échappe évidemment pas à l’idéologie ambiante, la
dépouille fumante cristallisant assez bien l’état des choses politiques
et les aimables connivences d’une classe dominante et de ses pleureuses
embedded.
Oui, les morts sont tous des braves types sauf que visiblement il en
est de plus honorables que d’autres et que pendant qu’en catimini, l’on
tente de glisser sous le tapis des pertes et profits le corps de Rémi Fraisse, "obscur" manifestant écologiste
ayant croisé malencontreusement la trajectoire d’une grenade lacrymo,
l’on enterre royalement « big moustache » au son du clairon et des
sanglots longs des prédateurs et de leurs larbins comme autant de larmes
de crocodiles.
La déneigeuse ou le flash ball choisit ton camp camarade.
Si d’un point de vue économique et social, il ne fait aucun doute que
tel patron d’empire pétrolier a plus d’influence et c’est un euphémisme
que tel militant écolo lambda, il n’en est pas moins vrai qu’en
principe et en république, les citoyens restent égaux en droits.
Tu parles, même pas devant la mort.
Car évidemment dans cette religion du productivisme à tout va et dans
le mur triomphant, il serait bien surprenant qu’on voit se déplacer
quelque zélé ministre dans le Tarn, sur le site d’un chantier de barrage bientôt privatisé
au profit de quelques gros intérêts financièrement agricoles pour
pleurer sur les cendres d’un modeste empêcheur de tout saloper en bande.
Non, nous ne verrons pas à l’enterrement de tel militant de seconde
classe le profil finement maquillé d’un premier ministre dans toute sa
ringardise libérale pseudo moderne qui à force de s’identifier à
Clémenceau finit et c’était fatal par avoir du sang sur ses mimines
manucurées.
Il est ainsi des morts comme des justiciables sanctionnés déjà dans
les mots mêmes, "odieux fraudeur de l’indemnisation chômage" pour le cul
terreux ou "en délicatesse avec le fisc" pour le notable. Selon que tu
seras de la grande famille entreprenante ou du petit peuple résistant,
aux grands hommes du premier cercle vertueux la patrie en berne, aux
petits gêneurs de l’immense truanderie, l’escamotage du corps et l’état
méprisant.
Il y aurait pourtant quelque avantage à voir disparaître de la
surface du globe et dans l’intérêt général, quelque scélérat vendu,
quelque salopard dégueulassant tout, quelque vil exploiteur d’humanité
et de planète non renouvelable, quelque fieffé maquereau du profit
particulier.
- Mais un peu de retenu que diable - m’enjoignent à l’unisson les
braves gens respectables, les mêmes qui, devant le cercueil d’Hugo
Chavez ou de Stéphane Hessel se lâchaient de la nouille et du rectum
avec délectation.
Chaque cause à son martyr, chaque camp son héros, où l’on voit à
juste titre de quel côté penche l’obscène gouvernement en ce lundi
d’officielles funérailles mazoutées.
Que chacun donc enterre ses morts et ses illusions, tout en se
rappelant en ces jours d’élections tunisiennes, que les obsèques d’un
insignifiant vendeur ambulant immolé par le feu peut subitement
fracasser l’histoire.

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