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Comme Karl Marx
l’avait remarqué, le capitalisme, c’est-à-dire le salariat, est une
prise d’otage de la vie même !
Dans une économie monétaire à travail
divisé, nulle autre possibilité de reproduire la vie que d’en passer par
l’argent du salaire… c’est-à-dire l’obéissance à l’employeur. Et, s’il
n’y avait eu la conquête de haute lutte des institutions de la
protection sociale, on ne voit pas bien ce qui séparerait la logique
profonde de la mise au travail capitaliste d’un pur et simple « marche ou crève ».
Le capital
ne prend pas en otage que la vie des individus séparément, mais
également (en fait, d’un seul et même tenant) leur vie collective,
celle-là même dont la politique fait normalement son objet. Cette
captation a pour principe majeur que toute la reproduction matérielle,
individuelle et collective, est désormais entrée sous la logique de
l’accumulation du capital — la production des biens et des services qui
reproduisent la vie n’est plus effectuée que par des entités économiques
déclarées capitalistes et bien décidées à n’opérer que sous la logique
de la marchandisation profitable. Et pour principe mineur la capacité
d’initiative dont jouit le capital : le capital financier
a l’initiative des avances monétaires qui financent les initiatives de
dépense du capital industriel, dépenses d’investissement ou dépenses de
recrutement.
Aussi
les décisions globales du capital déterminent-elles les conditions dans
lesquelles les individus trouvent les moyens — salariaux — de leur
reproduction. C’est ce pouvoir de l’initiative, pouvoir d’impulsion du
cycle de la production, qui confère au capital une place stratégique
dans la structure sociale d’ensemble ; la place du preneur d’otages,
puisque tout le reste de la société n’en finit pas d’être suspendu à ses
décrets et à son bon vouloir.
S’il n’est pas déféré
à toutes ses demandes, le capital pratiquera la grève de
l’investissement — « grève » : n’est-ce pas là le mot qui dans la boîte à
deux neurones de l’éditorialiste quelconque, déclenche habituellement
l’association avec « prise d’otages » ? Il suffit alors de prendre un
peu de recul pour mieux mesurer l’efficacité du rançonnement, depuis la
suppression de l’autorisation administrative de licenciement au milieu
des années 1980 jusqu’aux dispositions scélérates de l’Accord national
interprofessionnel (ANI), en passant par la baisse de l’impôt sur les
sociétés, la défiscalisation des stock-options, les atteintes multiples
au contrat à durée indéterminée (CDI), le travail le dimanche, etc.
Liste gigantesque des butins de guerre dont il faut pourtant comprendre
qu’elle est vouée à s’allonger indéfiniment tant qu’il ne se trouvera
pas en face de la puissance du capital une puissance de même échelle,
mais de sens opposé, pour le ramener autoritairement à la modération...
... car, une telle énumération l’atteste suffisamment, le capital n’a aucun
sens de l’abus.
Source : monde-diplomatique.fr

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